Si j’étais président : « J’allongerais les semestres de cours à l’université »

A l’approche des élections présidentielles, Vousnousils poursuit ses entretiens avec les acteurs de l’enseignement pour connaître les mesures qu’ils prendraient s’ils étaient élus président de la République. Fiona McIntosh-Varjabédian, 43 ans, professeur de littérature comparée à l’Université Lille 3, nous présente son programme.

En tant que présidente de la République, quelle serait votre première mesure concernant l’Enseignement supérieur ? Pourquoi ?

Je supprimerais les labels Labex et Idex, car c’est un moyen de faire financer par de l’argent public des sociétés de communication à un prix absolument exorbitant. Les dossiers demandent énormément de temps aux enseignants-chercheurs. Et lorsqu’ils sont en train de monter les dossiers, ils ne sont pas en train de faire de la recherche.

Si vous ajoutez le temps que les enseignants-chercheurs doivent consacrer à monter ces dossiers et l’argent que l’on donne à ces compagnies privées, on s’aperçoit qu’il y a un véritable gaspillage. Et qu’en fin de compte, il serait peut-être beaucoup plus rationnel que toutes les équipes de chercheurs soient dotées de manière comparable. De plus, lorsque l’on analyse la répartition régionale des labels Labex et Idex, on se rend bien compte que les données politiques ne sont pas absentes des raisonnements de nos dirigeants.

Je trouve qu’au fond c’est une perte de temps et d’argent, et je ne suis pas persuadée que cela soit extrêmement efficace. C’est une manière de dissimuler que l’on ne donne pas assez de moyens à tous les enseignants-chercheurs.

Quel serait votre plan d’action pour réformer l’enseignement supérieur ?

Je pense que les réformes doivent se faire en amont. Actuellement, les grosses difficultés du supérieur sont liées à la période avant le bac. Nous retrouvons à l’université des élèves dont le niveau est extrêmement hétérogène. Certains élèves ont un niveau tout à fait convenable et d’autres possèdent un niveau de rédaction et de réflexion que l’on aurait associé, il y a quelques années, à celui d’élèves de cinquième. Pour ces derniers, l’orthographe, la syntaxe et la compréhension fine des textes ne sont pas établies. 

En ce qui concerne la réforme de l’université, j’allongerais les semestres. Là aussi, pour faire des économies, les semestres ont été considérablement raccourcis. Les élèves n’ont plus le temps de se construire et de progresser. Deux fois onze semaines de cours, ce n’est pas suffisant. Cela n’aide ni la recherche, parce qu’il faut multiplier les cours et donc les préparations, ni les étudiants. La réforme Bayrou, imposant la semestrialisation, est une catastrophe car le lien pédagogique entre le professeur et l’élève ne peut s’installer, faute de temps. Lorsque vous commencez à bien connaître votre élève, à cerner ses difficultés, vous devez le confier à un autre professeur.

Enfin, j’allègerais les tâches bureaucratiques des enseignants-chercheurs. Celles-ci ont augmenté ces dernières années, sans aucune compensation. Un exemple : actuellement pour organiser un colloque, il faut remplir des dossiers très lourds et être capable de fournir, plus de dix-huit mois à l’avance au lieu de six par le passé, la liste de tous les intervenants et de toutes les interventions dans le moindre détail, ce qui n’est pas très réaliste. 

Quelles qualités devra posséder votre ministre de l’Enseignement supérieur ?

Ne pas être un idéologue, et connaître le fonctionnement de l’enseignement supérieur. Quand vous avez des gens qui sont idéologues et qui partent avec tout un tas d’a priori, cela ne fonctionne pas. Beaucoup de réformes ont été menées par idéologie managériale ou libérale, et en général, celles-ci ne résistent pas au réel.  

Qu’attendez-vous d’un président de la République ?

Qu’il fasse partie des hommes de bonne volonté, avec une grande honnêteté intellectuelle ! Nous vivons actuellement une période cruciale, dans laquelle il faudrait imaginer de nouveaux systèmes, avoir de nouvelles idées, de nouvelles approches. Lorsque que je vois nos politiques mettre en place des réformes en appliquant des recettes toutes faites, et en vous disant que vous ne pouvez pas faire autrement, qu’il n’existe pas d’autres systèmes, j’ai envie de leur répondre : « vous manquez d’imagination ».

Quatre ans après sa promulgation, faut-il selon vous abroger la loi relative aux libertés et responsabilités des universités ? Pourquoi ?

Oui, car cette mesure a été prise pour faire des économies. La loi LRU a pour conséquence d’accentuer la fragilité des universités. Actuellement, de nombreuses universités sont en cessation de paiement ou au bord de la cessation de paiement. Cette loi risque également d’engendrer un facteur d’inégalités sociales très important dans les années à venir. Dans l’ancien système, vous aviez l’assurance de bénéficier des meilleurs enseignements, que vous étudiiez à l’université de Pau ou de Paris. Cela ne sera plus le cas dans le futur.

Les universités les mieux dotées pourront se permettre d’avoir des enseignants-chercheurs qui auront du temps pour faire de la recherche. Les autres seront obligées de contraindre les professeurs à donner plus d’heures d’enseignement sans contrepartie, ce que permet le nouveau système de notation. Ils ne pourront donc plus remplir leurs autres missions, et ces universités se transformeront en établissements secondaires bis.


Stéphanie Marpinard

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