L’« affaire Bogdanoff », relative à la validité des thèses doctorales des frères Igor et Grichka Bogdanoff, a connu un nouveau rebondissement le 14 mars dernier, avec la condamnation du chercheur Alain Riazuelo à une peine symbolique : 1 euro de dommages et intérêts pour violation de droits d’auteur, et une amende de 2.000 euros avec sursis. L’astrophysicien était poursuivi par les célèbres présentateurs d’émissions télévisées pour avoir publié en ligne un brouillon de la thèse de Grichka, datant de 1992.

Le journaliste scientifique Sylvestre Huet a critiqué dès le lendemain ce jugement basé sur une question de droit d’auteur, alors que la science repose pour lui sur « l’évaluation par les pairs », et donc sur la diffusion publique des travaux. Il estime que c’est pour ne pas attirer l’attention sur une thèse obtenue par « complaisance » que les jumeaux se sont lancés dans cette procédure judiciaire, et qu’Alain Riazuelo a été « puni pour avoir dit la vérité ». Le CNRS a souligné dans un communiqué que « dans un débat scientifique normal, on ne serait d’ailleurs jamais arrivé devant un tribunal ».

Pressions sur les chercheurs

C’est vendredi dernier que le journaliste scientifique Stéphane Foucart a dénoncé dans Le Monde une « menace Bogdanov » pour les chercheurs. Selon lui, des pressions politiques auraient notamment été exercées pour que le président du CNRS reçoive les deux frères, et plusieurs chercheurs auraient été fortement incités à retirer des propos critiques à leur encontre. En outre, « la plainte de Grichka Bogdanov a donné lieu à une convocation de M. Riazuelo signifiée moins d’une semaine plus tard », constate Stéphane Foucart, qui s’étonne de cette « diligence des services de police », et rappelle que « la proximité [des deux hommes] avec l’entourage de M. Sarkozy est notoire ».

En rendant son verdict le 14 mars, la juge a souligné que les Bogdanoff bénéficiaient d’une « notoriété » qui aurait dû rendre plus « prudent » Alain Riazuelo.

Des thèses « incohérentes »

Mardi 17 avril dernier,  une dizaine de chercheurs ont publié un long texte de soutien à leur pair. « La communauté des chercheurs s’est émue et ressent ce jugement comme une faute morale portant atteinte à l’éthique du protocole scientifique, lequel exige une transparence totale », affirment-ils.

En 2003 déjà, le comité national du CNRS contestait dans un rapport l’apport scientifique des thèses des frères Bogdanoff. Celle de Grichka aurait été rédigée « avec une grande naïveté et des erreurs qui montrent la méconnaissance de l’auteur pour un sujet qui est enseigné en maîtrise de mathématiques », tandis que celle d’Igor serait parsemée d’« incohérences », de « confusions graves », d’imprécisions, et de passages absolument « incompréhensibles ».