« Le quinquennat a été une calamité pour l’enseignement supérieur et la recherche »

Stéphane Tassel est le secrétaire général du SNESUP-FSU, premier syndicat de l'enseignement supérieur. Il appelle le nouveau gouvernement à mettre en œuvre des réformes urgentes pour restaurer un secteur sinistré.

Stéphane TasselL’enseignement supérieur et la recherche sont en crise. Un chantier colossal attend le nouveau gouvernement. Quelles mesures concrètes en attendez-vous en priorité ?

Le dernier quinquennat a été une calamité pour l’enseignement supérieur et la recherche, qui sont, rappelons-le, indissociables : la plus grande richesse de l’enseignement supérieur, c’est la recherche. Toute une série de réformes injustes – la loi LRU et la modification du décret statutaire, notamment – s’est abattue sur le secteur, qui a été totalement sinistré. Jamais les libertés scientifiques et pédagogiques n’ont été aussi entravées que ces cinq dernières années, ce qui est paradoxal quand le gouvernement Fillon parlait d’autonomie. Nous sommes favorables à l’autonomie si on parle d’autonomie intellectuelle des chercheurs.

En 2009, la communauté universitaire s’est mobilisée comme jamais elle ne l’avait fait depuis cinquante ans. Aujourd’hui la communauté universitaire, qui a bonne mémoire, attend de la part du nouveau gouvernement des mesures symboliques et des gestes forts. Nous réclamons l’abrogation immédiate du pacte pour la recherche, de la loi LRU et de ses décrets d’application (comités de sélection), des textes liés à la formation des enseignants et du décret statutaire des enseignants-chercheurs. Il faut aussi abandonner immédiatement les Idex avant qu’elles fassent des dégâts. Ces soi-disant « initiatives d’excellence » sont dans la droite logique de la loi LRU : elles ne font que mettre en concurrence permanente les établissements, les équipes et les collègues entre eux, ce qui est inacceptable.

L’enseignement supérieur et la recherche en France souffrent d’un cruel manque de moyens par rapport aux autres grands pays de l’OCDE. Où trouver les financements ?

On a besoin de moyens et de postes supplémentaires. Il faut créer 5000 emplois d’enseignants-chercheurs. Il faut aussi un collectif budgétaire, c’est une priorité. La France n’est pas un pays pauvre : il y a des ressources. Nous sommes favorables à une refonte fiscale globale. Il faut revoir en profondeur le crédit d’impôt recherche, qui représente 5 milliards d’euros d’exonérations fiscales. C’est la deuxième niche fiscale la plus importante après la défiscalisation des heures supplémentaires. On doit sortir de la chasse aux déficits publics et en aucun cas celle-ci ne doit porter sur l’enseignement supérieur et la recherche, secteur qui doit peser 5% du PIB : c’est l’objectif. Il y a un effort considérable à faire.

L’une des priorités du PS est de réduire le taux d’échec des premières années universitaires. Que suggérez-vous pour y parvenir ?

Il faut déjà faire tendre le financement des universités vers le financement des grandes écoles. Les dépenses d’éducation sont très inégales : elles représentent moins de 6000 euros par an pour un étudiant de licence, entre 13 000 et 15 000 euros pour un étudiant de classe préparatoire et jusqu’à 20 000 euros pour un étudiant des grandes écoles. Autre piste, il faut diversifier les méthodes pédagogiques dès les premières années de licence, en faisant bénéficier les étudiants de ce qui fait la force de l’université à travers des TP et le contact avec des enseignants-chercheurs, notamment.

Faire réussir un plus grand nombre de jeunes est une exigence, mais c’est l’ensemble de la chaîne qu’il faut consolider, car on a également besoin d’un plus grand nombre de diplômés de très haut niveau, de thésards.

La France accueille 700 000 étudiants étrangers, dont nombre souhaitent rester travailler en France après leur cursus. Quel statut pour eux ?

Le gouvernement sortant n’a pas hésité à mettre en œuvre des politiques d’extrême droite. Je n’ai cessé d’intervenir pour que des étudiants étrangers ne soient pas chassés sur les campus universitaires par la police des frontières. Nous réclamons l’abrogation immédiate de la circulaire Guéant aux relents nauséabonds.

Il faut accueillir les étudiants étrangers dans de bonnes conditions pour qu’ils puissent suivre leurs cours en toute sérénité. Je suis sidéré de voir leurs difficultés pour se loger, par exemple. L’université a une longue tradition d’accueil, des étudiants comme des professeurs étrangers. Nos frontières ne s’arrêtent pas à nos universités.

Laurène Champalle

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3 commentaires sur "« Le quinquennat a été une calamité pour l’enseignement supérieur et la recherche »"

  1. Antisthène  16 mai 2012 à 14 h 12 min

    Pas un mot sur la valorisation de la recherche aux yeux des citoyens, décideurs en démocratie. Pas un mot non plus sur la contribution de la recherche à l’innovation et l’emploi, par l’incitation à la création de Scops innovantes par les étudiants, les thésards et les chercheurs pour payer des impôts. On veut tout recevoir, mais rien donner et surtout pas voir les choses globalement…Signaler un abus

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  2. Baptistine  16 mai 2012 à 16 h 47 min

    La grève de 2009 a favorisé le décrochage de centaines d’étudiants, et parmi les plus modestes d’entre eux, ceux qui ne peuvent se permettre de rester des mois sans voir leur cursus avancer.
    J’ai voté avec enthousiasme pour Hollande et suivi avec beaucoup d’intérêt les analyses de Vincent Peillon; et j’espère de tout coeur qu’ils ne céderont pas à ceux qui, au nom de leur liberté, voudraient être dispensés de tout compte à rendre. La loi LRU a eu le mérite de responsabiliser les universités, et beaucoup lui trouvent aujourd’hui bien des aspects positifs!Signaler un abus

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  3. jimbee  31 mai 2012 à 17 h 40 min

    Dommage qu’on sépare encore l’enseignement supérieur de l’enseignement tout court ! Les enseignants, quelque soit leur niveau d’enseignement, méritent autant d’attention, voire plus, que ceux du supérieur… Il est inimaginable de penser que la recherche et l’enseignement supérieur se construisent sur le champ de ruines qu’est l’enseignement dans le premier et le second degré ! Encore une fois, on sépare « l’élite » du peuple pour mieux encenser les uns en rabaissant les autres. Chacun des éléments du cursus éducatif doit être pris en compte pour permettre à chacun d’atteindre le niveau le plus élevé. Quand va-t-on penser l’école comme une véritable entité sur laquelle se forge l’avenir des hommes ? Et pas comme une série de marches avec des sorties à tous les niveaux donnant sur tout et n’importe quoi ? Nos enfants de 6 à 30 ans (et moins… et plus !) méritent mieux que des emplâtres sur des jambes de bois !Signaler un abus

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