Jack Koch - Danger EcoleSur son blog « Danger Ecole », Jack Koch partage des dessins, parfois drôles, parfois touchants, sur son quotidien d’instituteur remplaçant. Il nous a accordé un entretien.

Jack Koch, c’est votre vrai nom ?

C’est mon nom. Je m’appelle Jacques en réalité, mais mes sœurs m’appelaient Jack. J’ai toujours signé mes dessins « Jack », parce que c’est plus rapide !

Depuis quand enseignez-vous, et depuis quand dessinez-vous ?

J’en suis à ma 26ème année scolaire. Je dessine depuis toujours. Je suis remplaçant sur Zone d’intervention limitée (ZIL) et j’ai toujours fait des dessins dans les écoles que j’ai traversées. Quand j’ai créé mon blog, il y a bientôt cinq ans, j’y ai publié une série de ces dessins en vrac. J’ai envoyé l’adresse aux 25 instits que j’avais dans mon carnet d’adresses, et le bouche à oreille a fait le reste.

Mise à jour : Depuis 2014, Jack Koch a quitté l’enseignement pour se consacrer entièrement à son activité de dessinateur. Il y dépeint toujours, avec humour, le quotidien des profs – notamment pour VousNousIls.fr, dans une rubrique dédiée.

Comment expliquez-vous le succès de vos dessins ?

Je ne raconte pas ma vie : les gens ne savent pas qui je suis, où je travaille… Je ne me mets pas en avant, je ne fais pas de pub, je n’ai jamais cité de gamin ni de collègue. Et c’est sans doute pour ça que l’identification est forte. Il y a évidemment des états d’âme, mais c’est flou, ce n’est pas vraiment personnel. Il y en a même qui se demandent si je suis vraiment prof !

Tout cela aurait été impossible sans Internet. Pour moi, Internet est un outil formidable, extraordinaire. Il y a le blog d’une part, mais je suis aussi sur Facebook, et ça permet de toucher d’autres personnes qui ne feraient pas la démarche de visiter le site. Ça assure une visibilité énorme. Pour un dessinateur, c’est un vrai plaisir. Dans l’après-midi, si je vois un truc en classe, le soir je le dessine, je le scanne, je le publie, et le lendemain je peux avoir trente commentaires sur Facebook… Pas besoin d’attendre six mois d’être publié, c’est immédiat, c’est hypermotivant de pouvoir travailler comme ça.

Est-ce que toute votre inspiration provient de votre propre expérience ? Y a-t-il des collègues qui vous donnent de la matière ?

J’ai toujours mon carnet dans la poche. J’ai appris à faire attention à toutes les petites choses. Un gamin, un parent qui parle : paf ! Tout ce que je vois, tout ce qu’on me dit, je le note dans mon carnet. Il y a aussi ce que des gens m’envoient, par mail ou en commentaire Facebook. Parfois, je mélange tout ça et j’en fais un dessin… Mais je ne m’intéresse qu’aux choses plausibles, celles qui me sont déjà venues à l’esprit en tant qu’enseignant.

Jack Koch - Danger école - New Year

Avec votre travail, comment trouvez-vous le temps de dessiner ?

Je ne regarde pas la télé ! Il y a beaucoup de mon temps de loisir qui passe dedans, mais c’est un vrai plaisir. Et puis les choses que je dessine ne sont pas très compliquées. Il n’y a jamais de perspective, presque jamais de décor. C’est aussi un choix par défaut : je n’ai pas fait d’école d’art, donc je sais dessiner sans savoir dessiner…

L’important, c’est le message. Ce que je veux, c’est un dessin lisible : c’est pour ça aussi qu’il est bien reçu, parce qu’il est minimaliste. Et le fait qu’il n’y ait pas de couleur – c’est de la pure fainéantise. Il y a parfois un peu de rouge, mais c’est vraiment rare !

Quelques-uns de vos dessins sont plutôt engagés, ceux qui dans la BD sont classés sous le titre « école en danger ». Comment combinez-vous cela avec le devoir de réserve ?

Certains dessins sont engagés, mais ce n’est pas l’essentiel de ma production. Et je sais aussi, à cause de commentaires et de mails que j’ai reçus, que le fait que le blog ne soit pas tout le temps politique est une des raisons pour lesquelles les gens l’apprécient.

Bien sûr, quand il y a une info qui me révolte, je la relaie, parce que ça me concerne et ça concerne donc les gens qui me lisent. Sur la destruction de l’école, sur les classes supprimées… On pourrait difficilement me faire des reproches, ce n’est que la réalité ! De toute façon, l’inspecteur qui vient me voir est au courant. Il sait que je dessine, il l’a même noté dans mon dernier rapport. Mais on ne m’a jamais interpellé là-dessus. C’est plutôt les autres qui sont inquiets pour moi.

Est-ce que votre blog et le contact avec vos lecteurs ont changé votre approche du métier ?

On fait un travail où on est assez isolé, chacun dans son école, chacun dans sa classe, et il y a finalement peu de partage. Mais ce que j’ai compris en faisant ce blog, c’est qu’on fait tous le même boulot, on a tous les mêmes gamins, les mêmes parents ! C’est réconfortant. Quand j’ai une anecdote, je me dis parfois : « ça n’intéresse personne, ça ne correspond qu’à moi ». Mais quand je la publie, et que cent personnes commentent en disant « ça m’arrive à moi aussi », ça devient moins grave, beaucoup plus supportable.
Les dessins de Jack Koch sont librement utilisables en classe et à l’école.

Feuilleter les premières pages du tome 3 des BD « Danger Ecole » :

(cliquer au centre pour agrandir)