Sanseverino : « J’ai très mal vécu le classement par résultats » à l’école

VousNousIls.fr poursuit sa série "souvenirs d’école" avec l’artiste bohême Sanseverino. Le chanteur et musicien de 50 ans poursuit sa tournée hexagonale, en duo, jusqu’à la fin de l’année. Entre deux concerts, il a accepté de rouvrir son cartable.

Sanseverino©Philippe Delacroix

Propulsé dans le firmament des étoiles de la chanson française par les Victoires de la musique comme la révélation scénique de 2003, Sanseverino n’a pas toujours brillé sur les bancs de l’école. Bien au contraire. Le chanteur-compositeur-interprète qui enflamme aujourd’hui les salles avec ses rythmes endiablés et ses textes mordants, a été un piètre élève. Dernier de la classe, il a porté le bonnet d’âne, cette « survivance médiévale » de l’éducation. « C’était très traumatisant pour quelqu’un de sensible. Moi, j’étais à moitié sensible », lance-t-il avec son fameux humour. Né en 1961 à Paris, Sanseverino passe son enfance entre l’école Pierre Demont à Fontenay-sous-bois et les voyages à l’étranger. « Mon père était papetier, et partait sur des chantiers pour un an ou deux. On le rejoignait hors période scolaire, mais on empiétait toujours sur les cours », se souvient le chanteur. Ainsi, entre 6 et 14 ans, il découvre la Bulgarie, la Yougoslavie, la Nouvelle Zélande, le Mexique, des voyages qui vont le marquer, et nourrir plus tard son univers musical.

« Si on n’a pas de bons résultats, on n’est personne. »

Durant sa scolarité, Sanseverino a accumulé les frustrations, les vexations, les entailles à l’amour propre. « J’ai très mal vécu le classement par résultats – si on n’a pas de bons résultats, on n’est personne. Je n’étais pas fier d’avoir de mauvaises notes, et en plus, on me le rabâchait toute l’année. » Il garde intacte sa rancune pour ces instituteurs qui faisaient du zèle dans l’exercice de l’autorité. « On peut encadrer sans excès de rigueur. L’encadrement scolaire doit aider l’élève à trouver sa propre rigueur ». Le musicien n’oublie pas les injustices, plus grandes pour les derniers de la classe. Ainsi, l’adolescent débordant d’énergie qui marque des buts aux matchs de foot et fait 400 kilomètres de vélo par semaine, « parce que le sport permettait de fuir les filles », est honoré par le prof d’éducation physique d’une moyenne de 8 et la mention « élève non sportif »: il ne savait pas grimper à la corde…

« Monsieur Joubert, un passionné de la Grèce antique »

« Je n’étais pas un cadeau non plus. Je me moquais de tout le monde, je trouvais toujours la phrase pour faire rire la classe. Pour m’aimer, il fallait apprécier les mots d’esprit ». Heureusement, il y en a qui apprécient, et qui aiment transmettre, comme le professeur d’histoire en 6e au collège Julio Curie à Fontenay-sous-bois. « M. Joubert avait des allures de biker avec son pantalon en cuir à lacets et sa grosse moustache. Il était habité. Un passionné de la Grèce antique. Il nous a raconté toute l’Odyssée assis sur son bureau. Je suis très sensible à la transmission orale. Ce n’est pas le même enseignement que d’apprendre des dates et des noms par cœur. » Sanseverino se souvient du prof de math en 3e, au collège Saint-Exupéry de Vincennes, un homme calme, respirant la sérénité. « C’était le papy idéal pour moi. Il m’intriguait, j’avais envie de comprendre les maths pour le comprendre, lui ».

« L’éducation, c’est une rencontre »

Mais c’est surtout avec les profs de français et de langues que le courant passe, ou alors, les enseignants sensibles aux arts, à la littérature, comme Jacques Lénard, son prof de cuisine à l’Ecole hôtelière à Paris. En y préparant un BEP et un CAP, Sanseverino acquiert des compétences précieuses qui lui servent aujourd’hui à faire la popote pour toute la famille. Père de trois filles, 5, 12 et 14 ans, Stéphane Sanseverino leur souhaite de faire la ou les rencontres qui feront de l’apprentissage un plaisir. « L’éducation, c’est une rencontre. Le prof que tu vénères, dans les cours duquel tu as envie d’aller en courant. Il faut en avoir au moins un, au mieux quatre, pour survivre à l’école ».

Sanseverino reconnaît volontiers la dureté, voire la violence du métier de prof. « Etre sur scène huit heures d’affilé tout en restant compréhensible, devant un public difficile – pour réussir cela, il faut adorer son métier ». Mais il estime que l’éducation, c’est aussi un plaisir que les prof ne montrent pas suffisamment, peut-être par peur de perdre leur autorité. Aujourd’hui, il rend la monnaie à l’enseignement. Avec l’association Zebrock, il intervient auprès des élèves du 93. Pendant ces rencontres avec des jeunes tous avides de célébrité et d’argent facile, il veut démystifier la réussite sociale du musicien. Il fustige la « Starac », « l’académie des faux espoirs ». Il veut réhabiliter le travail qui a « une sale réputation » auprès des jeunes. « Pour devenir musicien, il faut aimer son métier, beaucoup travailler et avoir beaucoup de patience. Ce qui compte, ce n’est pas de passer dans une émission de télé-réalité et de devenir célèbre, c’est de trouver un métier qu’on aime. C’est le message que j’essaie de faire passer. »

Rouja Lazarova

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1 commentaire sur "Sanseverino : « J’ai très mal vécu le classement par résultats » à l’école"

  1. nieves  3 novembre 2011 à 12 h 43 min

    Bravo! et merci je suis prof et je comprends parfaitement les soucis des collègues mais aussi les soucis des apprenants.Signaler un abus

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