Pourquoi vous engager dans cette journée de la gentillesse ?

J’ai tout de suite trouvé l’idée de cette journée enthousiasmante ! Et lorsque j’ai lu les propositions envoyées par Psychologies magazine, j’ai réalisé qu’il y avait des ateliers que j’avais déjà mis en place au sein de ma classe, étant engagée au sein de l’association de communication non-violente. D’autres idées me plaisaient beaucoup. La seule journée de la gentillesse ne suffira pas, car la bienveillance envers toute personne fait vraiment partie de mon projet pédagogique, c’est un thème central. Les idées de vérité et de relations vivantes sont fondamentales à mes yeux. La gentillesse est une conséquence.
Mon objectif est que chaque élève puisse s’exprimer, dire où il en est, avoir confiance en lui, pour accéder au savoir, au programme officiel… et à plus long terme, trouver sa place dans la société et dans la vie.

Qu’aviez-vous déjà mis en place auprès de vos élèves ?

Cela a été des actions très simples. J’ai commencé par préciser par exemple aux élèves les programmes pour qu’ils sachent ce qu’il fallait faire pour y arriver et avoir un bon livret. Ensuite j’ai mis en place dans ma classe une petite cloche, que les élèves comme moi pouvons actionner si le bruit devient trop gênant. Les résultats ont été étonnants car j’avais l’impression de me battre seule contre la nuisance sonore, or les élèves eux-mêmes s’en servent beaucoup !

Depuis 8 ans, j’organise également des visites avec les élèves dans la maison de retraite voisine. En général nous nous y rendons 2 à 3 fois par an. Les enfants se retrouvent dans une grande pièce où sont installées les personnes âgées et ils peuvent leur faire des dessins, quelques jeux de société et en général ils leur chantent des chansons et leur lisent une poésie en collectif. C’est une action assez simple et en même temps un moment si touchant à chaque fois. Certains enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, dans ce contexte montrent des ressources de cœur. Face à une personne fragile ils arrivent à entrer en relation avec des gens qui n’ont parfois pas toute leur tête… C’est une très belle expérience, certains parents y retournent ensuite d’eux-mêmes.

J’ai également commencé les jeux coopératifs comme le jeu du parachute, qui consiste à faire passer une balle au sein d’une grande pièce de tissu ronde de 6 mètres de diamètre trouée en son milieu. L’intérêt de ce jeu et qu’il n’y a ni perdant ni gagnant, c’est forcément une victoire collective, où il faut coordonner ses mouvements pour atteindre l’objectif.

Dans le cadre de l’opération, qu’avez-vous choisi comme ateliers cette semaine ?

J’ai mis en place le jeu de l’ange gardien (1). Même si certains enfants n’ont pas réussi à garder leur secret, je ne connaîtrai les résultats que demain. Ils avaient déjà donné quelques idées avant le tirage au sort, comme se faire des petits cadeaux, avoir des attentions particulières… Il m’a semblé voir que certains enfants étaient rangés ensemble alors qu’ils ne l’étaient pas d’habitude !

Je vais sans doute mettre en place la fleur des compliments (2). D’autant qu’avant les vacances, j’avais organisé un atelier dans la même veine, où chaque élève se mettait debout devant toute la classe pour recevoir des uns et des autres des mercis pour ce qui s’était passé depuis la rentrée. C’était un beau moment, cette participation des enfants à remercier les autres par amitié, pour un jeu partagé, un service rendu. Certains enfants plus en retrait ont reçu autant de mercis que les autres. L’un d’eux était si content qu’il n’arrivait plus à s’arrêter de rire… Et son comportement dans la classe depuis a vraiment changé. Il y a eu des déclarations d’amitié faites publiquement, aussi l’idée de cette fleur où les élèves inscrivent les compliments m’a séduite.

Au delà de la journée de la gentillesse, comment allez-vous poursuivre ?

Je vais notamment poursuivre mon engagement dans le cadre de la communication non-violente. J’avais suivi une formation en 2010 afin d’avoir des outils pour échanger avec des personnes qui rencontrent les mêmes soucis au quotidien. Cela m’est utile dans mon métier, même s’il n’y a pas de gros problèmes de violence dans mon école.  J’ai enrichi cette formation par des lectures que je partage avec mes élèves (3).

J’anime également un atelier de philosophie avec les élèves de CM2, à qui j’ai proposé une formation afin qu’ils puissent devenir des médiateurs dans la cour de récréation, pour gérer les conflits. Nous avons travaillé avec la directrice d’école pour recenser les besoins durant les temps de récréation, puis chercher ensemble une solution globale pour l’établissement. La plupart des enfants ont été enthousiastes sur ce projet, que nous commencerons en janvier, avec 7-8 séances de formation. Ensuite nous mettrons en place une démarche concrète en plusieurs étapes, avec un lieu d’écoute afin qu’ils s’expriment.

La communication non-violente permet surtout d’avoir une relation plus vraie et beaucoup plus vivante. C’est toujours touchant. J’ai encore vu un enfant qui, lors du temps quotidien d’oral, a exprimé son sentiment devant toute la classe pour dire qu’il ne se sentait pas bien, que quelqu’un l’avait embêté… Ce n’est pas uniquement une violence physique, il existe une violence cachée, lorsqu’on méprise quelqu’un, ou que l’on rit quand quelqu’un se trompe, ce que font beaucoup les enfants. Même si ce n’est pas un coup de pied cela peut être très blessant…

Retrouvez d’autres idées d’ateliers à réaliser en classe sur journee-de-la-gentillesse.psychologies.com !