Dans le cadre de la 4ème journée du refus de l’échec scolaire aujourd’hui, un débat a été organisé à Paris. Animé par Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l’Etudiant, il avait pour thème la souffrance des familles confrontées à l’échec scolaire.

Parmi les intervenants, on comptait notamment le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, signataire l’an dernier de la pétition pour la suppression des notes, Thibaut Renaudin, secrétaire général de l’Afev, Pierre Périer, sociologue et chercheur en éducation à Rennes-II, ou encore le directeur général de l’enseignement scolaire Jean-Michel Blanquer.

42% des parents inquiets pour la réus­site sco­laire de leur enfant

Les chiffres du baromètre annuel de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev), association d’étudiants assurant du soutien scolaire dans les quartiers populaires, ont été révélés à cette occasion. Si ces chiffres sont plutôt « stables » par rapport aux années passées, ils n’en sont pas moins alarmants.

Sur 750 enfants de quartiers populaires interrogés, 73% aiment un peu, pas trop ou pas du tout aller à l’école. 57% d’entre eux s’ennuient quelquefois, souvent voire tout le temps à l’école. La plupart ont des difficultés pour comprendre ce que l’enseignant attend d’eux, et n’osent pas lever le doigt de peur de se tromper. 78% des élèves se considèrent d’eux-mêmes de niveau moyen ou faible. Pourtant, ils sont plus de 60% à dire que l’enseignant s’intéressent à eux et qu’ils apprennent des choses à l’école, donc il ne s’agit pas là d’une remise en cause de l’école.

Cette année, un volet de l’enquête a également pris pour cible les parents de 600 familles. Parmi ces parents d’origine modeste, 52% disent que s’ils en avaient les moyens, ils mettraient leurs enfants en école privée. 44% de ces parents vont à toutes les réunions de l’école, mais 51% souhaiteraient discuter beaucoup plus souvent avec l’enseignant. 42% sont inquiets pour la réussite scolaire de leurs enfants. 59% des familles ressentent le moment des devoirs comme difficile, et 24% ne se sentent pas capables d’aider leurs enfants. Ces chiffres confiment que l’école occupe une place centrale dans la vie des familles – mais elle est également source de tensions, le deuxième sujet de dispute après le comportement de l’enfant.

Un équilibre à trouver

Comme le rappelle Thibaut Renaudin, secrétaire général de l’Afev, « les familles sont souvent en souffrance, parce qu’elles attendent beaucoup de l’école ». Les parents démunis se sentent parfois coupables de l’échec scolaire de leurs enfants, dans un pays où la tension scolaire est très forte.

Le chercheur en éducation Pierre Périer souligne que cette forte pression est « normale vu l’enjeu : l’école, c’est l’instrument dominant de la reproduction sociale, de l’ascenseur social, donc les familles d’origine modeste le prennent plus à coeur. La réussite de l’enfant, c’est la réussite de la famille. » Il faut réussir à l’école pour échapper plus tard au chômage, et c’est ce que les parents apprennent très tôt à leurs enfants. 80% des parents pensent que leur enfant réussira professionnellement mieux qu’eux, ce qui accroît la pression sur les résultats.

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik observe que « quand il n’y a pas d’école, les enfants ne peuvent pas s’épanouir, car ils ne sont pas socialisés. » Toutefois, « quand il y a une telle pression sur l’école, cela développe l’angoisse de l’école, ce qui n’améliore pas les résultats scolaires. » Pour lui, il faut donc « trouver un équilibre ».

Notes, devoirs, redoublements : des « aberrations »

Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, affirme que « ce ne sont pas les familles qui exercent une pression scolaire sur les enfants », mais le système éducatif. Afin de soulager cette pression, il estime qu’il faut en finir avec les « trois aberrations pédagogiques » que sont « les notes, les devoirs et les redoublements ». Pour lui, les notes ne mettent pas en évidence ce que l’élève sait mais plutôt ce qu’il ne sait pas, les devoirs ne sont qu’une « sous-traitance » de l’école qu’une moitié des parents ne peut pas assurer, ce qui accroît les inégalités, et l’inefficacité du redoublement a été mise en évidence par plusieurs études.

Jean-Michel Blanquer, ancien recteur et DGESCO, plaide quant à lui pour une coopération entre les enseignants et les familles, et rappelle l’efficacité de la « mallette des parents », expérimentée depuis quelques années dans l’académie de Créteil. Cette « mallette » propose aux parents d’élèves entrant en sixième des modules éducatifs, pour leur permettre de mieux comprendre le collège, d’identifier leurs interlocuteurs, et fournit des conseils, notamment sur la façon d’aider les enfants le soir avec leurs devoirs.

Expérimenté à l’origine dans 50 établissements, ce dispositif pour une meilleure intégration des parents dans la vie de l’établissement est maintenant étendu à 1.300 collèges. Il a confirmé ses effets bénéfiques sur la vie scolaire de l’élève (plus de présence, meilleur comportement, et une légère augmentation des résultats scolaires). Jean-Michel Blanquer estime que des progrès sont possibles si les parents et les enseignants sont animés d’un même esprit de « co-éducation », ce qui est le cas dès lors qu’ils ont tous envie que l’enfant réussisse.