L’exposition s’ouvre sur les Jeux Olympiques de Berlin, véritable manifestation de propagande pour Hitler et démonstration de force nazie, marquée par la construction d’équipements olympiques gigantesques et ultra-modernes, sans oublier tous les milliers de posters et brochures diffusés par le Reich à travers le monde pour vanter son organisation des Jeux. Les compromissions du Comité International Olympique (CIO), sans qui ces jeux n’auraient pas été possibles, sont également évoquées.

Cet apparat masque mal le racisme qui a imprégné les Jeux de 1936, qui ont failli être boycottés suite à un appel lancé aux Etats-Unis contre la volonté des nazis d’exclure les athlètes juifs des J.O. Les athlètes juifs seront réintégrés au dernier moment, mais ne bénéficieront pas des mêmes conditions d’entraînement que les autres.

Le sport dévoyé

Hitler au cours de ces Jeux par ailleurs ne félicita que les médaillés allemands, pour ne pas avoir à féliciter les champions « non aryens » tel le légendaire Jesse Owens. L’amitié que Luz Long, son rival allemand, qui aura la médaille d’argent à Berlin, entretient avec lui, coûtera cher à ce dernier. Il sera envoyé au front. L’exposition montre une lettre originale qu’il adressera à Jesse Owens, en lui demandant de prendre soin de son fils, après la guerre.

L’exposition montre très bien par la suite que le sport fut utilisé en Allemagne, mais aussi dans l’Italie de Mussolini et sous Vichy pour construire l’homme fort et musclé, emblématique de l’idéal aryen.

L’éducation physique à l’école et dans les mouvements de jeunesse est ainsi particulièrement intense et glorifiée, comme on peut le voir au travers de très nombreuses affiches d’époque.

Alfred Nakache, champion de natation déporté

Le sport, dont la pratique est autorisée dans un premier temps dans les camps de concentration et les ghettos va rapidement être dévoyé pour devenir un supplice dans les camps de la mort. Les prisonniers seront par exemple obligés de faire des mouvements de gymnastique jusqu’à épuisement. Les grands champions de l’époque ne seront pas épargnés : l’exemple emblématique est celui du champion de natation français Alfred Nakache. Il sera déporté à Auschwitz, avec sa femme et sa fille -dont il apprendra à sa libération qu’elles ont été assassinées-où il survivra en continuant à nager à l’insu des gardiens de camp dans un fleuve. Si le sport l’aidera à s’en sortir, il sera aussi pour lui source de torture : les gardiens de camp l’obligeaient à nager dans des citernes d’eau glacée.

Il aura néanmoins le courage de participer aux Jeux Olympiques de Londres en 1948. C’est sur ces Jeux, marquant la victoire sur la barbarie et le retour à la liberté, que se termine l’exposition.

Parallèlement à l’exposition, de nombreux événements seront organisés, en particulier une rencontre avec le frère d’Alfred Nakache le jeudi 1er décembre, et une rencontre avec Noah Klieger, boxeur juif déporté à Auschwitz, le dimanche 4 décembre.

Le Mémorial de la Shoah a également mis en ligne un site à vocation pédagogique présentant l’exposition. Elle est l’occasion, pour les enseignants et leurs élèves, mais aussi pour le grand public, de réfléchir à un pan de l’histoire parfois un peu oublié : le sort des sportifs et des champions juifs durant la période nazie, et plus généralement l’utilisation dénaturée du sport à des fins de propagande par les régimes totalitaires.