Les infirmières scolaires ne veulent pas d’un « A bricolé »

Si les infirmières scolaires ont obtenu leur intégration en catégorie A, elles refusent les grilles indiciaires, qui les situent en deçà de leurs collègues hospitalières. Indignation, découragement… Alors que leurs missions les placent au cœur du dispositif de réussite scolaire, les infirmières en colère espèrent une issue heureuse aux négociations avant la fin de l’année.

« Quand les élèves viennent me voir, les problèmes sont tellement durs, que chez moi, ça passe par les tripes. Quand je devine quelque chose que je veux faire sortir d’eux, c’est un corps à corps qui peut prendre du temps » (1) : mettre en mots les maux des élèves est une des nombreuses missions que relèvent au quotidien les 7.500 infirmières scolaires, dont le statut fait actuellement l’objet d’âpres négociations. « La transposition de notre statut en catégorie A a été une promesse du président de la République, un symbole fort. Si nous venons de l’obtenir, le scénario nous impose une grille de rémunération indiciaire en deçà de celle appliquée à nos collègues hospitalières ! C’est insupportable, c’est un déni de nos qualifications et de notre professionnalisme. Les infirmières ont toutes le même diplôme », s’insurge Béatrice Gaultier, secrétaire générale du SNICS-FSU (2). Se sentant « dévalorisées», « méprisées »… les infirmières scolaires expriment leur ras-le-bol d’une voix commune.

Des responsabilités grandissantes

« Dans nos infirmeries, on ne tricote pas ! ». Patricia François est infirmière scolaire à Caen dans un collège classé en ZEP depuis 1988. « Le ministère ne pourra faire l’économie de se pencher sur nos missions qui ont tant évolué ». Face à une conjoncture toujours plus difficile, les infirmières voient grandir la souffrance des élèves : « le soin n’est plus la priorité car lorsqu’il n’y a plus rien dans l’assiette on ne va pas chez le dentiste », souligne-t-elle. « Je ne pensais pas qu’il puisse exister autant de mal-être, de difficultés personnelles au sein de cette génération » abonde Jean Lamoine, un des rares hommes de sa profession, qui exerce dans un internat. Ecoute individuelle, actions collectives, les infirmières scolaires ont un rôle spécifique : « il faut faire sa place dans l’équipe pédagogique et convaincre les enseignants car nous portons un regard différent sur les élèves », témoigne Catherine Sanz, infirmière au collège Gérard Philippe à Fontaines. L’infirmier scolaire doit faire preuve d’une grande autonomie et assumer des responsabilités de plus en plus importantes. « Avec pour seule hiérarchie le chef d’établissement, nous engageons totalement notre responsabilité individuelle, tant au plan civil que pénal, pour prendre les initiatives : poser un diagnostic infirmier, mettre en œuvre les actions adaptées », témoigne Jean Lamoine, qui rappelle combien la santé est « un facteur déterminant dans la réussite scolaire ».

Outre la mise en place des séances obligatoires d’éducation sexuelle et la délivrance d’ordonnances pour la pilule du lendemain, les infirmières scolaires peuvent désormais renouveler la pilule contraceptive. « Si ces actions permettent d’éviter des IVG dramatiques, il reste un travail de prévention important à poursuivre : en effet, les élèves ont accès à plus d’informations, mais dans les familles, on parle de moins en moins », souligne Patricia François. « La relation est privilégiée car l’infirmier ne note pas, ne juge pas et les élèves savent que c’est un lieu de confidence où le secret est préservé. Nous sommes le 1er maillon, 1er interlocuteur des élèves, c’est pourquoi ne pas être considéré par notre ministère est inacceptable » clame Jean Lamoine. « Nous ne voulons pas d’un A bricolé », ajoute Catherine Sanz.

Le ministère attendu au tournant

Si la revalorisation a été effective depuis septembre 2010 au sein de la Fonction publique hospitalière (FPH) ce n’est que suite à leur manifestation (3) que les infirmières scolaires ont obtenu le 15 novembre leur intégration à la Fonction publique d’Etat en catégorie A, et les négociations se poursuivent. « La revalorisation est prévue sur 10 ans au lieu des 5 pour la FPH, et la grille indiciaire induit des écarts importants dans les évolutions, qui créent des carrières à 2 vitesses », explique Brigitte Accart, secrétaire générale du SNIES-UNSA (4). La catégorie A proposée par le ministère pour le moment comporte en effet 2 grades, mais le 2e grade serait réservé aux diplômées sortant d’IFSI et à leurs collègues hospitalières en détachement. Quant au 1er grade, il comporterait certes deux classes (normale et supérieure), mais seules 30% des infirmières scolaires seraient éligibles à la classe supérieure. « Celles-là même qui se sont battues au sein de l’Education Nationale pour la reconnaissance de leur rôle dans la réussite scolaire se trouvent classées en dessous des débutantes sortant de l’IPSI », ajoute Béatrice Gaultier.

Les négociations avec le ministère de l’Education Nationale doivent reprendre la semaine prochaine, mais les syndicats attendent encore la date de convocation. Le SNICS-FSU appelle à manifester le 10 janvier prochain et le SNIES UNSA, qui ne « croit plus dans les manifestations », propose aux infirmières de n’assurer que les urgences les mercredis : « On rouvrira les portes de l’infirmerie si l’on obtient gain de cause », espère Brigitte Accart.

Note(s) :
  • (1) Témoignage d’une infirmière scolaire recueilli lors d’un colloque qui permet la production et diffusion du journal
  • (2) Syndicat National des Infirmier(e)s Conseiller(e)s de Santé
  • (3) A l’appel du SNICS-FSU et du SNIES-UNSA, les infirmières scolaires ont manifesté le 8 novembre dernier à Paris pour obtenir la reconnaissance de leur diplôme d’Etat au niveau licence, comme leurs consœurs de la fonction publique hospitalière.
  • (4) Syndicat National des Infirmier(e)s Educateurs(trices) de Santé

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