DetachmentHenry Barthes, prof chevronné, arrive pour un mois dans un établissement violent de la banlieue new-yorkaise. S’il a choisi d’être remplaçant, c’est pour rester « détaché » de son métier, ne pas être envahi par lui, ne pas s’ancrer. Le film s’ouvre précisément par des témoignages de profs anonymes qui parlent de la difficulté de leur métier, et tout au long du film, on voit les collègues d’Henry Barthes, et la proviseure, les nerfs à vif. Ils n’arrivent plus à prendre de la distance depuis longtemps, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

Adrien Brody alias Henry Barthes est filmé aussi par le réalisateur comme dans un documentaire, pour témoigner de ce qu’il traverse au quotidien dans cet établissement. Ces scènes de témoignage alternent avec la fiction proprement dite, créant ainsi un rythme particulier.

S’efforcer d’être « détaché »

Or Henry Barthes s’efforce d’être « détaché », mais petit à petit, l’interaction entre son métier et sa vie privée va aller crescendo. Il va être touché par le mal-être de son élève Meredith, et surtout par Erica, jeune prostituée à la dérive qu’il va recueillir chez lui. Parallèlement, ses collègues sont vus aussi chez eux, avec les soucis et la détresse de la journée, qui interagissent immanquablement sur leur vie familiale.

La violence est très présente : non sous forme de scène sanglante, mais par le biais des insultes, des crachats, des bagarres entre élèves. Une autre forme de violence est omniprésente : celle de la démission totale des parents, d’ailleurs quasiment absents du film.

Un passé qui le rapproche de ses élèves

Cette violence, Henry Barthes l’a vécue : on le découvrira peu à peu, et malgré son apparent « détachement », il est, de par son passé, extrêmement proche des élèves, ses cours puisent dans son propre désespoir, et finalement, les élèves vont s’attacher à lui.

Le film de Tony Kaye est d’une grande force, même si le scénario un peu décousu est parfois à la limite du vraisemblable. Les acteurs sont tous exceptionnels, et l’émotion est présente à chaque instant. Il ressort de « Detachment », que justement, le métier d’enseignant ne permet pas d’être détaché : il est forcément empreint d’une lourde charge émotive, en particulier avec les élèves les plus difficiles, et comme le dit Henry Barthes, l’enseignant est le seul et dernier adulte de leur environnement qui ait vraiment envie de leur donner leur chance. C’est une immense responsabilité. Trop immense peut-être.