Jean-François Copé : « une plus grande responsabilisation des chefs d’établissement et des enseignants »

Mardi dernier, à l’occasion de sa Convention sur l’Education, l’UMP a officialisé ses propositions pour l’école de demain. Entretien avec Jean-François Copé, secrétaire général du parti majoritaire.

Jean-François Copé ©UMP

Si l’UMP reste au pouvoir en avril 2012, les enseignants devront-ils s’attendre à de nouvelles réductions d’effectifs dans un contexte de restrictions budgétaires ?

Je voudrais d’abord rappeler que le ministère a lancé une campagne de recrutement pour 17 000 postes en 2011 et 19 000 en 2012. Par rapport aux concours précédents qui inauguraient la réforme de la formation et du recrutement, les inscriptions ont augmenté d’un peu plus de 11% pour les concours externes du second degré et de près de 3% pour les concours externes du premier degré. A ce jour, notamment en raison de la crise que nous traversons, le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux devra se poursuivre.

Quel est le projet de l’UMP pour améliorer l’école en 2012 ?

Depuis 2007, toutes les réformes ont été conduites avec un seul objectif : la réussite de chacun et de tous. Cependant, notre système scolaire présente encore des lacunes puisque 20% des enfants qui sortent du CM2 ont des difficultés à lire, écrire et compter. Nous souhaitons mettre le paquet sur le primaire et sur la maternelle. C’est là que tout se joue pour l’acquisition des savoirs fondamentaux qui conditionnent la réussite scolaire au collège puis au lycée. Pour que 100% des enfants qui sortent de l’école primaire sachent lire, écrire et compter, nous proposons de mettre l’accent sur une plus grande responsabilisation des chefs d’établissement et des enseignants car ce sont eux, sur le terrain, qui connaissent le mieux les élèves. C’est pourquoi nous souhaitons offrir la possibilité aux chefs d’établissement de constituer leurs équipes pédagogiques, rendre publics les résultats des évaluations bilan de CE1, CM2, 5ème et 3ème, renforcer la personnalisation de l’enseignement avec notamment la mise en place d’une étude personnalisée, obligatoire en fin de journée. Et refondre les rythmes scolaires pour alléger les journées des élèves français qui sont les plus chargées des pays de l’OCDE.

Au collège, nous proposons d’expérimenter la mise en place d’établissements par classes : 6ème-5ème dans un collège et 4ème-3ème dans un autre, pour favoriser une plus grande mixité sociale. Enfin, il nous semble essentiel que dès la 4ème les enfants qui le souhaitent puissent commencer à se familiariser avec les métiers, grâce à la mise en place de classes-métiers-études dans le cadre du collège car les réussites sont diverses.

La proposition de François Hollande visant à recréer 60 000 postes d’enseignants en 5 ans vous apparaît-elle critiquable essentiellement pour son coût ou pour d’autres raisons ?

Outre son coût de 7,5 Mds€ sur 5 ans et non 2,5Mds€ comme prétend François Hollande, le recrutement de 60 000 enseignants risque d’être extrêmement difficile par manque de candidats. Cette année, l’Education nationale a recruté 17 000 enseignants et les députés socialistes n’ont cessé de dire qu’il n’y avait pas assez de candidats, que la sélection était trop faible. Qu’en serait-il s’il fallait recruter 3 fois plus ? La conséquence logique du recrutement de 60 000 enseignants supplémentaires sera un gel des salaires car sans marge de manœuvre budgétaire, on ne peut recruter massivement tout en augmentant les salaires. Les professeurs verraient donc leur pouvoir d’achat se réduire au rythme de l’inflation. Au-delà des chiffres, derrière l’annonce de François Hollande, il y a une vraie divergence de fond : François Hollande veut plus d’enseignants mais moins bien rémunérés et toujours plus déconsidérés. A l’UMP nous pensons que la revalorisation du métier d’enseignant doit passer par une redéfinition du métier : favoriser le sur-mesure à la quantité. Nous voulons des enseignants qui bénéficient de meilleures conditions de travail, qui soient mieux payés.

Avec le recul, que pensez-vous de la décision gouvernementale d’avoir supprimé l’année de formation des nouveaux enseignants en IUFM ?

