« La médiation par les pairs : des élèves capables de dépasser leurs conflits »

Depuis sa création en 1993, Génération Médiateurs intervient dans les établissements pour permettre aux élèves de désamorcer les conflits. La médiation par les pairs s’affiche comme un remède à la violence scolaire mais reste peu utilisée en France. Pour Nicole Hoerner, enseignante retraitée et formatrice au sein de l’association, les suppressions de poste dans l’Education nationale constituent l’un des principaux freins.

Nicole HoernerA quoi sert Génération Médiateurs ?

Nous formons les élèves à la médiation par les pairs. Nous pensons que les enfants et adolescents peuvent régler entre eux la plupart des conflits. Dans chaque établissement il existe un règlement intérieur, chacun doit s’y conformer et, le cas échéant, être sanctionné. Cependant, face à de nombreux problèmes du quotidien, les adultes ont tendance à dire « ce n’est rien, débrouille toi ». Notre rôle est de fournir aux élèves des compétences psychosociales, en leur apprenant à mieux se comprendre, s’estimer et se respecter.

Comment intervenez-vous concrètement ?

Nous formons les adultes (enseignants, CPE, personnel administratif et de service, infirmiers scolaires…) au cours d’un stage de 21 heures. Il s’agit de leur transmettre des exercices qu’ils pourront ensuite faire vivre à tous les élèves inscrits dans des ateliers de « Gestion positive des conflits » dans un premier temps, puis aux élèves volontaires pour devenir médiateurs. Nos outils évoluent : en ce moment, le harcèlement moral et les rumeurs sur internet sont au centre de notre réflexion. Cela ne peut fonctionner que s’il s’agit d’un projet d’établissement, avec plusieurs enseignants motivés.

Dans combien d’établissements êtes-vous présent et avec quels résultats ?

Des milliers de jeunes ont été formés. Depuis la rentrée scolaire, nous sommes intervenus dans une trentaine d’établissements, privés et publics, surtout au primaire et au collège. Mais dans la pratique, bien que la gestion des conflits figure dans la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École de 2005, nous nous heurtons aux suppressions de postes et au manque de moyens : les chefs d’établissement s’arrachent les cheveux lorsqu’ils cherchent des créneaux pour mettre en place les ateliers. Notre action permet pourtant d’améliorer l’ambiance au sein des classes.

Par ailleurs, les collégiens hésitent souvent à avoir recours à la médiation car ce n’est pas dans la culture de la société ni de l’adolescent. Je constate toutefois que les anciens « médiés » veulent devenir médiateurs et les anciens médiateurs nous disent avoir gagné en confiance et en maturité.

N’existe-t-il pas un risque pour les médiateurs d’être considérés comme les « balances » et d’empiéter sur le rôle des délégués de classe ?

Dans les ateliers, étape préliminaire à la mise en place de médiateurs, nous travaillons sur cette idée reçue ! Le but de la médiation entre élèves est d’éviter qu’un conflit ne dégénère ou que des élèves sanctionnés ne restent sur un sentiment de revanche.

En général, deux élèves médiateurs invitent les élèves en conflit – par exemple, le « harceleur » et le « harcelé »- dans une salle au moment de la récréation, où ils garantissent en plus du respect de chacun, la confidentialité de l’échange. Ils vont alors faciliter la parole et rechercher, avec leurs mots, une solution gagnant-gagnant. Ce type de médiation règle les conflits sur lesquels les adultes n’ont pas de prise. A l’école, les jalousies, les insultes et les rumeurs sont nombreuses sur les blogs et les téléphones portables. Et face à une situation de mal-être, les parents, le CPE ou le professeur peuvent se sentir démunis. Comme le souligne Eric Debarbieux (spécialiste de la violence scolaire) dans son rapport sur le harcèlement à l’école, la médiation par les pairs peut être une des solutions. La grande différence avec les délégués de classe, c’est que les médiateurs ne servent pas de relais entre les élèves, les enseignants et l’administration ! Il y a toujours un référent adulte et, dans l’idéal, une équipe par établissement qui accompagne et soutient les élèves médiateurs dans leur pratique. En France, l’initiative commence à faire son chemin, alors qu’elle est habituelle au Canada et dans les pays anglo-saxons.

Charles Centofanti

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