Si j’étais président : « Je créerais des primes pour valoriser l’investissement des enseignants »

Quelles mesures prendriez-vous si vous étiez élu président de la République ? Vousnousils interroge cette semaine Magalie Carré, 40 ans, professeur d’espagnol en classes de quatrième et troisième au sein du collège Bernard de Ventadour de Limoges.

Magalie Carré, pro­fes­seur d'espagnol au col­lège Bernard de Ventadour de Limoges.

En tant que présidente de la République, quelle serait votre première mesure concernant l’Education nationale ? Pourquoi ?

Ma première mesure serait, sans aucun doute, la création de primes pour valoriser l’investissement des professionnels de l’éducation dans leur fonction. Les professeurs sont en réalité de grands élèves, et si les efforts fournis ne leur permettent pas d’être un peu valorisés et récompensés, ces derniers finissent par baisser les bras. L’investissement des professeurs est bien réel, mais il est souvent peu médiatisé, peu valorisé au sein même des établissements, et surtout mal reconnu par l’Education nationale.

Série « Si j’étais président »

  • I. « J’instituerais des groupes de parole au sein des établissements »
    Lire l’article
  • II. « Je créerais des primes pour valoriser l’investissement des enseignants »

Quel serait votre plan d’action pour réformer l’Education nationale ?

Concernant la réforme du système scolaire, il me paraît aujourd’hui important de repenser l’école en prenant en compte les mutations sociales. Il existe des métiers qui sont en perpétuelle évolution, et ont donc des besoins nouveaux en termes de formation. Une ouverture sur la vie réelle et le monde du travail me paraissent nécessaires. Je proposerais également de former les enseignants à travailler en partenariat avec les entreprises : peu d’enseignants le font. Il faudrait créer des liens entre les collèges et les lycées professionnels car il y a peu de passerelles, ou quand elles existent, elles sont peu efficaces. Mais également des liens entre les lycéens et les acteurs du monde professionnel. L’école d’aujourd’hui n’est, à mon avis, pas suffisamment ouverte sur le monde de l’entreprise.

Je créerais des classes de préapprentissage au sein même des collèges, pour éviter que certains élèves soient en décrochage et ne trouvent pas de solution par la suite. Je mettrais également en place des liens réels entre le collège et le lycée, pour assurer une continuité pédagogique. Actuellement il y a encore trop peu d’actions communes. Le système actuel est trop morcelé, il ne permet pas aux élèves un travail et un investissement convenables.

Enfin, je supprimerais l’affectation de professeurs sur plusieurs collèges et lycées, car lorsque celui-ci n’est pas volontaire, il induit souvent un problème d’investissement au sein des établissements.

Quelles qualités devra posséder votre ministre de l’Education nationale ?

Il y a un mot qui me vient tout de suite à l’esprit : c’est le dialogue. Je pense que la personne qui est la plus à même de cerner les problèmes actuels, c’est celle qui est quotidiennement sur le terrain.
Il existe actuellement un gros problème de communication entre l’organe qui décide et les instances qui appliquent les mesures. Certaines mesures, qui pourraient être par ailleurs très positives, ne sont pas ou mal appliquées par manque de temps ou de communication.

Un exemple très révélateur : les derniers programmes – qui me semblent dans l’ensemble bien conçus, justement pour préparer un peu mieux les élèves au monde professionnel – ne sont pas ou peu appliqués, car de nombreux professeurs n’en ont pas perçu le véritable intérêt. Les réformes doivent tout d’abord être expliquées et comprises pour être partagées, acceptées mais surtout appliquées par le plus grand nombre des acteurs.

Le statut des enseignants, resté inchangé de puis 1950, fait actuellement débat… Seriez-vous favorable à une modification de ce statut ? Pour quelles raisons ?

Le monde de l’enseignement a subi ces dernières années de grandes mutations, autant par la charge de travail et la modification de notre rôle au quotidien que par les tâches que nous sommes obligés de réaliser. De ce fait le travail est devenu plus compliqué et souvent fragilisé. Je pense qu’il ne faut pas modifier le statut des enseignants, car un professeur est un enseignant avant tout, et essayer de détruire la base ne servirait à rien. Cette base est constituée d’acquis fondamentaux et à mon sens il ne faut pas y toucher. Par contre, il faut essayer de repenser l’organisation du système éducatif à partir de ces acquis.
Propos recueillis par Stéphanie Marpinard

5 commentaires sur "Si j’étais président : « Je créerais des primes pour valoriser l’investissement des enseignants »"

