Jean-Michel Fourgous : « les profs d’éco n’ont pas d’expérience de l’économie réelle »

Instaurer un stage obligatoire en entreprise, de six mois minimum, pour tous les enseignants d’économie, notamment ceux des lycées d’enseignement général. Telle est la proposition faite, le 23 novembre, par Jean-Michel Fourgous, député-maire (UMP) d’Elancourt (Yvelines) et Olivier Dassault, député (UMP) de l’Oise, co-présidents du groupe de travail libéral Génération entreprise. Jean-Michel Fourgous répond à nos questions.

© Assemblée nationale

Pourquoi voulez-vous que les professeurs d’économie effectuent un stage en entreprise avant d’enseigner ?

Avant d’être élu député, j’ai été chercheur au CNRS puis chef d’une entreprise de 22 salariés, spécialisée dans le développement de logiciels de gestion des ressources humaines. J’ai vu la différence de culture entre le public et le privé. Dès que vous devenez entrepreneur, vous êtes confronté à un discours de défiance vis-à-vis de l’économie de marché. Le marxisme a beaucoup marqué la France. Or, seule l’économie de marché fonctionne aujourd’hui ! Tous les pays s’y sont convertis, sauf la Corée du Nord. Selon le prix Nobel d’économie (2006) Edmund Phelps, la France perd un point de croissance à cause de son déficit de culture économique. Autre réalité : moins de 10% des journalistes ont une bonne compréhension de l’économie et quasiment aucun prof d’éco n’a d’expérience de l’économie réelle. Ils forment les élèves à être des spectateurs critiques alors que notre pays a besoin d’acteurs et de créateurs. Comment voulez-vous qu’un sportif gagne une compétition dans son sport s’il ne l’aime pas ou s’il ne le comprend pas ? Est-il scandaleux que quelques parlementaires, disposant d’une double culture privée/publique, souhaitent remédier à ce déficit de culture économique ? Je ne le crois pas.

Quelle forme prendraient ces stages ?

Nous ne voulons surtout pas de « stage ENA » qui se dérouleraient au sein d’une direction financière par exemple. Il s’agit au contraire d’effectuer un vrai stage dans un process de production, afin de voir comment une entreprise exporte, comment fonctionne un service clients, bref comment on produit de la richesse. Car je reste persuadé d’une chose : tant qu’on n’a pas vendu à un client, on n’a rien compris à l’économie. Une entreprise c’est une formidable rencontre entre plusieurs acteurs, un qui apporte du capital et un autre une idée. Si l’on veut que ce soit sérieux, il faut que ces stages durent au minimum six mois, après l’obtention des concours du CAPES, du CAPET et du CAPLP. Cela concerne donc surtout les nouveaux enseignants, pour oxygéner le système. Mais on peut imaginer que les enseignants déjà en poste puissent aussi se former en entreprise, sur la base du volontariat.

Qui financera ces formations ?

Il faut que nous trouvions un accord avec les fédérations professionnelles. Nous détaillerons ensuite le cahier des charges. Les entrepreneurs sont déjà très intéressés.

Depuis une trentaine d’années, la droite libérale monte régulièrement au créneau pour déplacer le curseur de l’enseignement des sciences économiques et sociales vers le monde de l’entreprise. N’est-ce pas un projet trop idéologique ?

L’idéologie, je ne sais pas où elle est ! Les marxistes disent que quand un patron gagne 1, il a pris 1 au salarié. C’est faux ! La réalité c’est que les salariés récupèrent 69% de la valeur ajoutée. Bien connaître l’entreprise, ce n’est pas idéologique mais pragmatique.

Ne faudrait-il pas étendre cette initiative du stage en entreprise aux politiques qui votent des lois impactant l’économie ?

Si ! Et c’est le sens d’une seconde proposition que je vais prochainement défendre. La fiscalité française est faite par des idéologues, ça ne peut pas continuer. A l’Assemblée Nationale, beaucoup d’élus n’ont aucune connaissance de l’entreprise, ce qui se traduit parfois par des aberrations. Lorsqu’on nous envoie des ambassadeurs américains ou allemands, eux ont une vraie culture économique. Je pense qu’il est urgent de reposer la question de la formation, sans agresser mais fermement.

La responsabilité d’enseigner l’économie réelle n’incombe-t-elle pas davantage au ministère, qui élabore les programmes, qu’aux enseignants ?

Elle incombe aux deux. Au-delà des programmes, en classe l’enseignant fait passer le message de son choix. Et sa vision est encore trop axée sur des modèles économiques caducs. De la même manière, l’ENA est dépassée. On y apprend que ce sont les taxes qui vont régler le problème de la dette. Les Enarques ont une vision obsolète de l’entreprise, qui ne tient pas compte de l’aspect humain et c’est dommage. C’est l’entreprise, et non l’Etat, qui produit la richesse et maintient notre niveau de vie. Certains enseignants l’ont compris mais il s’agit encore d’une minorité. Mais je suis convaincu que la minorité innovante l’emportera face à la majorité. Il en va de la survie du pays.

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