Vincent Peillon, nouveau ministre de l’Education nationale, a publié le 25 mai dernier 17 rapports d’inspection enterrés depuis 2009. Voici quelques extraits des conclusions de ces « rapports secrets ».

Réforme de la formation : un bilan globalement positif

La diminution de la formation théorique des enseignants en faveur de stages en responsabilité n’a pas amélioré la qualité des enseignements. Au contraire, une note d’avril 2011 signale que « la nécessité de « faire face » à la diversité et à la lourdeur des tâches a parfois conduit les professeurs stagiaires du second degré à privilégier le recours à des démarches pédagogiques quelque peu plaquées et médiocrement réfléchies ». Le rapport encourage une réflexion sur « une entrée plus progressive » dans la profession.

Toutefois, en juillet 2011, une nouvelle note de l’inspection observe que « le nombre de refus de titularisation [est] soit stable, soit même parfois inférieur à celui de 2010 » et que les observations des correspondants académiques dressent « en fin d’année un bilan globalement positif, plus affirmé dans le premier degré ».

Absence des enseignants : des chiffres sous-évalués

Le rapport sur les remplacement d’enseignants absents de juin 2011 est peut-être le plus explosif. Ce rapport « confirme en substance que non seulement le remplacement des absences de moins de 15 jours n’est pas assuré mais qu’en plus toutes les absences ne sont pas comptabilisées, si bien que le ministère, en interne, sous-évalue le problème », a commenté Vincent Peillon sur France Info.

En outre, à cause de la politique de suppressions de postes menée depuis cinq ans, « les viviers [de remplaçants] apparaissent comme épuisés », notent les auteurs du rapport. Entre juin 2009 et juin 2010, les effectifs des remplaçants du second degré ont par exemple baissé de 18 %. L’image dégradée du métier d’enseignant laisse présager une aggravation de la pénurie : le métier est en effet « de plus en plus difficile à exercer (…), plus difficilement accessible car soumis à des régulations budgétaires (…), peu rémunérateur au regard des études désormais nécessaires pour (…) un métier somme toute peu valorisant ».

Le rapport se conclut sur près de trente préconisations pour améliorer la gestion des remplacements.

Maternelle : omniprésence de l’écrit

Le rapport sur l’école maternelle dénonce en particulier la trop grande place accordée à « la préparation à la lecture et à l’écriture au détriment d’autres acquisitions », et la « faiblesse de la pédagogie du langage oral », avec peu de place laissée à une réelle expression des enfants, qui se contentent souvent de répondre aux questions du maître. Pour que l’école maternelle devienne réellement « un lieu de stimulations (…) et de mise en place des bases de l’égalité des chances », les enseignants ont encore « besoin de formation ».

Directeurs d’école : poids écrasant des tâches administratives

Une note de synthèse de juillet 2011, consacrée à la réforme de l’enseignement primaire, observe que le directeur est aujourd’hui très absorbé par son travail administratif : « Dans les changements de ces trois dernières années, les directeurs voient plus la cause d’un alourdissement du travail administratif qu’une évolution de leurs fonctions ».

Si « des moyens spécifiques conséquents » et « des outils techniques adaptés ont été créés », les « organisations mises en place (suivi des acquis des élèves, réponses coordonnées pour les élèves en difficulté) concernent essentiellement le maître et sa classe ». Le directeur dispose au final « de peu d’informations sur ce que font les autres enseignants » de l’école, et n’a pas vraiment de poids « sur les questions pédagogiques ».

Internats d’excellence : trop chers pour durer ?

Les internats d’excellence « disposent de budgets de fonctionnement confortables », qui leur permettent pour l’instant de faire face à un coût par élève oscillant en moyenne « entre 2.000 et 10.000 € » (hors masse salariale). Mais ces internats ont bénéficié de moyens exceptionnels « dans le cadre des investissements d’avenir », et leur pérennité n’est donc pas assurée.

D’autre part, certains enseignants ont déploré que dans ces établissements d’« excellence », les élèves sont loin d’être tous excellents. Au contraire, les professeurs « observent une grande hétérogénéité, surtout en collège ». Les parents regrettent cette situation : « on voulait sortir nos enfants de l’ambiance du quartier et on retrouve ici finalement les mêmes élèves ». Un étonnement partagé par les « bons ou très bons élèves, (…) déçus de constater que tous leurs camarades ne leur ressemblent pas ».

Rénovation de la voie professionnelle : augmentation préoccupante des sorties

« La hausse des sorties, même si celles-ci sont en partie des poursuites de formation, constitue une alerte sur le fonctionnement de la seconde professionnelle », note le rapport. En effet, « un peu plus d’un jeune sur cinq ne passe pas en première ». Malgré cela, le « taux d’accès au baccalauréat » professionnel devrait connaître « un accroissement sensible ».