Comment parler d’Europe à ses élèves ?

Bien que l’éducation à la citoyenneté figure dans les programmes du primaire et du secondaire, les profs manquent d’une formation suffisante pour enseigner l’Europe à leurs élèves. Pour autant, certaines initiatives fonctionnent. Conseils de spécialistes.

Europe

Jahovil/Flickr

« Ça sert à quoi l’Europe ? » « C’est quoi les 27 ? » « Et la Grèce, elle va partir de l’Union ? » Autant de questions qui restent souvent sans réponse à l’école. Selon le rapport « Citizenship Education in Europe », réalisé par le réseau Eurydice pour la Commission européenne, les profs n’ont pas la formation nécessaire en France pour former leurs élèves à la citoyenneté, ni leur parler de l’Europe. Fanny Dubray, vice-présidente de l’association Mouvement européen – France (ME-F) le confirme : « Il y a un déficit de formation et d’outils pédagogiques, l’Europe est abordée superficiellement à l’IUFM. »

Les programmes scolaires sont également critiqués par les europhiles. « Les enseignants se voient imposer un cadre de généralités historiques et géographiques sans rapport avec les préoccupations des élèves », critique Nicole Lucas, professeure agrégée et docteure en histoire contemporaine à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO). « On ne parle pas assez d’Europe et quand on le fait, cela reste très abstrait. Les manuels ont une vision trop juridique et institutionnelle, ça n’a pas de sens à l’école. »

Pour autant, le tableau n’est pas si noir. « La demande d’informations est en hausse. Au départ, il y a souvent la motivation personnelle ou la détresse d’enseignants qui ne savent pas comment traiter tel ou tel point du programme », estime Fanny Dubray. Des progrès ont été réalisés en primaire : les élèves apprennent par exemple les symboles de l’Europe. Fanny Dubray regrette toutefois un déclin au lycée depuis que l’histoire a été supprimée en terminale S : « seuls les ES et L étudient l’Europe, au travers de la gouvernance ».

Le sujet n’est pourtant pas à négliger. « Si l’on a fait l’Europe c’est parce qu’il y a eu des conflits épouvantables. Il ne faut pas l’oublier ! », souligne Nicole Lucas. Bien qu’il faille « rester neutre », rappelle Fanny Dubray, l’enseignement de l’Europe c’est aussi l’éducation à la citoyenneté… pour tous : « les élèves de primaire étant très encadrés, cela permet aussi de toucher leurs parents. »

Montrer l’Europe dans la vie quotidienne

Comment procéder ? « Le mieux est de commencer par une étude de cas pour montrer que l’Europe est présente dans le quotidien », indique Nicole Lucas. « Il suffit de s’intéresser à une région frontalière, en montrant à quel point la circulation des acteurs économiques dépasse les frontières. » Pour Fanny Dubray, il faut partir du concret, « de l’impact de l’Europe dans la vie quotidienne, la ville, le département… » Quitte à rencontrer des députés européens, comme le permet le programme Eurodéputés à l’école, soutenu par les Jeunes Européens France. « Le principal écueil serait de faire un cours théorique sur les institutions européennes avant le lycée », prévient Michèle Guyot-Roze, présidente de la fondation Hippocrène qui œuvre pour renforcer la cohésion entre jeunes européens.

Le Conseil de l’Europe préconise une éducation non formelle, à base de supports ludiques et pédagogiques : « l’idée étant de mettre l’enfant au cœur du processus, via des simulations, des jeux de questions-réponses », poursuit Fanny Dubray. « Lorsque nous nous rendons dans les établissements, nous commençons à interroger les élèves pour partir de ce qu’ils savent. Souvent ils connaissent plein de dates ainsi que le nom des pères fondateurs, mais ils ne savent pas à quoi cela correspond. »

Les fiches Eurêkol

Pour pallier cette lacune, six étudiantes ont mis au point, en 2010, le dispositif « Eurêkol ». Conçues à la demande de la Représentation en France de la Commission européenne et du ME-F, ces fiches pratiques, accessibles gratuitement sur Internet, s’adressent aux élèves de primaire et aux enseignants. Nicole Lucas invite pour sa part à décrypter les symboles, les drapeaux, les hymnes et à humaniser l’Europe : « on peut par exemple s’intéresser à la vie de Simone Veil pour comprendre son attachement à la  construction européenne. »

Autre point important : la nécessité d’un projet pédagogique impliquant plusieurs enseignants. « Au collège, des ponts sont nécessaires entre les disciplines », note Nicole Lucas. « Les projets peuvent rester modestes, comme créer un journal avec un établissement étranger ou réaliser une BD en impliquant les profs d’art plastique et de français…  L’important c’est d’échanger. »

Selon Michèle Guyot-Roze de la fondation Hippocrène, rien ne remplace le partage d’expérience pour faire aimer l’Europe. Et ce n’est pas qu’une question de moyens : « l’an dernier nous avons primé une école primaire rurale, à Azille dans l’académie de Montpellier. Toute l’équipe pédagogique a pris le parti d’enseigner le français et l’espagnol aux élèves. Le matin ils se disent bonjour dans plusieurs langues, les élèves se sont rendus à Madrid et à Londres…» Résultat : « ces jeunes ont déjà une culture des autres pays et le maire de la commune a même réactivé un jumelage ! »

Note(s) :
  • (1) http://eacea.ec.europa.eu/education/Eurydice

2 commentaires sur "Comment parler d’Europe à ses élèves ?"

  1. Jan Vanier  11 juin 2012 à 15 h 33 min

    Curieux… et dommage que vous ne parliez pas de l’excellent travail d’Étienne Chouard qui – en plus – est enseignant.
    C’est par ici : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Signaler un abus

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  2. Christoph  17 juin 2012 à 21 h 32 min

    Sûrement une bonne démarche, félicitations. Mais il y en a d’autres, par exemple le livret « UNE EDUCATION A L’EUROPE POUR TOUS, Des bases pour comprendre la construction européenne » édité de la Maison de l’Europe de Paris, qui a été élaboré par des Européens engagés de la France, de l’Allemagne, du Luxembourg et de la Pologne. A consulter en PDF (en quatres langues) :
    http://www.paris-europe.eu/spip.php?rubrique141Signaler un abus

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