Luc Chatel a présenté lundi 12 mars « les pistes les plus intéressantes pour réfléchir à l’avenir du bac, à partir de la session 2014 ». Rappelant que 70% d’une classe d’âge accède au bac contre 20% il y a 25 ans, le ministre a indiqué souhaiter une « réforme en profondeur pour sauver ce diplôme dévalorisé qui ne certifie plus un niveau de connaissance ». Il propose dans un rapport l’instauration de notes éliminatoires, une diminution du nombre d’épreuves et d’options facultatives et un recours plus important au contrôle continu.

Bernard Kuntz, responsable des questions disciplinaires au SNFOLC (FO) s’étonne « de cette découverte à quelques jours des élections alors que nous dénonçons cette dévalorisation depuis des années ! Et quels résultats attendre d’une telle réforme ? L’introduction de notes éliminatoires dans les disciplines principales se traduirait mécaniquement par une diminution du nombre des options. Le recours accru au contrôle continu contribuerait sans conteste à une nouvelle dévalorisation du diplôme. Les annonces ministérielles visent une fois de plus à réaliser d’importantes économies budgétaires et non une revalorisation du diplôme. »

De son côté, le SNALC souscrit à l’idée d’un recentrage sur les disciplines spécifiques à chaque série et l’instauration de notes éliminatoires car une simplification et une revalorisation du baccalauréat s’imposent. « Mais, nuance Claire Mazeron, cela ne passera pas par le développement du contrôle continu à l’examen. Les épreuves terminales anonymes, fondées sur des sujets nationaux, sont la seule garantie d’équité et de valeur nationale d’un diplôme déjà très malmené. »

Un écran de fumée

François, professeur de mathématiques en région parisienne a été surpris par l’annonce de possibles notes éliminatoires. Selon lui cette piste, « comme les autres », ne changera rien à la situation : « C’est un écran de fumée, on ne s’attend pas à avoir un diplôme plus sélectif, il nous faudra seulement gérer l’affaire autrement pour donner le diplôme. Nous ne pouvons diminuer les statistiques et faire redoubler plus d’élèves. D’abord parce que les classes de terminales sont surchargées et ensuite parce les filières supérieures manqueraient d’effectifs. » Les notes éliminatoires pourraient néanmoins avoir un impact positif en redonnant de la valeur aux filières ES et L. « Les élèves qui choisissent la filière scientifique parce qu’elle ouvre toutes les portes et non par goût et intérêt craindront peut-être de s’engager en S ? », s’interroge François.

Réformer l’apprentissage avant le diplôme

A en croire le SNFOLC ce n’est pas d’une réforme du baccalauréat dont l’éducation nationale a besoin, mais d’une restauration de la transmission des connaissances, d’un renforcement du rôle et des prérogatives des conseils de classe. « La réforme du bac est une mauvaise question, poursuit Marie, professeur d’économie à La Réunion. Créé par Napoléon pour jauger de la capacité des élèves à poursuivre leurs études à l’université, le diplôme n’est plus qu’une simple formalité. Tous les élèves savent qu’ils l’obtiendront sans efforts ou presque, ce qui ne les encourage pas à travailler. Les notes éliminatoires ne changeront rien, elles continueront à entretenir un système basé sur la méthode de la carotte et du bâton, sur une relation dominant-dominé entre profs et élèves. »

Pourquoi ne pas proposer une sorte de passeport ou examen qui, tout en contrôlant les matières principales à l’issue de la terminale donnerait plus d’importance au contrôle continu ? Il s’agirait de prendre en compte l’évolution de chacun, pendant les trois années de lycée. « Les élèves doivent se (ré)approprier leur apprentissage, et nous devons trouver les moyens et outils pour les y encourager, comme les auto-évaluations, des leçons par objectifs, une évaluation des compétences », insiste Marie. « Ce qui permettrait d’alléger la machine bac, très lourde, et surtout de prolonger l’année jusqu’à mi-juin. Nous aurions plus de temps pour enseigner et consolider les acquis. » « La valeur du bac réside dans le développement possible des capacités du futur adulte : capacité d’analyse, capacité de raisonnement – qui fait cruellement défaut chez beaucoup d’élèves – capacité d’apprendre », résume Clotilde, professeur de philosophie à Bordeaux. « C’est à ce niveau qu’il faut agir avant d’envisager une réforme, nécessaire, du bac. »

Delphine Barrais