Des retraités qui ressortent leurs cahiers du placard pour apprendre aux jeunes professeurs les ficelles du métier ? « Une belle idée » pour Vincent Peillon, unanimement critiquée par l’ensemble des acteurs de l’Education nationale, syndicats en tête. Prudent, le ministre souligne que cette suggestion sera soumise aux discussions lors « d’une large concertation autour des réformes nécessaires à la refondation républicaine de l’école » prévue pendant l’été avec l’ensemble des partenaires.

Un tutorat basé sur le volontariat

Le principe ? Il s’agirait de solliciter les enseignants partis à la retraite pour des missions ponctuelles de tutorat, moyennant une rétribution, et sur la base du volontariat. Une forme de complément aux mille postes créés en urgence pour la rentrée. Même s’il n’est pas prévu de faire appel aux retraités pour effectuer des remplacements, cette déclaration n’a pas suscité l’enthousiasme : « on nous ressort les retraités à chaque changement de ministre. Cette idée est totalement périmée et nous fait passer à coté de la vraie problématique qui est la formation des enseignants », regrette Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN-CFDT, « même si nous sommes tout à fait pour la mise en place d’un accompagnement des jeunes collègues ».

Car à première vue, il serait bénéfique que les aînés fassent partager aux jeunes générations leur connaissance de la profession et ses exigences : « aujourd’hui, dans un métier aussi particulier que celui d’enseignant, l’expérience est quelque chose d’irremplaçable et d’important », estime Christian Chevalier, secrétaire général du SE-UNSA, avant de tempérer : « il ne s’agit pas de remettre en cause l’expérience de générations d’enseignants, trop peu sollicitée, ce qui constitue un gâchis regrettable, mais de penser les problèmes sur le long terme ».

Un retour en arrière ?

Les inconvénients seraient multiples. Pour Thierry Cadart, « le cadre éducatif a évolué, la pédagogie n’est plus la même, et les élèves n’ont plus grand chose à voir avec ceux d’il y a dix ans ». Pas sûr non plus que le tutorat soit attractif au point de pousser les enseignants retraités à revenir dans le giron de l’Education nationale, surtout au vu des dégradations des conditions de travail. « Cela est fort peu probable, d’autant que les expériences précédentes ont été des flops. La plupart n’aspirent qu’à une retraite bien méritée », explique Christian Chevalier.

Le problème de la formation

La proposition de Vincent Peillon soulève également le problème de la transmission de cette expérience : de bons profs ne font pas forcément de bons tuteurs. Etre formateur réclame… d’être formé, et cela demande du temps. De plus, il existe déjà, au moins pour le premier degré, un vivier de formateurs agréés : 6 000 maîtres formateurs et 4 000 conseillers pédagogiques. Pour Christian Chevalier, l’important est d’abord de valoriser ces emplois qualifiés puis d’appliquer ce système au second degré, une mesure plus économique et surtout plus logique : « on ne va pas embaucher des retraités alors que les jeunes peinent à trouver un poste ».

Bien que retoquée par l’ensemble des syndicats d’enseignants, Thierry Cadart veut voir dans cette idée de tutorat des signes encourageants pour l’avenir : « on était dans un effet d’annonce. Mais ça prouve que le ministre, à travers cette déclaration, a conscience à la fois de l’importance de la formation pour les enseignants et de l’ampleur des carences dans le système actuel ». Une « déclaration annexe » qui annonce la prochaine étape : la grande concertation prévue en juillet entre Vincent Peillon et les syndicats pour définitivement lancer le grand chantier de l’Education nationale.


Christophe Panon