L’économiste Thomas Piketty, professeur à l’Ecole d’économie de Paris et proche du parti socialiste, a estimé mercredi que le bilan du quinquennat sur l’enseignement supérieur était « un énorme mensonge » hier, lors d’un entretien avec l’Association des journalistes éducation.

Présenté comme « la priorité des priorités », l’investissement dans le supérieur aura été selon lui « quasi nul » pendant les cinq dernières années. Entre 2007 et 2012, « si on retire l’inflation de l’augmentation des budgets, on a des augmentations qui sont d’à peine plus de 1 % par an alors que le nombre d’étudiants lui-même sur l’ensemble de la période a progressé d’à peu près 1 % par an », affirme Thomas Piketty.

Il estime qu’à ce rythme il faudra à la France « deux siècles pour rattraper [son] retard sur les Etats-Unis, à supposer qu’ils stagnent ». Selon l’économiste, les Etats-Unis dépensent 30.000 euros par an par étudiant, contre 10.000 euros pour un étudiant français. Nous ne sommes pas pour lui « dans une trajectoire de rattrapage », comme le revendique le gouvernement.

Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a réagi à ces propos en dénonçant une « désinformation ». « Les moyens budgétaires de l’enseignement supérieur et de la recherche ont progressé de 4,6 milliards d’euros » depuis 2007, affirme-t-il, s’ajoutant à un investissement de « 3,6 milliards d’euros » pour le crédit impôt recherche et de « 22 milliards » dans le cadre des investissements d’avenir. Enfin, le plan Campus représente « 5 milliards d’euros » consacrés à la modernisation des universités.

« Le budget des universités a augmenté de 25 % en moyenne, jusqu’à plus de 50 % pour certaines d’entre elles », précise Laurent Wauquiez. « L’Etat a augmenté deux fois plus les moyens en cinq ans que sur les 10 précédentes années ! » souligne le ministre.

En 2012, les moyens de fonctionnement des universités n’ont progressé que de 1,2 % en moyenne par rapport à l’année précédente. Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d’universités (CPU) dénonçait en janvier dernier un budget « dont la dominante est la stagnation des crédits » et « une régression de fait en euros constants », si « l’on tient compte de l’inflation et de l’accroissement des charges ».