Michel Richard Quels seront les changements si le projet de réforme sur l’évaluation des enseignants, voulu par le gouvernement, entre en vigueur ?

Le projet de décret du ministère a été repoussé au 1er janvier 2013. Il faut donc attendre d’en savoir plus avant de tirer des conclusions hâtives. A priori, nous abandonnerons le système de double notation actuel qui, une fois pas an, comporte une partie administrative déterminée par le chef d’établissement et une partie pédagogique notée par l’inspecteur. Ce système de notes est devenu anachronique, en plus d’être très infantilisant pour le notateur et le noté. Il s’agit désormais d’aller vers un système d’évaluation et non plus de notation, sur la base d’un entretien tous les trois ans. Deuxième grand changement : nous pourrons évaluer la manière de « servir » du fonctionnaire, c’est-à-dire son engagement, son investissement, son rayonnement et sa relation avec les élèves.

Comprenez-vous que le projet ministériel soit perçu comme une « provocation » par les syndicats enseignants ?

Ce qui est très surprenant, c’est cette frilosité au changement de la part d’intellectuels et de progressistes. Il n’y a pas de raison d’avoir peur ! Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut changer de système de notation. Et selon le code de l’Education, le supérieur hiérarchique, en l’occurrence le chef d’établissement, a déjà autorité sur le personnel.

Un proviseur de lycée ou un principal de collège dispose-t-il d’une formation suffisante pour évaluer correctement un enseignant ?

Il dispose des outils nécessaires pour évaluer la manière de servir. Nous souhaitons toutefois une grille d’évaluation précise qui permette de mener objectivement un entretien. Il faut que tout soit transparent, avec des données connues de tous. Le principe du contradictoire doit aussi être respecté : s’il le souhaite, un enseignant doit pouvoir être évalué par quelqu’un d’autre. Quant à la dimension didactique, elle continuera d’être du ressort de l’enseignant car je ne vois pas comment les chefs d’établissement pourraient être compétents dans la haute technicité des matières enseignées. Sans compter que si nous devions aller dans les classes pour apprécier la pédagogie de l’enseignant, ce serait très chronophage.

N’existe-t-il pas un risque de clientélisme dans ce système d’évaluation dont l’évolution des salaires dépendrait en partie ?

Le risque de clientélisme serait bien plus important si les chefs d’établissement recrutaient eux-mêmes les enseignants, comme le souhaite l’UMP. Il ne faut pas que les enseignants se trompent : s’il n’y a pas une refonte du système, l’évaluation sera sousterraine et ce seront les élèves ainsi que les parents d’élèves qui la feront, ce qui serait beaucoup plus dangereux ! Il faut des garde-fous mais ne pas rejeter le principe du changement.

Cela ne risque-t-il pas non plus d’accroître un peu plus les différences entre les établissements ?

Est-ce qu’il y a aujourd’hui les bons et les mauvais profs ? Oui. De bons et de mauvais établissements ? Oui. Les syndicats enseignants ont raison d’être vigilants pour qu’un système équitable se mette en place, mais il ne faut pas garder l’ancien système sinon l’évaluation ce sera le recrutement des enseignants.

Ne serait-il pas plus juste d’évaluer l’équipe pédagogique ?

La question est surtout de savoir s’il faut ou non connecter l’évolution des rémunérations sur l’évaluation. Je pense qu’il faut une gratification, sans lien direct entre l’évaluation et la rémunération des enseignants. Il pourrait très bien y avoir un mécanisme de bonification, non automatique. Le SNPDEN a par ailleurs rencontré des collègues finlandais, dont le système est souvent cité en exemple : eux aussi évaluent tous les ans, pendant deux heures, chaque professeur. Et puis il n’y a pas d’autonomie sans évaluation. L’autre élément intéressant du projet repose sur le concept d’auto-évaluation de l’enseignant. C’est une bonne chose qui pourra servir de base à l’entretien d’évaluation. Il n’y a rien de scandaleux à ce qu’on cherche à mesurer la valeur ajoutée d’un établissement plutôt que sa performance.

Charles Centofanti