Yann Samuell : dans mon film, je voulais un instituteur bienveillant

A l'occasion de la sortie du film "La Guerre des Boutons", Yann Samuell, son réalisateur, nous accorde un entretien exclusif. Tout en étant resté très fidèle à l'oeuvre de Louis Pergaud, il nous explique pourquoi il a fait le choix d'une certaine époque, et ajouté le personnage de l'instituteur.

Comment est née l’idée d’adapter l’œuvre de Louis Pergaud ?

L’idée est venue du producteur du film. Il m’a proposé de faire ce film, car j’avais déjà auparavant fait des films liés à l’enfance(1). J’ai accepté, en me disant que ce ne serait pas pour faire un remake du film d’Yves Robert. Et j’ai lu le livre qui m’a enthousiasmé, par son aspect truculent rabelaisien, et par la possibilité qu’il m’offrait d’y ajouter des thèmes qui me tiennent à cœur, tels que la place de la femme dans la société et l’ascension sociale.

Par rapport au roman original justement, quelles sont les différences ?

Le livre se passe à la fin du 19e siècle, alors que l’action de mon film se déroule en 1957 (2). J’ai choisi cette époque précise parce que c’est l’année du lancement du Spoutnik dans l’espace.

A partir de ce jour-là, d’octobre 57, l’homme va cerner le monde, le tenir dans sa main, la communication va entrer en jeu. Pour moi, c’est un moment charnière, entre une époque traditionnelle, un peu archaïque, rigide –où un fils de paysan devait rester paysan, et une société plus ouverte, plus moderne, où l’on n’est pas prédestiné par le choix de ses parents.

De plus, en arrière-plan, il y a la guerre d’Algérie, parce que je souhaitais qu’il y ait une vraie guerre à laquelle participent les enfants de la génération d’avant, les frères aînés de ceux qui font la guerre des boutons. Eux aussi, au même âge, ont fait la guerre des boutons entre les deux villlages, mais maintenant, ils sont confrontés à une guerre réelle et terrible.

J’ai pensé aussi que si je plaçais l’action dans une époque trop reculée, le côté universel des propos allait être fondu dans une reconstitution historique lourde. Et si je la plaçais aujourd’hui, je dénaturais totalement le roman de Pergaud, car on n’imagine mal de nos jours, des enfants de 12 ans sortant de l’école pour se battre sans que cela sombre dans le fait divers.

Tandis que dans le film, il s’agit d’un jeu, d’une guerre initiatique. C’était une époque de liberté, où les enfants pouvaient rester dehors des heures, sans que les parents s’inquiètent.

Le film se passe dans les villages de Longeverne et Velrans, comme dans le livre de Louis Pergaud. Ces villages existent-ils vraiment et où s’est déroulé le tournage ?

Le roman se passe en Franche-Comté, alors que le tournage a eu entièrement lieu dans le Limousin, où se trouvent des campagnes larges et accueillantes, en même temps mystérieuses et à la portée des enfants. J’ai voulu aussi des lieux cohérents : le tournage s’est fait uniquement autour d’un petit village, Biennac, pour créer une proximité avec le livre où l’action se concentre autour de deux petits villages.

Une image extrêmement positive de l’école ressort de votre film. L’instituteur apparaît comme bienveillant, et comme véritable pilier de l’ascension sociale des enfants, dont il détecte et soutient les talents. Il est en même temps très proche d’eux, Maître Merlin étant lui-même l’ancien chef de la bande du village, et défendant ses élèves en allant jusqu’à se battre avec l’instituteur du village ennemi. Avez-vous volontairement insisté sur cet aspect ?

C’est une véritable entorse au livre, car dans le roman de Louis Pergaud, la classe est faite par le curé, très rigide, et vraiment l’ennemi numéro 1. Je voulais que l’enseignant soit une figure paternelle, compréhensive, et qu’il ait lui-même participé à cette véritable guerre séculaire entre les deux villages -dont on ne connaît même plus la raison.

J’ai eu moi-même des enseignants qui m’ont marqué, deux en particulier qui ont été des maîtres et ont su extraire le meilleur de nous-mêmes.

Pour travailler en classe

L’Agence Cinéma Education met en ligne un dossier pédagogique complet sur le film.

Note(s) :
  • (1) L'âge de raison, Jeux d'enfants
  • (2) Synopsis : 1957, un village dans le sud de la France. Une bande de garçons, âgés de 7 à 14 ans, menée par l’intrépide Lebrac, est en guerre contre les enfants du village voisin, leurs ennemis jurés.

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.