Comment donner le goût des sciences aux élèves ?

L’Institut Pasteur de Paris accueillait cette semaine un colloque intitulé "Communiquer la science vers les publics scolaires", organisé par Communication Publique, sous le patronage du ministère de l'Education nationale et avec le concours de la CASDEN. Comment faire pour donner aux élèves le goût des sciences, dès le plus jeune âge ? Etat des lieux, projets, obstacles et propositions.

L’objet de cette journée de colloque était de comprendre les besoins et attentes des enseignants de sciences, de recenser des expériences pédagogiques menées avec succès, mais également de réfléchir aux possibilités d’amélioration.

Les participants ont suggéré, avant de penser à quelque projet que ce soit, de considérer tout d’abord la culture scientifique comme culture à part entière. Il faudrait peut-être envisager une refonte des programmes en ce sens, l’inscrire dans le parcours scolaire comme le propose l’inspecteur général de l’Education nationale Roger-François Gauthier.

Et pour évaluer cette culture poursuit-il, au lieu d’une évaluation traditionnelle par notes, pourquoi ne pas mesurer au cours du parcours scolaire dans un portfolio par exemple, l’exposition à cette culture (visites, ateliers, projections de films…) ?

Par ailleurs, la science ne doit plus être perçue dans le système scolaire comme élément de sélection, mais bien comme élément de culture, y compris pour les élèves non scientifiques.

Une évolution en cours

Cette évolution est déjà amorcée pour le DGESCO, Jean-Michel Blanquer, qui souligne les nombreuses initiatives prises par le gouvernement en faveur des sciences : le plan sciences présenté par Luc Chatel début 2011 et mis en oeuvre depuis septembre, avec plus de mathématiques au primaire, le développement d’ateliers de jeux d’échecs à l’école (1), les parcours d’enseignement intégré des sciences et techniques au collège (2) dans les établissements Eclair, ou encore le centre de recherche de l’école de la 2nde chance de Marseille, où l’on expérimente une nouvelle pédagogie des sciences…

Les attentes des enseignants sont grandes : d’après une enquête réalisée par le département enseignement supérieur de la CASDEN, 80% des enseignants (primaire et secondaire confondus) utilisent des ressources documentaires scientifiques pour préparer leurs cours, mais 40% seulement trouvent qu’elles sont adaptées aux programmes scolaires.

Les 250 enseignants interrogés dans l’enquête « savent à 73,5 % qui contacter pour avoir des informations mais ils ne citent aucun organisme de recherche. C’est Universcience, les universités et les éditeurs qui sont le plus cités ».

Comment alors améliorer et augmenter les relations entre enseignants et organismes de recherche ?

Rapprocher les deux univers

Les enseignants du primaire et du secondaire sont demandeurs de contacts avec le monde de la recherche. Des initiatives rapprochant les deux univers existent déjà et rencontrent un franc succès. Elles touchent cependant trop peu de classes, faute de moyens et de temps.

Par exemple, l’Inserm propose dans le cadre de l’association « Tous chercheurs » un programme où durant trois jours, des lycées accompagnés de leur professeur de sciences sont en immersion totale dans un laboratoire de recherche. Ce projet fonctionne très bien, mais ne concerne que 1000 lycéens par an. L’Ifremer de son côté a proposé pour 2010-2011 une opération pédagogique intitulée « De l’espace pour la mer ». Mais là encore, ce ne sont que 30 classes sur toute la France qui ont participé…

Le PRES de l’Université de Lorraine propose de son côté en partenariat avec le CRDP de Lorraine un concours ouvert à tous les élèves de l’académie, de la maternelle à la 3ème, Chercheurs en herbe. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de demandes que de possibilités. On voit là les limites de ces dispositifs, de grande qualité, mais nécessitant une logistique et une préparation considérables, aussi bien du côté des chercheurs que des enseignants.

De nombreux obstacles

Les organismes de recherche ne peuvent en effet élargir à l’infini leur offre : il est difficile de libérer du temps dans les emplois du temps des chercheurs, et les laboratoires ne sont pas conçus pour accueillir des groupes d’élèves trop importants.

Par ailleurs, le travail fait par le chercheur dans une classe n’entre aucunement en ligne de compte dans son évaluation et dans sa carrière. Cette donnée rebute nombre d’eux, déjà submergés par leurs travaux et leurs publications.

Du côté des enseignants, il n’est pas non plus toujours évident de mener un projet en collaboration avec un organisme de recherche. Le risque de perdre du temps sur le programme, le problème du financement, et la non-prise en compte de ce travail dans l’avancement de carrière sont des freins.

De surcroît, un vrai travail en interaction entre l’enseignant et le chercheur doit être conduit sous peine de ne pas donner de résultats probants au niveau pédagogique. Il faut préparer la classe à la venue d’un chercheur ou à un travail en laboratoire, et inversement, le chercheur doit rendre claires les notions parfois ardues sur lesquelles il va faire travailler les élèves.

Mais comme de toute manière, tous les élèves ne peuvent bénéficier de tels types de projets, il faut trouver d’autres pistes pour mettre les élèves en contact direct avec la recherche scientifique.

Des solutions

Une première solution serait peut-être de proposer des éléments dans la formation des enseignants. Dans le cadre du master en alternance, pourquoi ne pas « remettre les enseignants à la paillasse » suggère ainsi le directeur de l’IUFM de Créteil. Il suggère également de mettre en place une épreuve obligatoire en laboratoire pour l’obtention du master enseignant de sciences. Pour lui, il faut vraiment mettre l’accent sur la « science en train de se faire ».

Il déplore qu’aujourd’hui dans le cadre de la formation des enseignants de sciences, initiale et continue, il n’y ait pas de lien avec les organismes de recherche et que les deux univers soient décorrélés.

Autre piste : faire avec les moyens sur place. Le CDI doit ainsi pour Roger-François Gauthier, inspecteur général de l’Education nationale, devenir un lieu de culture scientifique. Il y a là une révolution à opérer.

Il faut également davantage profiter des ressources pédagogiques en ligne proposées par les organismes de recherche et mieux les exploiter en classe. Le problème est qu’actuellement, elles sont très disséminées et qu’il n’est pas facile pour les enseignants de s’y retrouver.

Afin de leur faciliter la tâche, le Sceren met en place des outils numériques. Il a mis en ligne par exemple un portail centralisant les ressources des organismes de recherche pour les professeurs de SVT.

En conclusion, le colloque a permis de réfléchir aux moyens disponibles ou à mettre en oeuvre pour présenter la science de façon attractive aux élèves. Cette révolution est indispensable au développement d’une véritable économie de la connaissance.

Note(s) :
  • (1) Il s'agit du programme L'Échiquier de la réussite
  • (2) Enseignement intégré de science et technologie (EIST) est proposé au collège en classes de 6e et de 5e, enseignement croisant les SVT, physique-chimie et la technologie, testé cette année dans 400 collèges Eclair ou Ambition réussite

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