500 euros pour 8h de plus : vives réactions des enseignants

Le 28 février dernier, Nicolas Sarkozy proposait aux enseignants volontaires du second degré d’augmenter leur rémunération de 500 euros nets par mois, à condition qu’ils assurent 8 heures supplémentaires par semaine, de présence dans leur établissement. VousNousIls.fr est allé à la rencontre d’enseignants et de syndicats. Natacha Polony, journaliste spécialiste de l’éducation au Figaro, donne aussi son avis.

Si Nicolas Sarkozy voulait reconquérir le vote des enseignants, c’est raté. A la suite de sa proposition de revaloriser les professeurs volontaires du secondaire, à condition d’effectuer non plus 18 heures de présence mais 26 heures hebdomadaires, la plupart des enseignants sont en colère. « Cette proposition insinue que les profs ne travaillent pas assez », s’agace Stéphane, enseignant de SVT dans un collège de la Manche. « Et puis 8 heures, c’est l’équivalent d’une journée de plus sachant que nous faisons déjà des heures supplémentaires. Cette semaine, quatre de mes soirées sont prises par des réunions. » Myriam, prof d’anglais dans un collège Rhône alpin, est aussi contrariée : « Contrairement à une légende qui voudrait que l’enseignant ait fini vers 16h, je rentre souvent vers 18h ou 19h voire plus tard, je travaille parfois le week-end et toujours une partie des vacances. Notre temps de présence a beaucoup augmenté en 10 ans. Je fais déjà largement les 26h de M. Sarkozy et serais ravie qu’il me les paye. Je ne vois pas en quoi c’est une revalorisation. Pour rappel, les professeurs français sont parmi les moins bien payés d’Europe ! »

« Des heures de cours ? De surveillance ? D’autre chose ? »

Un professeur de mathématiques au collège, qui souhaite garder l’anonymat, effectue un rapide calcul : « 26h – 18h = 8 h, soit approximativement la moitié d’un temps plein. Or la moitié de 1800 euros c’est 900 euros… Même s’il s’agit d’enseigner les maths, à 500 euros ce n’est pas la peine d’y penser ! Autant laisser la chance à un autre collègue qui a besoin d’un mi-temps ou de compléter ses heures. C’est un coup de démagogie pour faire plaisir aux parents et un coup d’économies en nous faisant faire un travail de pion. » Jean-Paul, prof d’EPS dans les Hauts-de-Seine, estime que la proposition n’est pas pertinente : « si les enseignants travaillaient pour l’argent cela ferait longtemps qu’ils auraient changé de métier ! Le nombre d’heures de service est un débat qui revient souvent mais ce que certains voient comme des privilèges injustifiés n’est que le calcul d’un temps de travail théorique, qui ne prend pas en compte le temps de préparation chez soi, de correction… »

Au-delà du mécontentement, tous s’interrogent sur le contenu des heures supplémentaires : « S’agit-il d’heures de cours ? De surveillance ? D’autre chose ? », demande Jean-Paul. Les enseignants du premier degré, non concernés, montent aussi au créneau, s’estimant lésés par rapport à leurs collègues du secondaire : « ça me fait hurler. Ils font déjà moins d’heures qu’en primaire en étant payés plus pour la même formation ! », s’indigne Amélie, enseignante en CM2 dans un établissement privé en Essonne.

« La seule vraie question : à quoi sert l’école ? »

Les syndicats d’enseignants déplorent ces remontées négatives. Pour Christian Chevalier, secrétaire général de l’UNSA, la proposition divise et est « très loin » de revaloriser la profession : « Une fois de plus Nicolas Sarkozy veut recruter moins d’enseignants et les faire travailler plus. C’est un miroir aux alouettes ! » Du côté du SNES-FSU, Frédérique Rolet, co-secrétaire générale, dénonce « un marché de dupes ». Selon elle, « Nicolas Sarkozy méconnait la réalité du métier d’enseignant. Sa proposition revient à ignorer les tâches administratives invisibles ».

