Michel Fize : « le courage serait de dire que le bac n’existera plus à la fin du quinquennat »

Alors que plus de 700 000 candidats planchent pour tenter de décrocher le baccalauréat, le sociologue Michel Fize, chercheur au CNRS, vient de publier un brûlot intitulé "Le bac inutile". Entretien.

Michel Fize

Michel Fize

Pourquoi dites-vous que le bac est inutile, qu' »il ne sert plus à rien » ?

Le bac illustre la faillite du Diplôme avec une majuscule. En France, la moitié des diplômés sont au chômage. Pour les détenteurs du seul baccalauréat, les perspectives d’insertion sont limitées. Le bac reste ce qu’il a toujours été : un passeport pour l’université. Et encore, pas n’importe laquelle… L’argument de l’égalité républicaine ne tient pas : je rappelle qu’il existe plus de 70 bacs en France, dont la valeur est incomparable. Entre un bac S obtenu dans un lycée parisien prestigieux et un bac technique décroché dans un lycée de banlieue, il n’y a pas photo ! Et puis le bac c’est du bachotage : il évalue une série de connaissances apprises par cœur et se borne à être un exercice de mémoire qui évalue davantage les connaissances que les compétences. Supprimer le bac, c’est sauver le savoir.

Faut-il nécessairement le supprimer et par quoi le remplace-t-on ? La solution ne serait-elle pas de lui redonner de la valeur en le rendant plus sélectif ?

Il est impossible de redonner de la valeur à un tel mastodonte. 700 000 candidats tentent de l’obtenir cette année, bientôt un million… La suppression du bac est la condition du changement. Ensuite, il faut un contrôle continu permanent, ce qui ne veut pas dire des interrogations tous les matins mais régulièrement. Tous les bacs technologiques intègrent déjà du contrôle continu. On ne peut pas imaginer une école qui ne soit pas compétitive mais on peut apprendre à affûter ses armes ensemble. Le contrôle continu n’a de sens que si l’on refonde l’école.

Vous dites qu’il y a « trop de diplômés » en France. Ne faut-il pas au contraire s’en réjouir ?

Non car paradoxalement il y a trop de diplômés mais pas assez de gens instruits et adaptés aux besoins du monde du travail. Il faut reconnecter les diplômes aux besoins d’emplois.

De nombreux parents et enseignants admettent que l’examen pourrait être remplacé. Vincent Peillon lui-même n’est « pas hostile » à une part de contrôle continu. Pourquoi ne franchit-on pas le pas ? Est-ce si difficile de réformer l’Education nationale ?

Le bac est un monument historique. Il est le symbole d’un passé scolaire jugé glorieux. Or en période de crise il est difficile de se débarrasser de ses mythes. Les ministres Jack Lang, François Fillon et Xavier Darcos ont tenté de réformer le bac. A chaque fois, ils se sont heurtés à une forme de fascination obsessionnelle pour un diplôme censé sanctionner le mérite. Les grandes réformes reposent sur le courage politique. Aujourd’hui, le courage serait de dire que le bac n’existera plus à la fin du quinquennat. Il faut procéder par étapes, avec une mise en place progressive du contrôle continu. Ce qui permettrait quelque 60 millions d’euros d’économie par an, au bas mot. Une somme suffisante pour recruter 5000 enseignants, 8000 infirmières et financer 250 000 bourses.

La suppression du bac ne risque-t-elle pas d’induire une sélection accrue à l’entrée des universités ?

Il faut surtout éviter ça ! L’entrée à l’université est un droit. Il ne s’agit pas de renforcer la sélection qui existe déjà mais au contraire de parvenir à la réussite de chacun, via un parcours plus personnalisé et une orientation positive. Il existera toujours une élite, l’important c’est que chacun soit élite dans son domaine. Il faut privilégier l’excellence pour tous.

Faut-il s’inspirer de nos voisins et existe-t-il un système juste, équilibré et performant ?

L’Allemagne dispose d’un équivalent au bac, l’Abitur, qui comprend 70% d’épreuves en contrôle continu. Ce dispositif a fait ses preuves. En Espagne, il n’y a pas d’examen final et en Belgique il n’y a pas d’équivalent. Si notre bac était si bien, il existerait partout ! Le contrôle continu permettrait une vie scolaire moins stressante, d’être heureux à l’école, ce que les élèves ne sont pas actuellement.

Note(s) :
  • (1) Le Bac inutile, éditions L’œuvre, 128 pages, 19€

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8 commentaires sur "Michel Fize : « le courage serait de dire que le bac n’existera plus à la fin du quinquennat »"

  1. Damien  23 juin 2012 à 16 h 35 min

    Bien sûr que si, le bac est utile ! Indispensable même ! L’examen anonyme est le seul garant de l’égalité républicaine. Les années de préparation du bac (Première et Terminale) sont les plus belles du lycée : on construit sa motivation, on veut se dépasser, c’est comme un sport intellectuel. Le contrôle continu est insupportable et infantilisant. Etudiant à l’université, je trouve les partiels de fin de semestre beaucoup plus sérieux et valorisants. Être adulte, c’est être acteur de sa formation, et non pas être suivi à la trace comme un enfant de primaire dont on vérifie les devoirs.Signaler un abus

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  2. victorine 79  25 juin 2012 à 0 h 58 min

    Je trouve l’idée intéressante. Mais il faudra une réforme effectivement en profondeur et pas uniquement en lycée. En primaire les cycles ne sont quasiment pas appliqués (c’est pour ça que l’on fait « sauter » une classe). Il sera nécessaire d’expliquer le fonctionnement aux parents, mais surtout aux jeunes. Il risque d’y avoir des années de flottement. Les jeunes devront se prendre en main, se responsabiliser, travailler plus régulièrement. Par ailleurs, il sera impératif de recruter du personnel pour les encadrer, pas les materner comme j’ai pu le lire dans l’une des réactions, mais leur apprendre à travailler pour eux-mêmes, à construire leur savoir, s’auto-évaluer. Tous les établissements respecteront-ils les règles du jeu ? Nous serons confrontés à la subsistance des établissements prestigieux. Comment se démarquer des autres ? Il faudra qu’ils se creusent la tête ! (Sciences Po n’a-t-il pas ouvert ses portes à des jeunes de « milieu défavorisé » ? Ces jeunes ne réussissent-ils pas ?) Pour ce qui est l’entrée dans le supérieur, je ne vois pas le problème ! S’il y a un livret de compétences, l’élève qui le valide complètement et excellemment entrera dans un excellent établissement ! Il faudra penser aux compétences ! Plus d’examen ne veut pas dire plus de compétences, plus d’évaluations ! Au contraire, on peut être plus exigeant !Signaler un abus

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  3. quokka  4 juillet 2012 à 14 h 13 min

    Une visite au château de Pierrefonds m’a appris que le mot bac venait de la chevalerie. Nos jeunes chevaliers du XXI e siècles sont ils armés pour affronter l’avenir ? je ne le crois pas ! aussi indépendamment du contrôle continu qui est une évidence c’est peut être aussi les valeurs manquantes au système scolaire qu’il faudrait ajouter : les droits et les devoirs de chacun par exemple, développer la philosophie bien avant la terminale et l’envie de continuer à se former toute sa vie. Bref l’envie d’apprendre qui ne doit jamais s’éteindre.Signaler un abus

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