Alain RéiPourquoi avoir lancé un appel aux candidats à la présidentielle, sachant que les principaux partis disent tous qu’ils mettront « le paquet » sur l’école du premier degré ?

Notre préoccupation première est la même : aujourd’hui, l’école affiche un taux important d’élèves qui quittent le CM2 avec d’importantes difficultés scolaires. Ce n’est pas tenable. Agiter des chiffres, des nombres de postes à recréer, n’est pas suffisant. Tous les candidats pointent le fait qu’il faut mettre le paquet sur l’école sauf que depuis un siècle la structure de l’école n’a pas changé. Il n’y a jamais eu, comme en Finlande, de remise à plat complète. Or nous avons besoin d’un projet d’avenir pour progresser. L’école a besoin d’une vraie réflexion politique, dans le sens noble du terme. Nous demandons aux candidats de clarifier leur projet pour l’école du premier degré.

Avez-vous reçu des réponses des candidats et sont-elles satisfaisantes ?

Pour le moment, nous avons eu des prises de contacts avec les principaux candidats, hormis le FN que nous n’avons pas sollicité. Nous espérons pouvoir rencontrer les principaux candidats, ceux qui ont une chance d’accéder au pouvoir.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les directeurs d’école ?

Nous courons après le temps. Nous sommes de plus en plus chargés de tâches administratives, sachant que notre décharge horaire n’est pas à la hauteur et que, en parallèle, nous faisons toujours cours à nos classes. En ce qui me concerne, avec 10 classes à gérer, je suis censé passer la moitié de mon temps de travail en classe, l’autre à m’occuper de la direction de l’école. Dans les faits, je suis tout le temps directeur d’école et il m’arrive de devoir m’adapter aux urgences, ce qui impacte inévitablement mes élèves. Et puis il faut aussi assurer la relation humaine, entre les collègues et les parents. Par ailleurs, il nous faut une véritable formation, en adéquation avec nos multiples missions, notamment en matière de gestion économique et de gestion des conflits. C’est la raison pour laquelle nous demandons la mise en place d’un vrai statut pour les directeurs d’école, avec des perspectives de progression de carrière.

Vous dénoncez un mal-être qui s’accentue chez les directrices et les directeurs d’école, quelle est la situation ?

De plus en plus de collègues ont des difficultés. Ils ont l’impression de ne pas être reconnus et soutenus par le système. Par manque de temps, le directeur d’école se sent brouillon dans tout ce qu’il fait. Il a le sentiment de bâcler. Et par conséquent, la fonction attire moins : en France, 10% des écoles se retrouvent chaque année avec leur direction vacante, soit quelque 5000 directions d’école.

L’avenir de l’école passe-t-il par davantage de moyens humains ? Ne peut-on pas « faire mieux avec les mêmes moyens » comme le défend Nicolas Sarkozy ?

Le principal problème n’est pas là : ce que nous réclamons avant toute chose, c’est une réflexion sur ce qui fait que d’autres systèmes sont plus performants ailleurs en Europe. Et ce qui est sûr, c’est qu’il existe une relation de cause à effet importante entre une direction de qualité et les résultats des élèves. Nous attendons qu’on nous donne des moyens mais pas forcément au sens financier du terme. Eva Joly annonce 20 000 créations de postes, François Hollande 60 000…. Je n’ai pas la compétence pour dire qui a raison. L’important c’est de voir comment on se repositionne pour être plus « performant ».

Que pensez-vous du projet d’évaluation des enseignants et de la possibilité qui serait donnée aux directeurs d’école de recruter leur équipe enseignante ?

En Belgique, depuis 2007, les directeurs recrutent déjà les enseignants. En France, nous sommes à des années lumières de ce mode de fonctionnement. Concernant l’évaluation, cela ne me choque pas s’il s’agit d’un moment partagé de formation et non pas de mettre les écoles en concurrence. Si, au contraire, la stratégie c’est de faire des directeurs des chefs qui mettent la pression sur l’équipe pédagogique, ce serait maladroit et totalement inefficace. Politiquement ce serait contre-productif et nous les enseignants ne sommes pas prêts. Nous avons encore trop d’a priori vis-à-vis de l’évaluation en général et de nos propres évaluations en particulier.

Que préconisez-vous pour lutter contre l’échec scolaire ?

Aujourd’hui, nous sommes tombés dans une dérive. Les élèves sont évalués en CE1, en CM2… On ne tient pas compte, à la différence de l’école finlandaise par exemple, du fait que les enfants n’apprennent pas tous à la même vitesse.

Charles Centofanti