Stress au travail : « un enseignant lâché par sa hiérarchie, c’est le plus difficile »

Selon la dernière étude du Carrefour Santé Social, 24 % des personnels de l’Education Nationale s’estiment "en état de tension" au travail et 14 % "en épuisement professionnel". Eclairage du professeur Viviane Kovess-Masfety (1), directrice du département d’épidémiologie de l’Ecole des Hautes Etudes en santé publique, et d’une équipe de recherches de l’Université Paris-Descartes.

Viviane Kovess-MasfetyLe stress est-il le nouveau fléau de notre époque ?

Le stress est par essence une composante de la vie, vivre c’est être stressé. Nous sommes tous programmés pour réagir et faire face. Mais quand le stress devient constant ou excessif et dépasse nos simples capacités d’adaptation, c’est le début des problèmes. Nous ne sommes pas tous identiques, ni égaux face au stress. Tout dépend de la génétique, de l’éducation, de l’environnement social…

Les enseignants vous paraissent-ils une population stressée par définition (voir l’étude du Carrefour Santé Social) ?

Il existe d’importantes disparités entre les collèges, les écoles élémentaires, ou encore les universités, de même entre la voie générale et technologique. Les vécus et les situations sont, de fait, différents d’un établissement à l’autre et certaines situations peuvent être très difficiles. Paradoxalement les enseignants des ZEP ne sont pas toujours ceux qui souffrent le plus. L’une des raisons est qu’ils obtiennent un vrai retour sur leur travail et se sentent utiles. Sans rentrer dans des détails trop techniques, nous avons plusieurs questionnaires en notre possession pour mesurer le stress au travail. Dans l’un, on considère que si l’on maintient une bonne autonomie décisionnelle malgré un niveau de demandes élevé, le stress est moindre. Les enseignants ont en général plus de latitude dans leurs classes que dans d’autres métiers. En revanche, selon un autre modèle basé cette fois sur le contraste entre les demandes et les récompenses obtenues (comme l’argent, le statut social et l’estime éprouvée), les enseignants se retrouvent en moins bonne posture que précédemment. Il faut donc être très prudent avec ces approches.

Comment lutter alors contre les méfaits du stress ?

Pour tous, le sport permet sans aucun doute de garder une santé mentale plus positive. Mais plus précisément au travail, l’un des principaux facteurs de protection passe par la qualité des relations établies avec les collègues, la solidarité, le partage de pratiques, bref tout ce qui relève des échanges. Sans oublier aussi ce que j’appelle « les méthodes de management », c’est-à-dire la manière dont la direction s’implique et donne plus ou moins son soutien aux différents agents de l’établissement. Un enseignant lâché par sa hiérarchie, c’est le plus difficile.

Les agents de l’Education n’ont pourtant pas de véritable médecine du travail à leur disposition. Qu’en pensez-vous ?

D’après les données de consommation que j’ai analysées, aucun élément ne laisse penser qu’ils n’aient pas un bon accès aux soins de manière générale. L’un des bémols porte sur les visites aux spécialistes souvent en secteur 2 et donc pas complètement remboursés par la mutuelle. Il faut ensuite se poser la question du rôle de la médecine du travail et de son aspect préventif. Il me semble qu’il est important pour les enseignants des lycées professionnels, notamment en contact avec certains produits.

Catherine Sauvat

Note(s) :
  • (1) Viviane Kovess-Masfety est notamment l’auteur de N’importe qui peut péter un câble, Ed. Odile Jacob, 2008

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7 commentaires sur "Stress au travail : « un enseignant lâché par sa hiérarchie, c’est le plus difficile »"

  1. Moi  14 février 2012 à 17 h 33 min

    17 années d’enseignement PAS une seule visite médicale alors pour les conseils des spécialistes on repassera …Signaler un abus

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  2. Moi  14 février 2012 à 17 h 47 min

    De nombreux collègues n’en peuvent plus et en plus deviennent pauvres ce qui n’arrange rien. Un métier à fuir (les jeunes l’ont bien compris)Signaler un abus

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  3. tonne  17 février 2012 à 16 h 27 min

    28 années d’enseignement en collège. Une médecine du travail inexistante. Des conditions de travail qui se sont dégradées. La majorité des enseignants ayant plus de 50 ans n’en peuvent plus… Bref, un métier que je ne recommande pas pour ma fille de 15 ans.Signaler un abus

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  4. clara  18 février 2012 à 1 h 46 min

    …et pour les enseignantes de plus de 50 ans, dévalorisées, discréditées, moquées par leur chef-homme d’établissement, devant leurs élèves, comme plusieurs de mes collègues ou connaissances?
    …question de leur faire demander leur propre démission, je l’ai entendu , cela semble devenir une politique (ou un passe-temps?) à la mode récemment.Signaler un abus

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  5. Jules  17 mai 2012 à 10 h 25 min

    Partie 3

    Mais cette réalité chacun la connaît, même ceux qui la nient.
    C’est ainsi que tous les parents qui le peuvent fuient les ZEP en contournant la carte scolaire ou bien inscrivent leurs enfants dans le privé. Les bobos parisiens sont les champions de cette pratique!
    Et c’est aussi pourquoi de moins en moins d’étudiants choisissent l’enseignement. Ceux qui s’y engagent le font de plus en plus par défaut.

    Malheureusement je ne pense pas que cela va s’arranger vu que l’on refuse de se poser les bonnes questions au nom de la religion du  » vivre ensemble « . Alors on pratique le déni de réalité, sauf qu’au front plus personne ne veut y aller !Signaler un abus

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