Frédérique Rollet : « les enseignants stagiaires sont noyés »

Les syndicats d’enseignants du public et -chose rare- du privé, appellent à une journée de grève mardi 27 septembre. Objectif principal : manifester contre les suppressions de postes annoncées dans le budget 2012. Entretien avec Frédérique Rolet, professeur de lettres en collège et co-secrétaire générale du syndicat SNES-FSU, premier syndicat du secondaire.

A chaque rentrée, les enseignants sont mécontents. En quoi la journée de grève du 27 septembre sera-t-elle différente ?

Cette grève intervient trois semaines seulement après la rentrée scolaire. Habituellement, les manifestations interviennent au moment du vote du budget, en novembre. Cette fois, le mouvement est unitaire, avec le soutien des lycéens, des étudiants et des parents d’élèves. Sur le fond, nous sommes confrontés depuis plusieurs années à des suppressions de postes massives, ce qui rend les choses très difficiles. Dans le second degré, cette année c’est 4 800 emplois d’enseignants de moins et 75 500 élèves supplémentaires alors que le ministère avait tablé sur 40 000 élèves en plus. Et cette expansion démographique va se poursuivre ! Dans le même temps, il y a un problème de recrutement : 1000 postes n’ont pas été pourvus au CAPES cette année. Luc Chatel a communiqué sur une série de mesures, en oubliant de dire qu’il n’y a jamais eu de véritable consultation. Les livrets de compétence ? Une usine à gaz ! L’éducation prioritaire ? Ça n’existe plus ! Cette grève cristallise les mécontentements.

Vous avez craint une rentrée noire et des classes surchargées. Vos prévisions se sont-elles confirmées ?

La situation est très disparate. Evidemment, il y a des établissements en secteur rural avec 20 élèves par classe mais nos craintes se confirment : il y a de plus en plus de classes avec 38 élèves au lycée, et avec 30 élèves au collège. On constate aussi une explosion du nombre d’enseignants affectés sur plusieurs établissements. Autre problème, lié aux suppressions de postes : dans mon collège, nous sommes restés huit jours sans emplois du temps !

Quelles sont les conséquences concrètes pour les élèves : des options ont-elles disparu ?

Plusieurs enseignements d’exploration ne sont plus proposés en seconde. Certaines options ont également disparu ou, en langues anciennes par exemple, ont été réduites de 3h à 2h par semaine. A la rentrée, on a même eu le cas d’un établissement qui ne pouvait pas appliquer les horaires obligatoires. Cela s’est réglé, mais avec de grandes difficultés.

Vous avez également dénoncé le manque de formation des enseignants stagiaires. Il y a pourtant eu cette année des stages de cinq jours pour les étudiants qui ont décroché leur concours. Est-ce vraiment insuffisant ?

L’année dernière, le ministère a commandé un sondage à l’institut IPSOS. Il en ressort que la majorité des jeunes enseignants ne regrettent pas d’avoir choisi ce métier mais aussi que 70% d’entre eux sont très critiques vis-à-vis de leur formation. Cinq jours de formation de prérentrée, c’est un kit de survie ! En aucun cas, ça ne permet d’assimiler les séquences à mettre en place pour aider les élèves en difficulté. Nous demandons des heures de formation tout au long de l’année, avec une décharge régulière chaque semaine. Aujourd’hui, les stagiaires sont noyés la première année et comme ils sont à temps complet, ils n’ont pas la possibilité de prendre du recul et de réfléchir à la pratique de leur métier.

Certains enseignants plus âgés se souviennent pourtant qu’à leur époque, il n’y avait pas de formation théorique en tant que telle et que les classes pouvaient être très chargées. Dès lors, peut-on vraiment parler de dégradation ?

Entre les années 60 et 70, le nombre de bacheliers a été multiplié par deux. Et ce ne sont plus les mêmes élèves ! Dans les classes préparatoires aux grandes écoles, l’atmosphère est studieuse, donc pas de problème. Mais la réalité en lycée est différente. Si l’on prend une classe de sciences et technologies de la gestion par exemple, les élèves n’ont pas la même culture classique. Avant dans les IUFM, on apprenait des schémas transversaux, avec de la sociologie et de la psycho. On apprenait à mieux connaître les élèves. Aujourd’hui, les difficultés sont incomparables.

La réforme du lycée s’est poursuivie avec les nouvelles premières générales, avec un accompagnement personnalisé. Quels sont les premiers retours sur ce changement ?

Ce sont surtout les établissements les plus favorisés qui bénéficient de l’accompagnement personnalisé. La réforme a accru les inégalités ! Cette année, le regroupement d’élèves de séries différentes dans les mêmes classes en histoire-géo risque de poser des problèmes. On met tout le monde ensemble alors que les approches pour intéresser les élèves doivent être différentes selon les profils. Les profs râlent également beaucoup sur le contenu des programmes. En histoire-géo et en sciences éco, on ne consulte plus les enseignants !

Les missions des enseignants ne doivent-elles pas, elles aussi, évoluer pour mieux répondre aux besoins nouveaux ?

Les missions des enseignants ont déjà évolué, nous avons par exemple de plus en plus de contacts avec les familles qu’auparavant. Mais c’est vrai qu’il faudrait développer tout ce qui a trait à la maîtrise des nouvelles technologies : apprendre aux élèves à hiérarchiser les informations sur internet, montrer dans toutes les disciplines que l’informatique c’est bien mais que ce n’est qu’un outil. Si ça peut aider des élèves à raccrocher le wagon, il faut davantage former les enseignants à ces technologies nouvelles.

Charles Centofanti

3 commentaires sur "Frédérique Rollet : « les enseignants stagiaires sont noyés »"

  1. Lieee  23 septembre 2011 à 19 h 43 min

    Faire grève le 1er jour du concours (CRPE), quelle très bonne idée… C’est toujours les mêmes qui sont pénalisés !!!Signaler un abus

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  2. armand  24 septembre 2011 à 17 h 37 min

    Quel tas d’hypocrisie.
    Les enseignants ne veulent pas travailler plus alors qu’ils sont ceux qui travaillent le moins en Europe : 15H pour les agrégés et 18H pour les agrégés…contre près du double en Allemagne ou au UK. Pas étonnant qu’ils soient les – bien payés, c’est eux qui en font le moins dans TOUTE l’Europe !
    Ensuite, les syndicats disent n’importe quoi : ils veulent juste + d’avantages, + de salaire et + de vacances.
    Marre de cela quand on voit comment les salariés du privé sont traités.Signaler un abus

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  3. coco  29 septembre 2011 à 0 h 56 min

    Mrr Armand! les enseignants, ne vous déplaise, ne travaillent pas « que » 18 h, ils ont des cours à préparer…eux! des copies à corriger, des bulletins de notes à remplir, alors arrêtez de critiquer les enseignants et imaginez un peu le travail qui les attend chez eux le soir, quand vous sirotez votre…apéro ou votre jus de fruits! alors arrêtons de prendre les enseignants pour des gens qui n’ont pas grand-chose à faire! ce sont pour la majorité des passionnés, certains font des heures supp, Personne ne vous force à continuer de travailler dans le privé!Signaler un abus

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