Initiative pédagogique : les cours de soutien en classe virtuelle

Eric Guiraut, professeur d'économie-gestion en STG, a organisé des séances de révision dans le monde virtuel Assemblive, un environnement 3D en ligne similaire à Second Life. Il revient pour Vousnousils sur cette expérimentation.

Cours de soutien en classe virtuelle

Eric Guiraut / guiraut.wordpress.com

Pouvez-vous présenter brièvement votre projet ainsi que les classes concernées par celui-ci ?

Il s’agit de la mise en œuvre de séances (individuelles ou collectives) de révision pour le baccalauréat STG au sein d’une classe virtuelle, dans la continuité de l’utilisation d’un blog pédagogique durant l’année.

Le choix de l’environnement s’est porté sur l’application Assemblive car celle-ci est simple d’utilisation pour le professeur (créateur et gestionnaire de la classe) et les élèves.

Avant d’effectuer des séances de révision, des séances de prise en main “technique” ont été organisées. Cela avait pour but d’apprendre à gérer les déplacements mais surtout la communication au sein de la classe virtuelle : communication écrite à l’aide du « tchat », et surtout orale (gestion de la prise de parole, réglage des micros et haut-parleurs…)

Assemblive en quelques mots

Assemblive s’apparente à un « Second Life » simplifié. C’est une plate-forme de monde virtuel, où les utilisateurs représentés par des avatars se retrouvent dans l’un des nombreux environnements modélisés en 3D : salles de réunion, amphithéâtre, salons virtuels… Ils peuvent y communiquer via micro et webcam. Pour plus d’informations sur Assemblive, consultez la vidéo de présentation.

Comment vous est venue l’idée d’intégrer les mondes virtuels à vos pratiques pédagogiques ?

L’idée vient du fait que les élèves peuvent être assez éloignés du lycée, ce qui rend la mise en œuvre de séances de révision très difficile. Une séance de révision d’une heure peut en mener certains à utiliser une demi-journée de leur temps de révision. La mise en œuvre de plusieurs séances apparaît alors complètement impossible. Ceci est d’autant plus vrai pour les révisions au second groupe d’épreuves, qui sont très courtes (1 ou 2 jours).

De plus, une séance de révision “en classe” oblige l’élève à assister à la totalité de la séance prévue même si tous les éléments abordés ne lui semblent pas utiles.

Les élèves ont-ils adhéré au concept ? Pour quelles raisons ?

Si, à priori, un certain nombre d’élèves semblaient intéressés pour utiliser cet outil, peu voire très peu sont réellement venus participer aux séances de révision.

Les résultats peuvent donc être considérés comme décevants, les élèves n’ayant pas adhéré à ce type de travail distant.

Il est utile de chercher s’il y a eu des freins, que l’on pourrait qualifier de techniques, à l’utilisation de la classe virtuelle, puis s’interroger sur des freins pédagogiques.

Les difficultés techniques semblent assez importantes. Les élèves de STG relèvent le plus souvent de catégories sociales peu favorisées, et même s’ils disposent quasiment tous d’un ordinateur et d’une connexion wifi, ils sont peu à disposer d’un matériel et d’une connexion internet suffisants.

Deux questions d’ordre pédagogique peuvent également être posées dans le cadre de l’analyse des résultats :

Les élèves ont-ils la sensation d’être comme en cours ?

Il apparaît que, pour ceux qui sont venus aux différentes séances, ce soit plutôt le contraire : une participante indique dans un commentaire que, justement, elle ne se sent pas comme en classe, pouvant quitter librement la salle virtuelle si le sujet abordé ne l’intéressait pas.

Malheureusement, il n’a pas été possible d’identifier si cette hypothèse explique le fait que très peu d’élèves soient venus dans la classe virtuelle, les élèves évoquant plutôt ne pas y avoir pensé.

Les élèves ont-ils des difficultés à travailler hors de la classe ?

Les élèves de la série STG sont des élèves qui ont des difficultés dans le travail hors de la classe, en particulier lorsqu’il n’est pas noté : manque de motivation, mauvaises conditions de travail, difficultés à comprendre seul le travail demandé…

Avez-vous reçu des critiques de la part de vos collègues ? des parents d’élèves ?

Je n’ai eu aucune critique sur cet essai de travail à distance avec les mondes virtuels… au contraire, on essaie avec une collègue de communication de monter des séquences avec les élèves autour de ce nouvel outil mais nous sommes pour l’instant bloqués par les difficultés techniques quant à l’utilisation en classe.

Pensez-vous reprendre plus tard cette expérimentation ? Comment ?

Je n’abandonne pas l’idée de travailler avec les mondes virtuels avec les élèves, mais j’attends qu’ils soient utilisables en classe afin de leur en montrer le fonctionnement et l’intérêt pour des séances de travail à distance. Pour faire comprendre aux élèves l’intérêt de travailler avec le web 2.0, j’utilise d’autres outils.

Quels sont ces autres outils ?

Comme je l’ai signalé auparavant, j’utilise un blog comme support de travail avec les élèves. Il me permet principalement de travailler en classe autour de sources présentes sur Internet, de mettre à disposition des données complémentaires aux cours et surtout de leur faire rédiger des articles sur des thèmes d’actualité dans les domaines de l’économie, du droit et du management des entreprises.