En 2011-2012, la moitié des académies expérimente le master en alternance qui permet aux étudiants de s’initier à leur future pratique professionnelle dès leur première année de master. A l’UMP, nous pensons qu’il faut généraliser ces masters en alternance afin de familiariser davantage les étudiants avec les réalités de l’enseignement, d’assurer le soutien scolaire à des petits groupes d’élèves puis, progressivement de prendre la responsabilité de toute une classe. Cette mesure vise à améliorer l’entrée dans le métier des jeunes enseignants, mais aussi à élargir la base sociale de leur recrutement, l’alternance étant rémunérée. Il s’agirait donc de renforcer le soutien pédagogique des jeunes enseignants lors de stages pré-mastérisation.

Comment mieux lutter contre l’illettrisme et le nombre d’élèves « décrocheurs » ?

La prévention de l’illettrisme commence à l’école maternelle et se prolonge durant toute la scolarité élémentaire. Nous proposons de consacrer la maternelle comme un véritable moment d’apprentissage en rendant l’assiduité obligatoire dès lors que les enfants sont inscrits à l’école. Lorsque nous proposons des évaluations régulières, en CE1 et en début de CM2, c’est pour que l’école s’organise afin que 100% des élèves arrivent au collège en maîtrisant les fondamentaux. Pourquoi ne pas imaginer que les enseignants, en début de CM2, évaluent le niveau des élèves ? Il ne s’agirait pas d’un examen mais d’une certification des professeurs sur l’acquisition des fondamentaux. Elle permettrait de repérer les élèves en difficulté et de renforcer le suivi personnalisé de ces derniers, pour qu’en fin de CM2, tous sachent lire, écrire et compter correctement. Concernant les jeunes décrocheurs, il faut évidemment poursuivre et amplifier l’action engagée par le gouvernement : sur les 254 000 jeunes de plus de 16 ans déscolarisés repérés, 72 000 sont suivis par les missions locales de l’emploi pour reprendre une formation et accéder à une qualification ou un diplôme.

Estimez-vous que l’école remplit son rôle ? Pensez-vous qu’il faille le redéfinir en ce début de 21e siècle pour retrouver une meilleure efficacité ?

Je ne crois pas au « grand soir », avec une réforme magique qui, en une journée, réglerait tous les problèmes. Je crois encore moins à la résolution de tous les problèmes par l’augmentation des moyens. Le combat pour l’école, c’est un combat quotidien, avec les enseignants, avec les chefs d’établissement et avec les parents. Relever le défi de la démocratisation de l’enseignement, c’est permettre à tous les élèves d’être reconnus à leur juste valeur. Il n’y a pas une forme unique d’excellence, mais une grande diversité, qui doit être reconnue par la société et par l’école. Outre les parents, les premiers artisans de la réussite des élèves sont les professeurs. Aussi est-il fondamental de revaloriser leur métier, de faire respecter leur autorité, fondement de la transmission du savoir, de leur donner de nouvelles perspectives de travail, plus efficaces.

Charles Centofanti

4 commentaires sur "Jean-François Copé : « une plus grande responsabilisation des chefs d’établissement et des enseignants »"

  1. caroudel  18 novembre 2011 à 17 h 49 min

    De nouvelles perspectives ? la suppression des postes, des RASED, des remplaçants, la formation initiale torpillée, la formation continue diminuée, le jour de carence, l’allongement des échelons pour diminuer les salaires, les cotisations sociales augmentées, des directeurs petits chefs taillables et corvéables à merci, la stabilité du point d’indice, etc.…
    La grève devient inutile devant tant de surdité.
    Seul le vote freinera cette décadence organisée dont l’objectif pas si lointain est la privatisation des écoles.
    Le vote, dès le premier tour pour le président souhaité sera la seule réponse qu’on peut espérer efficace.Signaler un abus

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  2. gyther  19 novembre 2011 à 22 h 28 min

    Bien vu monsieur Copé !
    Mais que restera-t-il de toutes ces mesures une fois réécrites par les hauts fonctionnaires de l’Education Nationale ?
    Depuis 40 ans, aucun ministre n’est parvenu à les mettre au pas. Vous décidez mais ils font ce qu’ils veulent.
    Et eux, ils ne sont jamais mis en cause, ce qui n’est le cas ni des enseignants, ni des ministres de l’Education.Signaler un abus

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  3. Moi  26 novembre 2011 à 12 h 27 min

    Bouffonneries d’un privilégié qui ne connaît pas l’école. Surprenant que ce monsieur puisse en dire quelque choseSignaler un abus

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  4. ly84  9 décembre 2011 à 15 h 36 min

    Tous des irresponsables ces chefs d’établissements et ces enseignants. Ils sont tellement privilégiés, on se demande pourquoi il y a de moins en moins de postulants pour ces postes ! Heureusement nos hommes politiques eux sont responsables et pas privilégiés du tout !Signaler un abus

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