Didier Geiger : l’IUFM de Créteil va profondément se transformer

Didier Geiger, directeur de l’IUFM de l’Académie de Créteil depuis 2003, élu début décembre vice-président de la CDIUFM, dresse un bilan très mitigé de la mise en œuvre de la masterisation de la formation et du recrutement des enseignants. Contraint de repenser ses missions, l’IUFM de Créteil souhaite évoluer vers une Ecole de l’éducation, de la formation et de l’intervention sociale.

Quelles sont les conséquences de la réforme de la formation des enseignants, dite de la « masterisation », à l’IUFM de Créteil ?

Avant la réforme, en 2007, nous comptions 4600 usagers – étudiants et enseignants stagiaires confondus – au sein de l’IUFM. Aujourd’hui, les étudiants qui préparent le concours de professeur des écoles s’inscrivent directement à l’UPEC (Université Paris-Est-Créteil) et les futurs professeurs de l’enseignement du 2nd degré général s’inscrivent directement dans les quatre universités de l’académie. Nous enregistrons une très forte baisse des usagers, puisque nous ne comptabilisons plus que 1300 étudiants inscrits en formation initiale à l’IUFM. En revanche, nous participons toujours à la formation continue des enseignants titulaires ou des fonctionnaires stagiaires, soit 27 000 heures dispensées l’an dernier.

Comment susciter un nouvel élan face à la baisse du nombre de candidats au concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) ?

Comme dans toutes les universités, nous assistons à une chute du nombre d’étudiants inscrits dans des masters en vue de préparer les concours des métiers de l’enseignement. A Créteil, nous sommes passés d’un millier d’inscrits à l’IUFM en préparation au concours, à environ 600 inscrits en master 2e année et qui passent effectivement le CRPE. Au niveau de l’académie de Créteil, 1800 étudiants se sont présentés au CRPE sur 2200 inscrits. Une réponse à cette diminution du nombre des vocations pourrait se trouver dans le discours du ministre Luc Chatel au Salon de l’Education, avec la revalorisation du salaire des enseignants débutants (2000 euros bruts mensuels à partir de février 2012), mais il faudrait faire mieux, car il s’agit d’un recrutement à bac + 5. D‘autant plus que le travail en classe ce n’est pas juste du temps de présence : c’est aussi une foule d’activités annexes, comme la préparation des cours, les réunions au sein des établissements, le suivi des élèves, la formation continue… Par ailleurs, sur le plan socioculturel, l’académie de Créteil n’est sans doute pas la plus favorisée. L’allongement des études pour devenir enseignant et la non mise en place d’un accompagnement suffisant font qu’il y a moins d’étudiants désireux d’embrasser cette carrière. Avant la réforme, un enseignant stagiaire commençait à être payé à bac+4, contre bac+5 aujourd’hui, ce qui génère des situations compliquées.

Pour quelle raison l’IUFM de Créteil projette-t-il de se transformer en une école de l’éducation ?

Face à la baisse des effectifs étudiants qui préparent les concours et à la diminution très significative de la formation continue, il existe un risque important que des personnels de l’IUFM se retrouvent en sous service. Certains enseignants éprouvent déjà des difficultés à assurer un service complet, même si les besoins restent importants dans l’académie de Créteil et tout particulièrement à l’UPEC. Avec Simone Bonnafous (présidente de l’UPEC) et l’ensemble des personnels, nous réfléchissons à la meilleure manière de mobiliser les compétences de l’IUFM au sein d’une université très ancrée dans la professionnalisation. Nous disposons d’enseignants spécialistes de l’ingénierie pédagogique de la formation, d’autres ont des compétences dans le domaine des TICE puisque depuis 2004 nous sommes impliqués dans la délivrance du certificat informatique et internet (C2i)… Et depuis trois ans, l’IUFM a repris la formation des doctorants aux activités de l’enseignement pour le compte du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) université Paris-Est. Comme l’IUFM se dirige vers de nouvelles missions transversales, nous souhaitons le transformer en  « école de l’éducation, de la formation et de l’intervention sociale ».