Natacha Polony, journaliste au Figaro spécialiste de l’éducation, reste nuancée mais ne cache pas son scepticisme : « je ne suis pas opposée à ce que les enseignants soient davantage présents au sein des établissements. Mais pour quoi faire ? La seule question qui devrait être posée pendant la campagne présidentielle et qui ne l’est pas c’est : à quoi sert l’école ? » A l’écouter, la proposition de Nicolas Sarkozy rejoint toutes les autres : « elles visent à modifier la structure de l’école, la réformer, mais sans savoir à quoi vont être utilisées ces heures supplémentaires. Cela va de pair avec l’idéologie de la compétence : on ne va plus enseigner des savoirs mais évaluer des compétences. L’avantage c’est que ça coûte moins cher. » Natacha Polony estime toutefois que Nicolas Sarkozy a le mérite d’être « plus honnête » que le candidat PS. « François Hollande promet de recréer 60 000 postes mais il ne le fera pas. Il devra aussi toucher au statut des enseignants mais il ne le dit pas car il ne veut pas risquer de fâcher les profs. » Quant au financement de la proposition, Natacha Polony concède un problème de taille : « elle est finançable pour les 500 euros supplémentaires mais encore faut-il que les enseignants disposent tous d’un bureau à l’école… Or s’il faut en créer 400 000 (collèges et lycées), je ne crois pas que les Départements et les Régions aient l’intention et les moyens de monter un grand plan pour construire des bureaux. »

6 commentaires sur "500 euros pour 8h de plus : vives réactions des enseignants"

  1. emeline  8 mars 2012 à 21 h 12 min

    En quoi un bureau est-il indispensable pour qu’un professeur puisse faire des heures supplémentaires ? j’avoue ne pas bien comprendre cette histoire de bureau. A priori, ces heures n’exigent pas qu’un professeur se transforme en PDG et possède sont propre bureau avec 3 fauteuils molletonnés, un ordinateur, un presse papier et un pot à crayon… Une table suffit et d’après mes souvenirs ce n’est pas ce qui manque dans un lycée ou un collège… Alors si faire l’étude, recevoir les parents et autre s’est toujours fait dans les salles de classes, pourquoi cela ne pourrait-il pas continuer ?Signaler un abus

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  2. Nix  8 mars 2012 à 23 h 49 min

    Ben oui, il faut un bureau : les cours se préparent avec des livres (il faut donc un endroit personnel pour les stocker) et un ordinateur (pour taper les cours et les exercices, faire des recherches…) On ne demande pas des fauteuils ! Une table pour corriger les copies d’accord, mais le travail ne se limite pas à cela.Signaler un abus

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  3. Il Rève  9 mars 2012 à 7 h 24 min

    La proposition du candidat président d’augmenter de 500 € le salaire des enseignants qui acceptent 8 h. de travail supplémentaire est à la fois un révélateur et un symbole. Révélateur du peu de considération que cette personne éprouve à l’égard des enseignants auxquels elle attribue un salaire horaire de 15,60 € alors que le plombier évalue son heure de travail à 60 € voire davantage parfois. Symbolique. En période dite de crise les enseignants doivent eux aussi payer leur part d’affaiblisssement du pouvoir d’achat. Cependant par cette proposition apparemment irraisonnable il se
    produit une dynamique négative de division interne au corps enseignant (les profs des écoles font déjà 26 h. pour des salaires moindres, des enseignants, très peu nombreux, sont prêts à accepter) et interne au monde du travail (comment 18 h. de travail au lieu de 36 voire 40 h. hebdomadaires ?). C’est peut être en raison de cette logique de division sous jacente que le rejet du candidat président augmente chez les enseignants et certains parents. Face à l’adversité qui veut maintenir l’idée de la crise la solidarité de ceux qui vivent de leur travail l’emporte sur le miroir des promesses à contre sens.Signaler un abus

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  4. caroudel  9 mars 2012 à 9 h 36 min

    Et pourquoi pas avec cet argent qui ne réduira plus le trou de la dette embaucher 1 nouveau professeur par tranche de 4, donc le payer 2000 Euros. Conséquences : augmentation du nombre des profs 25000 de plus par tranche de 100000, diminution des élèves par classe et réduction du chômage… Dans la précipitation on ne peut pas penser à tout…Signaler un abus

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  5. idealissime  9 mars 2012 à 12 h 36 min

    Un bureau peut-être pas mais un « Learning Center » oui !!! Pour faire court un espace modulable et convivial pour que les profs travaillent ENSEMBLE, en équipes élargies ou réduites, aient sous la main les outils pour se documenter et formaliser leurs projets, associent les profs doc, les CPE, etc, puissent éventuellement s’isoler pour recevoir des parents, des élèves,… un rêve de prof quoi 🙂Signaler un abus

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