La constante macabre perpétue les inégalités sociales

Le mouvement d'André Antibi contre la « constante macabre » organise aujourd'hui un colloque sur la reproduction des inégalités sociales due aux mauvaises notes.

Le Mouvement contre la constante macabre (MCLCM), mené par le chercheur en didactique André Antibi, organise aujourd’hui à Paris un colloque sur les liens entre la constante macabre et les inégalités sociales. Celle-ci pénalise en effet davantage les élèves issus de milieux défavorisés.

La constante macabre, c’est la part de mauvaises notes que les enseignants se sentent obligés de donner pour être crédibles, aux yeux des élèves, des parents et de leurs hiérarchie. « Imaginons un professeur excellent avec des élèves excellents, propose André Antibi pour illustrer sa théorie. Si dans un tel contexte, toutes les notes sont bonnes, le professeur est montré du doigt, il est suspecté de laxisme. Il faut tout le temps qu’il y ait de l’échec. »

C’est pourquoi les élèves d’une classe sont souvent classés en trois tiers : les mauvais, les moyens et les bons, quel que soit le niveau d’ensemble. Et les élèves issus de milieux défavorisés en sont les premières victimes : puisqu’« il faut remplir un paquet de « mauvais » élèves, (…) les malheureux qui tombent les premiers (…) sont les enfants qui ne peuvent pas se faire aider chez eux, dont les parents n’ont pas un niveau culturel suffisant », déplore André Antibi.

Evaluer par contrat de confiance

Pour « éradiquer » cette constante macabre, le chercheur prône la généralisation de l’évaluation par contrat de confiance (EPCC). Dans ce système, l’enseignant annonce peu avant un contrôle les notions à réviser, parmi lesquelles des questions et exercices déjà traités en cours. Une séance de questions-réponses pré-contrôle permet aux élèves qui n’ont pas compris certains points du programme de se les faire expliquer, ce qui réduit l’influence des inégalités sociales. Le temps nécessaire à cette séance de questions est dégagé par le temps de correction rapide du système EPCC, puisque la plupart des exercices ont déjà été corrigés.

André Antibi espère que le nouveau gouvernement saura prendre cette question de l’évaluation « à bras le corps ». Pour Bruno Julliard, adjoint au maire de Paris en charge de la jeunesse et conseiller auprès du ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, « la question de l’évaluation n’est pas dissociable de l’ensemble des sujets qui doivent être traités dans le cadre d’une grande concertation et de l’élaboration d’une loi d’orientation et de programmation ». Il souligne que l’évaluation doit ici s’entendre au sens large, aussi bien évaluation « des élèves » que « du système éducatif » et « des personnels », dont les enseignants.

Promouvoir les expérimentations locales

Bruno Julliard n’entend pas se limiter à des effets d’annonce : si « la question de l’évaluation est soumise à une pression médiatique conséquente », ce débat doit être engagé sans se plier au « diktat du temps médiatique court », puisque le temps éducatif est « par nature lent ». « Il y a encore beaucoup de travail à faire pour convaincre les familles que l’évaluation des élèves ne passera pas forcément par une note-sanction, ou même par une note, qui est l’expression d’un classement et donc de cette constante macabre », observe Bruno Julliard, qui souligne la nécessité de cette « bataille culturelle ». Il souhaite aussi promouvoir « des initiatives locales, des expérimentations », qui peuvent rapidement « faire tache d’huile ».

Selon André Antibi, l’évaluation par contrat de confiance est déjà expérimentée par 30.000 enseignants en France.

Quentin Duverger

2 commentaires sur "La constante macabre perpétue les inégalités sociales"

  1. colette  22 juin 2012 à 21 h 14 min

    Nous avons eu la chance d’assister (au lycée où j’enseigne) il y a quelques années à la conférence de Mr Antibi… très intéressant. Je dois dire qu’après… on n’a plus tout à fait le même comportement. Tout enseignant devrait avoir la chance d’y assister !Signaler un abus

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  2. corinne  23 juin 2012 à 8 h 49 min

    Bonjour et merci pour votre article. Je fais partie du MCLCM et je mets l’EPCC en application dans toutes mes classes depuis le début, c’est-à-dire depuis 2005. Je suis professeur de mathématiques en lycée. Les résultats observés sont spectaculaires. Les élèvs reprennent confiance en eux et en nous et la constante macabre est supprimée. Ils comprennent l’intérêt du travail de révision. Ils travaillent beaucoup plus. Les notes augmentent et les moyennes de classes tournent autour de 13-14. Merci.Signaler un abus

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