A quelle échéance interviendra ce changement ?

Le texte d’orientation a été voté, unanimement, par le conseil de l’IUFM le 18 octobre dernier et le conseil d’administration de l’université a voté, à l’unanimité, un principe d’évolution, vendredi 9 décembre. Cela nous permet de participer à la construction du futur projet d’établissement. Les évolutions statutaires sont à prévoir sur le contrat pluriannuel 2015-1019. Il n’y aura pas de bouleversement important pour la rentrée 2012, mais nous entrons dans une dynamique d’évolution.

Vous venez d’être élu vice-président de la CDIUFM (Conférence des directeurs d’IUFM) qui a rédigé 22 propositions pour améliorer la formation des enseignants. Quelle est l’urgence ?

La CDIUFM réunit les 32 directeurs d’IUFM pour mutualiser nos expériences et essayer de défendre le fait que nous formons des enseignants au profit de l’école de la République. Il y a des particularités selon les universités, et chaque académie a ses spécificités, mais, globalement, les grands principes de formation devraient être les mêmes partout. La masterisation et les nouvelles responsabilités et compétences élargies des universités font que les relations entre les présidents d’IUFM et les présidents d’université deviennent parfois compliquées. Notre souhait, c’est de faire prendre conscience aux candidats à l’élection présidentielle qu’enseigner est un métier qui s’apprend. Il faut qu’ils prennent position sur la question de la formation. Faudrait-il une fonction publique enseignante particulière ? Peut-être, je laisse ce choix aux politiques, mais nous tenons au maintien d’un statut de fonctionnaire pour les enseignants. Un des effets de bord de la réforme est que les universités fournissent, avec les reçus-master et les collés-concours, un contingent important d’enseignants contractuels. Cette précarité est incompatible avec le principe d’une formation tout au long de la vie. Il serait regrettable qu’enseigner devienne un métier d’attente. Il y a quelques années, on avait déjà constaté ce phénomène : de nombreux ingénieurs diplômés, souvent de petites écoles, passaient le concours de professeur des écoles, juste le temps de trouver un poste dans une entreprise.

Charles Centofanti

1 commentaire sur "Didier Geiger : l’IUFM de Créteil va profondément se transformer"

  1. les Cénacliens  7 février 2013 à 12 h 21 min

    Cher Monsieur,
    J’avais assisté à l’Institut Pasteur en sept 2011 à cette très bonne initiative de dialogue entre enseignants et chercheurs. J’ai été cependant un peu déçu par le manque d’initiatives consécutives (du moins perçu à mon échelle). J’avais proposé de prêter pour tribune contributive à cette initiative, le Cercle Culturel de Médecins et chercheurs que je préside. Nous avions pris en effet l’initiative deux ans auparavent, lors d’une rencontre avec le Pr P. Chambon, d’ouvrir la participation aux débats aux postdoc et aux étudiants les plus brillants du tronc de base des études médicales et pharmaceutiques, afin de créer un espace de dialogue intergénérationnel, favorable à l’orientation des carrières.
    Fidèle à mes engagements, je propose aux enseignants qui voudraient participer à cette tentative de relance de venir à ce dîner-débat (qui restera en petit comité). Quelques chercheurs rencontrés en 2011 seront présents. J’ai par contre égaré la carte de Monsieur Cervel qui m’avais réservé trés bon accueil. Pour vous adresser quelques documents sur Les Cénacliens » et une invitation pour le Palais du Luxembourg, auriez-vous l’obligence de me communiquer votre e-mail et éventuellement, celle d’inspecteurs d’Académie et de collégues potentiellement militant pour cette entreprise.
    Je vous prie de croire monsieur le Directeur à ma haute considération.
    Dr Claude GIGNOUX, Président.Signaler un abus

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