Nicole Geneix : « il faut vraiment changer de regard sur l’école »

Nicole Geneix, ex-secrétaire générale du Snuipp, aujourd'hui directrice de l'Education d'une ville des Bouches-du-Rhône, a écrit "Et si on aimait enfin l'école !" avec Philippe Frémeaux, éditorialiste à Alternatives Economiques. Alors que l'échéance des élections approche, elle nous accorde un entretien et nous explique que des pistes existent pour sortir de la crise actuelle de l'école primaire.

Et si on aimait enfin l'école !
Et si on aimait enfin l’école !

Pourquoi ce livre, pourquoi ce titre ?

On ne peut pas changer l’école si on ne l’aime pas. Les discours de déploration sur l’école sont contre-productifs. Ils effritent la confiance des parents… démoralisent les enseignants les plus investis professionnellement alors qu’il n’est pas d’autre solution pour améliorer l’école que de prendre appui sur l’expertise des enseignants et sur ce que notre école réussit aujourd’hui.

Dire cela ne revient pas à nier la réalité. Oui notre école a des défauts dont certains se sont accentués : le nombre d’élèves qui ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture et en mathématiques notamment est très élevé, la corrélation entre difficultés scolaires et origine sociale est plus marquée que dans des pays comparables au nôtre, ce qui n’est pas acceptable.

Il faut donc s’attaquer résolument à ces problèmes, sans complaisance, avec lucidité mais les voies du redressement ne seront trouvées qu’en redonnant à l’école et à ses enseignants confiance et respect.

Vous écrivez dans votre chapitre « quand la communication se substitue au débat », p55, qu’une des raisons majeures expliquant l’accumulation d’injonctions politiques contradictoires tient à « l’ardente obligation ressentie par les ministres de montrer qu’ils agissent ». On a l’impression en effet qu’on assiste depuis une quarantaine d’années à une véritable surenchère de réformes, plus ou moins décousues. Les politiques sont-ils les premiers responsables du saccage de l’école ?

Je n’aime pas beaucoup le terme de saccage rapporté à l’école. L’école et tout particulièrement l’école primaire a beaucoup souffert ces dernières années mais ce n’est heureusement pas un champ de ruines. Il est néanmoins urgent de modifier les actuelles orientations gouvernementales en matière d’éducation et d’en finir avec la règle aberrante du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Oui l’école pâtit des stratégies de communication, les ministres ont tendance à vouloir laisser leur empreinte, ils ont une durée de vie politique trop courte qui les conduit souvent à privilégier les annonces spectaculaires et simples, susceptibles de passer aux journaux télévisés. La multiplication des décisions, décrets, circulaires, dispositifs, dicte l’agenda médiatique et rend difficile voire impossible un débat public de qualité. Cette critique générale ne signifie pas pour autant que toutes les politiques se valent mais que pour engager une véritable transformation de l’école, il faudra admettre que le temps de l’éducation est un temps long et que les questions éducatives sont complexes.

Parents, élèves, enseignants, ministres… Et si on aimait enfin l’école

« Parents, élèves, enseignants, ministres… Et si on aimait enfin l’école« , Nicole Geneix et Philippe Frémeaux, Edition Les Petits Matins, janvier 2012.

Il est pourtant possible de bien réformer : vous saluez ainsi la politique menée en faveur de la scolarisation des enfants handicapés. D’après vous, quelles raisons expliquent que cela bloque pour l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul, que près de 20% des élèves sortant de primaire ne maîtrisent pas, quel que soit le gouvernement ?

La référence à la scolarisation des enfants en situation de handicap est un exemple éclairant. Les objectifs de la loi de 2005 sont légitimes mais les enseignants ont été bien trop seuls pour la mettre en œuvre et pourtant ils la font vivre, sans doute pas assez vite aux yeux des parents, mais c’est un fait, la scolarisation de ces enfants dans les écoles de leur quartier a considérablement progressé. On aurait apprécié que tous ceux qui sont si prompts à fustiger un prétendu immobilisme des enseignants salent leur engagement.

Il est difficile d’expliquer les difficultés graves de près de 20% des élèves en quelques lignes. L’école ne peut pas à elle seule porter le fardeau des injustices et des inégalités. Certaines écoles concentrent toutes les difficultés sociales et scolaires, les politiques de la petite enfance ne sont pas assez développées, la scolarisation des tout petits recule (0,8% de moins de trois ans scolarisés en Seine-Saint-Denis). Mais il ne faut pas évacuer la question des contenus des programmes et des pratiques enseignantes; les choix en la matière sont très politiques au sens noble du terme, c’est pour cette raison qu’il faut réfléchir, chasser ce qui est trop implicite, intégrer le fait que toutes les familles ne sont pas en mesure de refaire l’école à la maison… et penser davantage en terme de prévention des difficultés que de remédiation et travailler avec les parents tout particulièrement dans les milieux populaires.

Une des mesures originales que vous proposez dans votre livre est « un autre regard sur les parents ». Vous appliquez cette phrase aux parents d’élèves, mais finalement, ne s’applique-t-elle pas à tout dans le système éducatif, et ne peut-on pas dire sur les élèves, mais aussi sur les profs ?

Oui, il faut vraiment changer de regard sur l’école. Pour aider les élèves, il faut épauler les enseignants, mieux les former, il faut accompagner les équipes prioritairement dans les secteurs difficiles et leur donner les clés d’une meilleure collaboration avec les familles. Le métier d’enseignant est un métier trop solitaire. Pourtant je ne suis pas pessimiste, à condition que les politiques éducatives soient profondément modifiées. Le défi est immense, mais il ne faut pas oublier qu’il n’est pas un sujet éducatif qui n’ait donné lieu à une « invention professionnelle » au niveau d’une école, d’une ville… La capacité de créativité des enseignants est forte, et leur engagement également.

Je voulais les saluer dans ce livre car si l’école ne va pas bien, ses réussites leur sont en grande partie dues.

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