Bertrand Monthubert : le président d’université ne doit pas tout décider

Après avoir présidé le mouvement "Sauvons la recherche" entre 2006 et 2008, Bertrand Monthubert vient d’être élu président de l’université Paul Sabatier (UPS - Toulouse III) le 9 mai dernier. Et l’actuel secrétaire national à l’enseignement supérieur et à la recherche au sein du PS a bien l’intention de continuer à faire entendre sa voix. Entretien.

Bertrand Monthubert ©A. Labat - pôle communication UPS

Bertrand Monthubert ©A. Labat – pôle communication UPS

Vous venez d’être élu président de l’UPS à Toulouse, après avoir été président de l’association SLR : allez-vous vous « assagir » ?

J’ai toujours été sage ! Lorsque je présidais SLR, j’ai porté un certain nombre de combats, en responsabilité. Aujourd’hui, je vais continuer à alerter et à faire des propositions. Mon projet s’inscrit dans la continuité de la réflexion sur la gouvernance universitaire. Ce qui n’est pas sage serait de ne rien dire quand un processus conduit à la faillite de l’université…

Vous n’avez pas tardé à vous faire remarquer en annonçant la suspension du partenariat public-privé (PPP) conclu en 2009 par le gouvernement Fillon pour la construction de nouveaux bâtiments au sein de l’UPS. N’est-ce pas vous tirer une balle dans le pied ?

Pas du tout. Nous avons des besoins immobiliers : une partie du financement est prévu dans le cadre du Plan Campus, sachant que l’essentiel repose sur des PPP très coûteux. Le Plan Campus ne couvre pas tous nos frais. La dotation n’englobe que 17% de notre patrimoine et nous devrons continuer à payer 600 000 euros par an de frais de maintenance, sachant que 500 000 euros sont prévus dans notre budget actuel, ce qui ne suffit pas. Autre problème : le PPP nous emmène à une fin de chantier à l’horizon 2017. C’est trop long ! La question est donc celle d’une suspension, et non d’un arrêt, le temps que l’on envisage un fonctionnement différent. Nous allons échanger avec l’Etat à ce sujet, quitte à ce que l’on reparle ensuite du PPP.

Quelles sont les priorités de votre mandat ?

D’abord améliorer la réussite des étudiants. Ensuite, je veux faire progresser l’orientation et l’attractivité de l’université, pour que les filières délaissées – et qui ont des débouchés – ne le soient plus. Il y a moins d’étudiants que de postes disponibles au CAPES de maths, c’est anormal ! Il faudra échanger avec les établissements du secondaire. L’attractivité passe également par l’environnement et la vie étudiante : nous souhaitons développer de nouveaux espaces de travail, l’implantation de librairies, de lieux de rencontres… Ma deuxième grande priorité est de redonner du temps aux chercheurs. La maladie de la recherche c’est de passer son temps à chercher de l’argent. Nous avons un important travail de coordination à mener. Nous votons actuellement des demandes de crédits, pour construire un projet scientifique, sans cohérence globale.

Comment revaloriser l’image de l’université en général ?

Nous avons des laboratoires et des formations de très haut niveau et pourtant nous sommes encore regardés avec dédain. Il y a un déficit de communication, nous allons donc travailler sur la diffusion des savoirs. Il faut aussi qu’il y ait un contact direct, le plus tôt possible, entre les étudiants et les laboratoires de recherche. Et nous réfléchirons aux conditions d’accueil, spécialement des étudiants étrangers.

Durant la campagne, vous avez dénoncé les pouvoirs « exorbitants » conférés aux présidents d’université par la loi LRU. Que comptez-vous faire concrètement ?

J’ai pris l’engagement que lorsqu’une décision est prise par le Conseil scientifique (CS) et le CEVU (conseil des études et de la vie universitaire), il n’est pas possible ensuite de voter contre au CA (conseil d’administration). Les propositions ne doivent pas faire la navette ! Il s’agit aussi de prendre appui et conseil auprès de commissions, sur les ressources humaines ou la politique internationale par exemple, de telle sorte qu’aucune décision ne relève du seul libre-arbitre du président de l’université.

Êtes-vous favorable à l’émergence de « super-universités » ?

S’il s’agit de renforcer les relations entre les établissements de l’Université de Toulouse, pourquoi pas. La question est de savoir si c’est une université à part entière. A Toulouse, nous n’en sommes qu’au début du travail. Les seules structures qui existent ne fonctionnent pas bien car la loi LRU n’y a pas réfléchi en amont. Cela a du sens d’unifier les universités pour abaisser les barrières, réunir les formations et favoriser le dialogue entre les disciplines. Deux conditions doivent toutefois être remplies : le respect des missions de service public ; le respect des valeurs de collégialité et de démocratie, seules garantes de la légitimité de ceux qui décident.

Pourquoi avez-vous demandé le report du vote de la signature de la convention attributive de l’Idex (Initiative d’excellence) qui prévoit la fusion des trois universités toulousaines et de 15 écoles d’ingénieurs en 2018 ?

Car cela nous engageait dans un processus très contesté : le dossier Uniti d’unification des universités de Toulouse. La gouvernance ne répond pas aux valeurs de collégialité et de démocratie, ni au respect du service public. Un travail de réorientation est nécessaire.

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