Comment s’est opérée la sélection des Idex ?

Nous avons suivi une procédure élaborée. L’analyse des neuf projets, que nous avions à juger lors de cette deuxième vague, s’est faite en trois groupes au sein des 14 membres du jury. Nous avons convenu que les porteurs de projet nous livrent une quinzaine de pages avec les mesures concrètes qu’ils prendront dans les quatre ans, en vue de devenir des pôles pluridisciplinaires d’excellence d’enseignement supérieur et de recherche de rang mondial. Nous avons dressé un premier classement à partir des dossiers. Puis après les auditions, nous en avons réalisé un second, provisoire, toujours à partir des mêmes 12 critères relatifs d’une part aux stratégies des acteurs et, d’autre part, à la gouvernance et à la politique des moyens et des ressources humaines. Nous avons ensuite fait la moyenne des deux classements. Nous en avons discuté et nous avons voté à bulletin secret. Nous avions prévu de ne garder que les dossiers ayant obtenu une majorité de deux tiers des voix. Il y en avait trois. Au final, nous avons étendu la liste à cinq projets.

N’y a-t-il pas un déséquilibre géographique à l’échelle française et de grands projets absents, comme celui de Lyon ?

Nous assumons entièrement nos choix. Au début de la procédure, j’ai demandé à Valérie Pécresse (actuellement ministre du Budget mais à l’époque ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche) si nous devions tenir compte de l’équilibre du territoire. Elle m’a clairement répondu « non ». Cela ne m’a d’ailleurs pas surpris car je préside un jury international et notre rôle est de juger selon les critères de l’appel à projets : enseignement, recherche, innovation, gouvernance, etc. Les dossiers de Lyon et de Paris Novi Mundi Université (PNMU, porté par l’EHESS) ont été très bien jugés mais ils n’ont pas dépassé la barre des deux tiers des voix. Néanmoins, si je compte bien, parmi les 8 « vainqueurs », 4 dossiers sont parisiens et 4 ne le sont pas, ce qui me paraît relativement équilibré. D’une manière générale, j’ai été impressionné par la qualité et l’énorme somme de travail réalisée. Les porteurs de projets qui n’ont pas été retenus ne doivent pas se décourager !

Comment va s’opérer la répartition des dotations, en l’occurrence de 7,7 milliards d’euros ?

Les dotations seront attribuées après négociation entre les porteurs de projets, le commissariat général à l’investissement (CGI) et le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le jury n’a pas examiné le chiffrage car ses membres ne sont pas des experts sur les coûts salariaux en France. Nous nous sommes uniquement prononcés sur la qualité scientifique des projets.

Plusieurs universités craignent de disparaître sous le poids des méga-pôles émergents. Existe-t-il un risque d’une université à deux vitesses ?

Le risque de disparaître me paraît largement exagéré. Rien n’empêche une université extérieure au pôle de se développer. Et puis la concurrence est une réalité déjà observée en Europe. Je suis le premier à souhaiter un socle de financement qui permette d’assurer une bonne qualité d’enseignement. Mais au-delà de ça, qu’il y ait des universités plus ou moins performantes, c’est un fait de la nature. La classe scientifique d’un pays y trouve son compte car cela contribue à attirer les chercheurs étrangers. Nous ne créons pas la concurrence, elle existe : les enseignants, les étudiants, les chercheurs, tous sont déjà mobiles aujourd’hui. Les universités sont les seuls services publics en concurrence internationale. Pour autant, je crois qu’elles restent dominées par les valeurs d’égalité et leur rôle d’ascenseur social.

Figurer en meilleure position dans le classement de Shanghai est-il un objectif ?

Non et je tiens à dire que notre boussole de référence n’a absolument pas été le classement de Shanghai. Lequel ne tient compte que du volet recherche alors que nous avons analysé beaucoup d’autres paramètres. Il ne faut pas réduire l’exercice du jury des Idex à une mécanique de Pavlov.

Charles Centofanti