Initiatives d’excellence : stress et baisse des publications au menu des enseignants-chercheurs

Idex, labex, equipex, idefi... Il y a de quoi s'y perdre dans le jargon du grand emprunt. En interne aussi, les enseignants-chercheurs ont parfois un peu la tête qui tourne. Un maître de conférences impliqué dans l'idex de Saclay revient sur la préparation du projet.

Ils étaient 17 sur la ligne de départ, 3 ont atteint leurs objectifs, et 9 sont encore en course. Qui seront les « 5 à 10 » projets d’Initiatives d’Excellence (IDEX) qui atteindront finalement la ligne d’arrivée ? Cette compétition de haut vol se déroule en deux temps. Trois projets ont été sélectionnés pour le moment : Strasbourg, Bordeaux et PSL Étoile (Paris Sciences et Lettres comprenant notamment Dauphine et l’ENS Ulm). Neuf restent désormais en lice : Grenoble, Lyon, Toulouse, Aix-Marseille, Lorraine, sans compter les projets franciliens de Sorbonne Universités, Hésam, Paris-Cité et Saclay. Si tout se déroule comme initialement prévu, une enveloppe de 7,7 milliards d’euros sera répartie entre les pôles « d’envergure mondiale » sélectionnés.

Un mode d’urgence s’installe dans les universités 

Les chiffres ont de quoi donner le tournis. Et les enjeux de structuration sont si importants que le stress dans les universités ne retombe pas. Arnaud Le Ny, maître de conférences en mathématiques à Paris-Sud se souvient : « Il y a un an, lorsque les premiers appels à projets du grand emprunt ont été publiés à l’été, les collègues sont arrivés à la rentrée de septembre sans savoir que quelques semaines plus tard les premiers projets devaient être finalisés… ».

Plus d’infos

Consulter l’appel à projets « idex » sur le site de l’ANR (Agence nationale de la recherche).

Le rythme alors s’accélère, à raison de dizaines de réunions par mois, et d’aller-retour de projets en constante évolution. « Un mode d’urgence s’installe, à tel point que les passages devant les conseils se font à toute vitesse ». S’agissant de l’idex, entre 50 et 100 personnes de Paris-Sud ont été impliquées dans les groupes de travail durant la première phase. « Depuis que le projet a été refusé, seule une partie de ceux qui avait travaillé sur la phase 1 ont eu connaissance des avancées du projet. Ils se sont sentis dépossédés et humiliés », rapporte-t-il.

Baisse importante des publications scientifiques

Mais le stress n’est pas le seul symptôme du grand emprunt. En effet, le Snesup a récemment enquêté auprès de ses syndiqués pour connaître les incidences du grand emprunt sur leur charge de recherche et d’enseignement. « A la louche, le grand emprunt a provoqué une baisse des publications de l’ordre de 10% », estime-t-il.

En ce qui le concerne, Arnaud Le Ny dit ne plus publier depuis quatre ans : une HDR (habilitation à diriger des recherches) à préparer explique aussi cette situation. « Par moment, j’ai le sentiment de ne faire que deux minutes de maths par semaine », regrette-t-il. Cette baisse des publications pourrait également entraîner des dégringolades contre-productives dans les classements internationaux.

« La loi LRU, le système Sympa, la masterisation, les appels à projets ANR… Toutes les réformes des dernières années ont laissé des traces en interne, dans le quotidien et sur le moral des chercheurs », poursuit-il. Une morosité ambiante qui devrait se traduire par une participation en hausse lors des élections dans les conseils centraux des universités, estime l’enseignant-chercheur, fraîchement élu au CA de la fondation Campus Paris-Saclay.

« Le grand emprunt est plus que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est le rouleau compresseur qui lamine les enseignants-chercheurs », conclut-il. Les équipes devraient cependant pouvoir souffler (un peu) pendant les fêtes puisque les auditions pour les derniers projets « idex » à sélectionner sont programmées fin janvier, pour un résultat attendu quelques semaines plus tard.

Morgane Taquet

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