Gouvernance académique : « le pilote, c’est le recteur ! »

Une nouvelle organisation des services académiques sera mise en place le 1er février 2012. Un décret, présenté le 4 janvier par Luc Chatel, attribue au recteur les compétences jusqu’alors dévolues aux inspecteurs d’académie (1). Edouard Rosselet, Inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’Education nationale (IA-DSDEN) des Hauts-de-Seine, décrypte les enjeux de ce changement.

Edouard RosseletQuel est l’objectif de la réorganisation du pilotage des académies ?

Cette réforme s’inscrit dans le cadre de la réforme de l’Etat : le niveau régional/académique est le niveau stratégique et le niveau départemental celui de la mise en œuvre, le tout dans un dialogue de gestion et de performance avec le ministère.

Dans le cas particulier de l’Education nationale, son fonctionnement reposait sur une division des tâches de moins en moins adaptée aux réalités du système éducatif. Le rectorat avait en charge les lycées et les collèges alors que les inspections académiques traitaient des écoles primaires. Des évolutions s’étaient déjà produites dans le sens du décret qui vient d’être publié, notamment dans l’académie de Versailles où les inspections académiques géraient les moyens des collèges et des lycées par délégation du recteur. De ce point de vue, le décret ne modifie pas l’organisation en place.

Y a-t-il des oppositions à ces nouvelles dispositions ?

La conférence nationale des IA-DSDEN s’y est déclarée favorable. Le directeur académique se voit reconnaître un statut d’adjoint du recteur, participant à l’élaboration de la stratégie académique. Les prises de décisions sont rapprochées du terrain.

Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE), instance représentative de la communauté éducative, avait rejeté ce projet en 2011, redoutant une perte de proximité et une concentration des pouvoirs auprès des recteurs…

L’objectif visé est inverse. L’Education nationale a longtemps donné l’image d’un système hiérarchique pyramidal alors que les systèmes éducatifs ont aujourd’hui besoin d’une grande souplesse pour s’adapter aux spécificités des publics scolaires accueillis, tout en gardant des objectifs nationaux. Avec le nouveau système de gouvernance, les caractéristiques de chaque académie sont beaucoup mieux prises en compte par le ministère, dans un dialogue de gestion et dans une démarche de contractualisation. Au sein même des académies, la généralisation des contrats d’objectifs avec les établissements contribue à donner plus d’autonomie aux acteurs de terrain.

Les enseignants critiquent souvent les modalités d’inspection. Cette réforme peut-elle contribuer à les améliorer ?

Jusqu’à présent, nous fonctionnions sur le mode de l’inspection individuelle. Désormais, nous entrons dans l’ère de l’évaluation, ce qui me paraît être beaucoup plus gratifiant sur le plan individuel : l’évaluation repose sur un dialogue entre professionnels, portant sur l’atteinte d’objectifs. L’évaluation des enseignants par les chefs d’établissement n’est d’ailleurs pas une nouveauté : un enseignant est aujourd’hui noté sur 100. Quarante points maximum donnés par le chef d’établissement et 60 points maximum donnés par l’inspecteur. Ce qui est en jeu c’est de confier la totalité de l’évaluation aux chefs d’établissement.

A l’heure où la formation des jeunes enseignants est très critiquée, la réorganisation des services académiques peut-elle apporter un soutien pédagogique ?

Je ne suis pas certain que les jeunes enseignants soient majoritairement mécontents de leur formation. Je pense au contraire qu’ils en sont plutôt satisfaits, ce que démontre une enquête de satisfaction conduite auprès d’eux en 2011, à l’initiative de la DRH du ministère. Le pilote de l’académie, c’est désormais le recteur, y compris dans le domaine pédagogique. Les Inspecteurs pédagogiques régionaux sont placés sous sa seule autorité et participent donc du pilotage académique. Dans l’académie de Versailles, des groupes de travail et d’impulsion (GTI), animés par des inspecteurs, fonctionnent pour animer la réflexion pédagogique, notamment en direction des jeunes enseignants.

 

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Les IA-DSDEN deviennent des directeurs académiques des services de l’Education nationale, adjoints du recteur. Sous l’autorité de ce dernier, ils constituent avec le secrétaire-général de l’académie le

1 commentaire sur "Gouvernance académique : « le pilote, c’est le recteur ! »"

  1. Gavroche  17 janvier 2012 à 17 h 18 min

    Un paradoxe de plus ? L’EN, en pleine vague de décentralisation-déconcentration réunit dans les mains du recteur (région) les décisions au quotidien qui étaient au niveau des départements (IA)… Si dans les villes, on peut attendre un effet de seuil, en zone rurale c’est simplement une recentralisation… et un éloignement des réalités de terrain.Signaler un abus

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