Charley Cohen

Charley Cohen

Quels enseignants sont les plus exposés au mal de dos ?

Deux types d’enseignants y sont particulièrement sujets. Ceux qui restent statiques, lorsqu’ils corrigent les copies ou qu’ils travaillent en se penchant sur un ordinateur ou devant des copies avec le dos rond et la tête en avant. Et ceux qui font un effort physique important : les professeurs de sports et les enseignants en maternelle qui sont amenés à porter des enfants. D’une manière générale, les enseignants ne sont pas particulièrement une population à risque.

Y a-t-il plusieurs types de mal de dos ?

Oui. La douleur lombaire en bas du dos est la plus courante : c’est « le mal de reins », avec parfois des complications comme la « sciatique » lorsque la douleur descend dans la jambe, ou la « cruralgie » lorsque l’on a mal sur le devant de la cuisse. Les douleurs cervicales, également fréquentes, surviennent lorsque l’on reste mal assis de manière prolongée, avec sa complication : la névralgie cervico-brachiale, une compression du nerf du cou qui irradie dans le membre supérieur. La dorsalgie est aussi très fréquente, surtout chez les femmes, avec des douleurs au milieu du dos.

On dit que le mal de dos peut avoir des origines psychosomatiques : qu’en pensez-vous ?

Un enseignant déprimé peut avoir mal au dos. Des problèmes personnels ou un manque de reconnaissance dans son travail peuvent s’extérioriser par une douleur et révéler une zone fragile du corps. Mais ce n’est pas que dans la tête ! La gestion de classes surchargées ou, plus généralement, un mauvais stress auront tendance à générer des douleurs dans le cou et le milieu du dos. Un stress excessif abaisse le seuil de tolérance à la douleur.

Quels conseils donner aux enseignants qui souffrent de mal de dos ?

Face à la classe, la position debout n’est pas risquée mais je leur conseille de prendre des appuis le plus possible, sur un plan de travail ou contre un mur. Assis, il faut veiller à garder une bonne position. Malheureusement, le mobilier est souvent inadapté : il faudrait des chaises réglables pour s’adapter à la hauteur du plan de travail.

Il est important d’avoir un dos musclé et de faire régulièrement des « abdos », en veillant à ne pas se cambrer et à maintenir plaquée au sol la région lombaire. Car il ne faut pas l’oublier, la sangle abdominale protège le bas du dos. Le sommeil est un autre paramètre important : il faut trouver le moyen de bien dormir, faute de quoi son seuil de tolérance à la douleur va diminuer. Ensuite, c’est du bon sens : un matelas ferme mais surtout pas trop mou, pas de café ni de repas trop copieux avant de dormir…

Comment se soigner ?

Si le mal de dos est de plus en plus fréquent, de nombreux moyens permettent de le traiter. En cas de douleurs intenses, des médicaments peuvent être prescrits : un anti- inflammatoire associé à une protection pour l’estomac. Pour toutes les douleurs chroniques ou intenses, des injections locales superficielles d’anti-inflammatoires avec anesthésiant peuvent être pratiquées. Des infiltrations de cortisone, sous contrôle radio, sont une solution en cas de sciatique rebelle. La kinésithérapie est également à privilégier, notamment pour apprendre à faire des étirements et à se relaxer. Sur le long terme, je conseille aux enseignants de pratiquer régulièrement le sport qu’ils aiment. Ce peut être la marche à pied, le cheval ou le tennis… Peu importe, à condition d’un bon échauffement et d’une bonne pratique.

Les enseignants ont-ils un rôle à jouer dans la prévention de ces maux ?

Bien sûr et la prévention est cruciale chez les enfants. C’est dès l’enfance que l’on prend de mauvaises habitudes et que l’on s’expose à des problèmes de dos plus tard. Les enseignants doivent apprendre aux élèves à bien se tenir sur leur chaise et à garder le buste bien droit. Le poids des cartables reste un problème. Aucun élève ne devrait porter plus de 10% de son poids.

Quand faut il vraiment s’inquiéter de problèmes de dos ?

Il faut s’en préoccuper quand la douleur persiste, lorsqu’elle irradie dans un membre. Et surtout lorsqu’elle n’est pas due seulement aux mauvaises postures et qu’elle persiste au repos. Raison de plus si elle réveille la nuit ! Le rôle du médecin est d’effectuer un diagnostic précis. Parfois, lorsque la douleur est suspecte, il faudra chercher une autre maladie.