De plus, j’ai cette année développé un travail avec l’application Google documents qui me permet de mieux faire travailler les élèves en groupe, de suivre à distance leurs travaux et de pouvoir commenter et corriger leur travail sans attendre qu’il soit fini. Il s’agit ici de réaliser un suivi du travail des élèves plus facile qu’avec un devoir « sur papier ». Les élèves adhèrent assez à cette nouvelle façon de travailler, ce qui me rend optimiste sur une possibilité, à l’avenir, de relancer le travail dans les mondes virtuels.

4 commentaires sur "Initiative pédagogique : les cours de soutien en classe virtuelle"

  1. Glenys Hanson  20 janvier 2012 à 21 h 34 min

    Bonjour,

    Je n’ai pas d’expérience avec les jeunes, mais avec les adultes j’appliqué le système « du bâton et de la carotte ».

    Dans un cadre ou le travail en face-à-face est noté, il faut que le travail à distance le soit aussi, autrement les participants (étudiants/élèves) ne le prennent pas au sérieux. Je n’ai pas fait comme ça au début (parce qu’en formation continue je note jamais mes stagiaires) mais à distance j’ai compris qu’il fallait que je change mes habitudes. Je « note » toute participation : les exercices interactifs reçoivent automatiquement un score (j’utilise Moodle comme plate-forme d’apprentissage), mais je donne un score aussi aux messages dans les forums, aux contributions aux glossaires et aux réponses aux sondages de satisfaction. Ces scores-là sont dans un sens « fictifs » puisque chaque message dans un forum (ou réponse dans un sondage, ou article écrit dans un glossaire) reçoit un score de 100%. Je ne crois pas que mes étudiants soient dupes, mais ça marche ! Depuis que j’applique cette procédure; ils écrivent tous dans tous les forums (un ou deux par semaine) et presque tous répondent aux sondages et contribuent aux glossaires. Ce n’était pas le cas auparavant.

    Et pour la carotte, j’essaye que les contenus et les tâches proposés soient adaptés à leurs centres d’intérêt et que les exercices d’apprentissage soient aussi ludiques que possible. Mais sans le bâton, ça ne suffit pas.

    Je peux montrer mes cours aux personnes intéressés.

    Cordialement,
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  2. E. GUIRAUT  21 janvier 2012 à 12 h 21 min

    Un petit complément à cet article. Mon expérimentation s’est faite dans le cadre d’une collaboration avec Jean Paul Moiraud (professeur au Lycée La Martinière Diderot à Lyon). Vous pourrez lire son analyse à cette adresse http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/ecogestion/legt/spip.php?article608Signaler un abus

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  3. Robert  21 janvier 2012 à 18 h 21 min

    Glenys écrit ci-dessus : « Je peux mon­trer mes cours aux per­sonnes intéressées », mais rien ne permet de la joindre, elle ne donne pas son e-mail !
    Je me souviens qu’en arrivant en Mauritanie comme professeur de français, j’ai eu du mal à m’adapter à un groupe d’étudiants arabisants. Ils ne semblaient pas prendre au sérieux le cours de français, s’absentaient et refusaient de travailler. Alors j’ai multiplié les devoirs surveillés que j’ai pompeusement nommés « examens partiels ». Ces jours là, ils étaient à l’heure, disciplinés, et travaillaient remarquablement bien… La note de français comptait arithmétiquement pour très peu dans leur moyenne mais ils y étaient très sensibles.
    Bon, quelque chose me chiffonne là-dedans : c’est de la motivation externe..Signaler un abus

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  4. Glenys Hanson  22 janvier 2012 à 11 h 29 min

    Bonjour Robert,

    Tu as raison ! Alors voici mon e-mail : glenys.hanson@wanadoo.fr Et même un lien vers un cours :
    http://uepd.quizport.com/course/view.php?id=3
    Malheureusement, sans les apports des participants.

    Je comprends que l’aspect « motivation externe » te chiffonne, Mais nous oublions que c’est souvent la motivation externe qui emmène nos élèves dans nos salles de cours où nous aurons l’occasion, si nous sommes doués et instruits dans les techniques adéquates, de proposer des activités qui font appellent à la motivation intrinsèque. Face à une difficulté ou à une incompréhension, ils peuvent se tourner vers l’enseignant ; seuls devant leur ordinateur, ils abandonnent sans la motivation externe et pas seulement les élèves STG déjà en difficulté.

    Il y a quelques années, j’ai été attirée par Second Life et j’y ai passé plusieurs heures mais je n’ai pas vu comment je pouvais l’adapter à des activités d’apprentissage. La plupart des cours que j’y a vu étaient des cours magistraux sur le mode transmissif. J’ai bien aimé apprendre à contrôler mon avatar, m’habiller, me déplacer mais ensuite je me suis ennuyée et sans dépenser de l’argent je ne trouvais plus rien à apprendre et je n’y suis plus retournée. Mais les mondes virtuels m’intriguent toujours. Si ceux qui expérimentent de tels cours souhaitent un cobaye virtuel qui promet de ne pas lâcher, je suis partante !

    Cordialement,
    GlenysSignaler un abus

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