  1. coucou  3 décembre 2011 à 23 h 24 min

    si on résume
    1/ il faut des primes
    2/ on change rien aux professeurs, mais le système oui il faut le changer en tenant compte du social !!!
    3/ le dialogue vaut pour le ministre, pas pour nous qui avons refusé toutes les réformes depuis 20 ans ?
    4/ pas d’évaluation par un méchant chef d’établissement qui lui devrait se remettre en cause

    Mais dans quel monde elle vit la dame, et l’on recrée des classes pour faire partir les plus faibles plutôt que de les aider et si on les aide, il faudra une prime ?
    Se remettre en question ne fait pas partie du discours , ni même envisagé…
    bon courage madameSignaler un abus

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  2. AL X  4 décembre 2011 à 13 h 54 min

    « Les pro­fes­seurs sont en réa­lité de grands élèves, et si les efforts four­nis ne leur per­mettent pas d’être un peu valo­ri­sés et récom­pen­sés, ces der­niers finissent par bais­ser les bras. »

    je cite ….

    Cette remarque est étonnante. Et comment sont les autres catégories professionnelles de la société ? Ils travaillent pour la beauté du geste ? Ils fournissent leur travail gratuitement ?

    Ce qui, moi, me fais me sentir comme un grand enfant, c’est d’avoir touché 1875 euros nets à mon salaire de novembre à l’âge que j’ai, à mon niveau de diplôme et au temps passé au travail. Oui, je me sens comme un grand élève enfant, et heureusement que je suis marié à une adulte qui gagne sa vie pour ma famille.Signaler un abus

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  3. recoucou  9 décembre 2011 à 16 h 40 min

    @coucou :
    1/ Actuellement un enseignant qui s’investit et travaille plus pour monter des projets et intéresser ses élèves, n’est pas plus rémunéré. Pour quelle raison ? on ne s’imaginerait même pas demander à quelque personne de fournir 10 heures supplémentaires sur son temps de travail sans que ces heures ne soient rémunérées ! et pourtant beaucoup d’enseignants le font parce qu’ils aiment leur travail.
    2/ Pourquoi faut-il toujours que la faute revienne aux professeurs ? Les professeurs ne sont qu’un maillon du système éducatif ! Ce ne sont pas eux qui rédigent les programmes, ni choisissent les emplois du temps, etc.
    3/ Qui dit dialogue, dit intention de dialoguer des deux parties !
    4/ « l’on recrée des classes pour faire par­tir les plus faibles plu­tôt que de les aider et si on les aide, il fau­dra une prime ? » : vous n’avez pas bien compris je pense ! il s’agit justement de ne pas faire partir les élèves. Actuellement dans les établissements scolaires il y a des jeunes de 14 ans qui ne trouvent aucune motivation dans l’école et la seule chose qui arrive à les motiver pour ne pas décrocher du système scolaire c’est le projet professionnel. Cependant ils n’ont pas l’âge légal pour aller dans le milieu professionnel et souvent ils se retrouvent sans solution. Alors pourquoi ne rien tenter pour eux avant qu’ils ne décrochent du système scolaire ?Signaler un abus

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  4. voilà voilà  5 janvier 2012 à 14 h 56 min

    « je pense qu’il ne faut pas modifier le statut » je comprends la réaction de cette collègue quand on sait qui fait la proposition : un ministre disqualifié par des réformes faites à coup d’annonces médiatiques et provoquant un désordre administratif sans précédent (regardons à quelle sauce sont mangés les enseignants ECLAIR : textes retoqués par le Conseil d’Etat, système indemnitaire toujours en gestation après 4 mois de fonctionnement…)
    Qui serait assez inconscient pour accepter que le brisefer de Grenelle lance le chantier du statut. Qu’il termine d’abord le travail entrepris !
    Pourtant il est certain que le statut de 1950 n’est plus adapté aux enjeux de ce siècle. La fonction enseignante a profondément changé. En particulier, il faut considérer que la formulation du Socle Commun constitue une repère essentiel pour les missions des enseignants déjà reformulée en 1997 (texte adressé à feues les IUFM).
    Alors, Magalie Carré à raison : il faut instaurer un dialogue pour que le virage pédagogique soit partagé par tous dans le respect des élèves et des personnels. La bonne volonté réelle est de leur côté, encore faut-il la reconnaître. Quant au « dialogue », il faut offrir un lexique au ministre ; dans ce domaine, comme dans bien d’autres, ses compétences et ses facultés auditives sont insuffisantes.Signaler un abus

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  5. gaussy  7 août 2012 à 16 h 56 min

    Récompenser les enseignants qui s’investissent, quelle bonne idée ! MAIS, comment les repérer ? Sur quels critères ?
    J’ai beaucoup souffert de ne pas avoir été reconnue par la hiérarchie, j’ai dû me contenter de la reconnaissance des enfants et de leurs parents. (une retraitée)Signaler un abus

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