Magalie Carré, pro­fes­seur d'espagnol au col­lège Bernard de Ventadour de Limoges.

En tant que présidente de la République, quelle serait votre première mesure concernant l’Education nationale ? Pourquoi ?

Ma première mesure serait, sans aucun doute, la création de primes pour valoriser l’investissement des professionnels de l’éducation dans leur fonction. Les professeurs sont en réalité de grands élèves, et si les efforts fournis ne leur permettent pas d’être un peu valorisés et récompensés, ces derniers finissent par baisser les bras. L’investissement des professeurs est bien réel, mais il est souvent peu médiatisé, peu valorisé au sein même des établissements, et surtout mal reconnu par l’Education nationale.

Quel serait votre plan d’action pour réformer l’Education nationale ?

Concernant la réforme du système scolaire, il me paraît aujourd’hui important de repenser l’école en prenant en compte les mutations sociales. Il existe des métiers qui sont en perpétuelle évolution, et ont donc des besoins nouveaux en termes de formation. Une ouverture sur la vie réelle et le monde du travail me paraissent nécessaires. Je proposerais également de former les enseignants à travailler en partenariat avec les entreprises : peu d’enseignants le font. Il faudrait créer des liens entre les collèges et les lycées professionnels car il y a peu de passerelles, ou quand elles existent, elles sont peu efficaces. Mais également des liens entre les lycéens et les acteurs du monde professionnel. L’école d’aujourd’hui n’est, à mon avis, pas suffisamment ouverte sur le monde de l’entreprise.

Je créerais des classes de préapprentissage au sein même des collèges, pour éviter que certains élèves soient en décrochage et ne trouvent pas de solution par la suite. Je mettrais également en place des liens réels entre le collège et le lycée, pour assurer une continuité pédagogique. Actuellement il y a encore trop peu d’actions communes. Le système actuel est trop morcelé, il ne permet pas aux élèves un travail et un investissement convenables.

Enfin, je supprimerais l’affectation de professeurs sur plusieurs collèges et lycées, car lorsque celui-ci n’est pas volontaire, il induit souvent un problème d’investissement au sein des établissements.

Quelles qualités devra posséder votre ministre de l’Education nationale ?

Il y a un mot qui me vient tout de suite à l’esprit : c’est le dialogue. Je pense que la personne qui est la plus à même de cerner les problèmes actuels, c’est celle qui est quotidiennement sur le terrain.
Il existe actuellement un gros problème de communication entre l’organe qui décide et les instances qui appliquent les mesures. Certaines mesures, qui pourraient être par ailleurs très positives, ne sont pas ou mal appliquées par manque de temps ou de communication.

Un exemple très révélateur : les derniers programmes – qui me semblent dans l’ensemble bien conçus, justement pour préparer un peu mieux les élèves au monde professionnel – ne sont pas ou peu appliqués, car de nombreux professeurs n’en ont pas perçu le véritable intérêt. Les réformes doivent tout d’abord être expliquées et comprises pour être partagées, acceptées mais surtout appliquées par le plus grand nombre des acteurs.

Le statut des enseignants, resté inchangé de puis 1950, fait actuellement débat… Seriez-vous favorable à une modification de ce statut ? Pour quelles raisons ?

Le monde de l’enseignement a subi ces dernières années de grandes mutations, autant par la charge de travail et la modification de notre rôle au quotidien que par les tâches que nous sommes obligés de réaliser. De ce fait le travail est devenu plus compliqué et souvent fragilisé. Je pense qu’il ne faut pas modifier le statut des enseignants, car un professeur est un enseignant avant tout, et essayer de détruire la base ne servirait à rien. Cette base est constituée d’acquis fondamentaux et à mon sens il ne faut pas y toucher. Par contre, il faut essayer de repenser l’organisation du système éducatif à partir de ces acquis.
Propos recueillis par Stéphanie Marpinard