« On ne croirait pas quand on arrive qu’on va rester si longtemps. Et puis le temps passe et voilà ».

Cette simple remarque de la concierge de son lycée, un soir de conseil de classe, replonge M. Blondel dans les souvenirs de ses vingt années d’enseignement. Vingt années dans le même lycée, la même salle, la G229. Une salle fixe et immuable, alors que les autres enseignants en changent à chaque cours. Au fil des années, M Blondel y a engrangé un paquet de souvenirs, joyeux, tristes ou émouvants, qu’il partage dans G229.

Dans ce roman à la première personne, que l’on devine autobiographique, Jean-Philippe Blondel remonte le temps et raconte en toute simplicité vingt ans des péripéties quotidiennes qui ont rythmé sa vie d’enseignant. Les voyages scolaires, les manifs, les réunions-parents/profs, autant d’anecdotes qui lui permettent d’évoquer les liens particuliers qu’il tisse avec les élèves passés dans sa salle. Parfois, le souvenir de l’un d’entre eux s’impose avec plus de force : celui de cet élève bosniaque qui l’a ému avec sa rédaction sur l’arrestation de ses parents durant la guerre, de celui qui a interprété Under the Bridge à la guitare en plein cours, d’anciens élèves qu’il a revus quelques années plus tard ou qui lui ont laissé un message sur Facebook.

Dans G229, pas de cynisme, ni de critique du système éducatif ; ce n’est pas un témoignage de la difficulté d’enseigner aujourd’hui, même si l’auteur évoque parfois quelques moments difficiles. Il s’agit simplement du bilan d’un enseignant à mi-parcours qui se replonge dans son passé pour mieux envisager son avenir. L’inspectrice l’avait prévenu. « Vous êtes toujours coincé dans votre adolescence, n’est-ce pas ? Il y a un morceau de vous qui a toujours 17 ans et l’autre qui avance. […] il faudrait quand même grandir un peu, passer des concours, enseigner à l’université… »

Aura-t-il toujours l’envie d’être derrière le bureau de prof quand sa fille aînée viendra s’asseoir dans la salle ? On est tenté de le croire tant la passion du métier qui se dégage de l’écriture de Jean-Philippe Blondel semble vive après toutes ces années d’enseignement.

Extrait :

« Ils attendent quelque chose de moi, quelque chose qui soit en accord avec le livre, quelque chose qui donne de l’espoir, malgré tout, quelque chose auquel ils puissent se raccrocher dans les années à venir quand les choses n’iront pas aussi bien qu’ils le souhaitent, quand les études décevront, quand le marché de l’emploi sera bouché, quand les boulots McDo se succéderont, quand les conditions climatiques se déterioreront encore. Ils veulent une histoire dans laquelle ils se blottiraient. J’hésite une seconde. Je ne veux pas jouer sur la corde sensible, mais en même temps, c’est cette corde-là dont ils veulent entendre le son. »

G229, Jean-Philippe Blondel, Pocket Editions, janvier 2012.