Marc Levy : «J’ai cherché à être un bon élève»

Cette semaine, VousNousIls.fr se plonge dans les souvenirs d’école de Marc Levy, l’écrivain français le plus lu dans le monde. Ses romans, traduits en 44 langues, ont été publiés à plus de 23 millions d’exemplaires.

Marc LevyNé en 1961 à Boulogne-Billancourt, Marc Levy pose d’abord son cartable à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes) avant de revenir en région parisienne après l’école primaire. Son père, éditeur de livres d’art, et sa mère, agent immobilier, l’inscrivent alors au lycée Saint-James à Neuilly-sur-Seine où il suivra collège et lycée. Des années longues et ennuyeuses mais parfois éclairées par des enseignants lumineux. « Je ne garde pas un très bon souvenir de l’école, je trouvais cela fastidieux. Je n’étais pourtant pas mauvais élève, je cherchais même à être bon. Mon père m’avait transmis le respect des métiers et je respectais mes professeurs, même ceux que je n’aimais pas. Et lorsque j’avais la chance d’être dans la classe d’enseignants généreux et dévoués, je m’appliquais encore plus. Hélas, le problème à l’époque, et je le crois aujourd’hui encore, était que la sélection se faisait par les mathématiques et la physique. Les non matheux étaient très vite considérés comme des élèves de seconde catégorie. » Malgré les efforts de son professeur de maths en seconde, Monsieur Uzan, Marc Levy reste hermétique aux sinus et cosinus que son cerveau ne parvient pas à modéliser. « Je me sentais déconsidéré parce plus que mauvais dans ces matières nobles, opposées aux matières secondaires : la musique, l’histoire, la géographie, les langues étrangères… Pourtant, j’ai rarement vu quelqu’un s’épanouir en société en parlant de fonctions logarithmiques. Je veux croire que si la place accordée à ces matières dites secondaires était plus importante, l’école offrirait plus de chances aux enfants de demain. »

De l’importance des petites histoires

Madame Henri, professeure d’histoire en 6e, fait partie des enseignants qui ont marqué le futur auteur à succès. A peine entrée dans la salle de classe, elle tirait les rideaux et s’asseyait au centre de la pièce. Plongés dans une semi clarté, pendus aux lèvres de la narratrice, les élèves l’écoutaient leur raconter l’Egypte ancienne. « C’était notre premier cours du lundi matin, celui que nous n’aurions manqué sous aucun prétexte, pas même par 39°C de fièvre. Et si rhume il y avait, nous retenions toux et éternuements le dimanche soir pour ne pas risquer d’être cloués à la maison. » Au son de la cloche, l’enseignante demandait aux élèves de bien vouloir noter le soir, dans leur cahier, tout ce dont ils se souvenaient. « Et comme son cours donnait vie à l’histoire nous nous rappelions presque tout. Extraordinaire méthode d’apprentissage, estime l’écrivain avec recul. Comment espérer qu’un enfant puisse retenir jusqu’à l’âge adulte les dates et déroulement de la nuit de la Saint-Barthélemy si l’on ne donne pas vie aux événements qui ont eu lieu cette nuit du 24 août 1572 ? » En écrivant Les enfants de la liberté, Marc Levy s’est rendu dans de nombreuses salles de cours d’histoire, confirmant ce qui l’avait effleuré à l’époque : l’histoire ne prend sens qu’au travers des vies de ceux qui l’ont vécue.

Où l’écrivain tombe amoureux

« Une autre enseignante à qui je dois beaucoup est Madame Delveau, professeure de français », souligne l’auteur. Assis au fond de la classe en début d’année de 4e, terrassé par Eugénie Grandet, Marc Lévy est tiré de ses songes par une voix qui lui demande de se rendre au tableau. Madame Delveau tend alors au jeune élève un recueil de poèmes de Jacques Prévert et lui fait lire « Le cancre » à voix haute. A la fin du cours, elle lui demande s’il comprend ce qu’il vient de lire. Non seulement l’élève a compris le poème, mais il l’a aimé et s’est reconnu dans le personnage. « Vois-tu, m’a dit Madame Delveau, voilà à quoi sert de maîtriser sa langue, à exprimer ce que l’on ressent ! Chaque mot que tu apprends, c’est un pas de liberté que tu gagnes. » Marc Lévy tombe amoureux de l’enseignante pour l’année et du français pour le reste de sa vie.

Prévert, Sartre, Saint-Exupéry, mesdames Henri et Delveau, les nuits adolescentes passées autour du jeu de plateau « Donjons et dragons » ont façonné le désir, le goût et l’imagination du futur écrivain. Une longue maturation, teintée de nombreuses expériences professionnelles et personnelles : des années de bénévolat à la Croix-Rouge, un passage à la faculté, une vie de pionnier à la Silicon Valley où il monte une société spécialisée dans l’imagerie de synthèse, la création d’un cabinet d’architecture de bureau à Paris… Finalement, à 38 ans, l’auteur se décide à écrire un conte moderne pour l’homme que son fils, Louis, deviendra un jour. Poussé par sa sœur, il adresse son manuscrit à un éditeur qui tombe sous le charme. Et si c’était vrai… séduit les éditions Robert Laffont puis le public. Aujourd’hui, Marc Levy travaille à l’écriture de son treizième roman.

Delphine Barrais

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