Considéré de son vivant comme le pendant à l’Ouest de Bertolt Brecht, Ferdinand Bruckner (1891-1958) est un peu tombé dans l’oubli. Il a pourtant publié nombre d’œuvres marquantes, comme « Les Races » en 1933, où le pressentiment de l’horreur à venir est particulièrement fort. A partir de 1936, il sera en exil, et aux Etats-Unis il écrira une pièce antinazie « Car son temps est court ».

Suivra sa pièce « Les libérés » en 1945. De retour en Allemagne après-guerre, il sera le dramaturge attitré du Schiller-Theater à Berlin-Ouest, où il symbolisera l’antifascisme.

L’immeuble de la transgression

« Les Criminels » est une pièce datant de 1928, alors qu’il commence à rencontrer un très grand succès et est considéré comme un des dramaturges phare de la République de Weimar.

Dans cette pièce de trois actes aux dialogues incisifs et cinglants, l’auteur nous fait pénétrer à l’intérieur d’un immeuble, dont on aurait coupé les murs. Ainsi, la vie se déroulant en parallèle dans les différents appartements n’a plus de secrets pour le spectateur qui s’immisce dans les petites vies mesquines de leurs habitants. L’originalité de l’œuvre réside dans le fait que chacun des personnages va jusqu’au bout de sa logique, jusqu’à la transgression punie par la loi.

S’ensuivront quatre procès qui se dérouleront eux aussi en parallèle, à l’acte II,  d’où une vision peu amène de la justice se dégagera… Ainsi qu’une vision machiavélique de la société, les plus forts et les plus pernicieux s’en étant le mieux sortis à l’issue du drame et ayant pris le pouvoir dans l’immeuble.

Un auteur à découvrir de toute urgence, à lire et à voir au théâtre, la pièce « Les Criminels » étant à l’affiche de la Comédie de Saint-Etienne, du 22 au 25 novembre, du Grand T à Nantes les 1er et 2 décembre, et du Théâtre de Lorient, les 7 et 8 décembre prochains.