« Je ne pensais pas un jour faire un métier dans la musique, qui était à mes yeux un loisir ! », avoue Séverine Thermes, 36 ans, aujourd’hui musicienne intervenante pour le conservatoire national de région de Rennes. Née dans une famille de mélomanes – « mon arrière-grand-mère était professeur de piano en Guadeloupe et mon père nous a toujours fait écouter des registres divers, des symphonies au jazz », rien ne prédestinait pour autant Séverine à s’investir autant dans la musique. « Je ne me voyais pas concertiste ou prof de musique, ni musicienne professionnelle », précise-t-elle. Inscrite en bi-Deug de droit/anglais, Séverine consacre pourtant de plus en plus de temps à sa passion au sein d’associations, donne ses premiers cours de violon et d’éveil musical.

Des colonies musicales au Dumi

L’été 1998, une amie du conservatoire de Cergy-Pontoise, où elle a obtenu son  Diplôme de Fin d’Etudes en violon et musique de chambre, la contacte pour travailler au sein d’une colonie musicale, l’AREMC. « A la fois animatrice et chargée de la musique, nous faisions de la musique avec les enfants le matin. Chant, instrument et orchestre, mais dans un cadre beaucoup plus détendu, dans un esprit de plaisir. Je n’en ai gardé que d’excellents souvenirs ! ». Premier déclic pour Séverine. A son retour, la directrice du conservatoire lui parle du DUMI (1), formation pour devenir intervenante musicale en milieu scolaire. La jeune femme prépare alors les concours d’entrée (2), et décroche celui de Sélestat (Alsace) : « l’avantage de cette formation est que dès la première année, nous étions en situation dans les écoles, à travailler avec différents professeurs sur des projets musicaux ». Cours de pédagogie, de composition, de culture musicale… Séverine y apprend toutes les bases de son métier : être à la fois musicienne et pédagogue, auprès de publics variés. Chœur dans un IRP, participation au projet « musique à l’hôpital », chant choral avec des établissements en ZEP…  « Nous avons aussi travaillé sur la musique balinaise: nous avons dû tout désapprendre pour redémarrer de zéro. C’était très formateur : cela nous a placés dans les même conditions d’apprentissage que les enfants que l’on a ensuite face à nous ! », explique Séverine. Issue d’une formation classique,  l’intervenante a dû peu à peu « lâcher la partition », pour adapter son langage aux enfants via des contes, des histoires imagées…

700 kilomètres par semaine

Diplômée du CFMI (3) de Sélestat, Séverine débute alors comme contractuelle pour le Conservatoire de musique à l’école pour le Pays de Bray. Parcourant près de 700 kms par semaine, la jeune femme se rend au sein de diverses écoles maternelles et élémentaires et monte ses premiers projets musicaux avec les enfants, comme « Musiques belles d’avant ». Une excellente expérience, mais « au niveau des déplacements, c’était trop », concède Séverine, qui accepte avec joie la proposition d’embauche de l’école de musique de Dieppe. Durant trois ans, la musicienne intervient à la fois auprès des écoles en cycles 2 et 3 (éducation musicale et chant choral), puis coordonne des projets d’envergure comme « L’oiseau de feu ». « Une association d’ados avait créé les décors, costumes, et les chants étaient accompagnés par l’harmonie de la ville et un orchestre à cordes », se souvient Séverine. La même année, elle se passionne pour le chant, et prend la direction de la chorale d’adultes de Dieppe. « Nous avons monté le Requiem de Fauré, ça restera un grand moment artistique de ma vie ».

Une grande liberté pour mener des projets artistiques

Les projets s’enchaînent pour l’artiste qui s’épanouit, sous la houlette du dynamique directeur du conservatoire de Dieppe. « J’ai pu monter des projets de plus en plus ambitieux. Et aujourd’hui je viens de décrocher un poste à la maison des Arts de St- Herblain, il m’a encore recommandée », sourit Séverine. De 2005 à 2007, alors que Séverine souhaitait regagner la région parisienne, elle est embauchée au conservatoire d’Aubervilliers-La Courneuve (93) en tant qu’intervenante musicale et coordinatrice  des CHAM (4) et des actions en direction des centres de loisirs. La jeune femme a depuis rejoint le conservatoire de Rennes et s’est passionnée pour les percussions corporelles. Une technique qu’elle a souhaité transmettre auprès d’un public éloigné du milieu artistique, en foyer de la PJJ : « il a fallu se réadapter. Les jeunes  avaient un rapport difficile au corps et ce n’était pas le bon mode d’expression », explique la jeune femme, qui souligne combien le relationnel et la pédagogie compte dans son métier où  il faut se remettre en question, surtout pour travailler main dans la main avec les partenaires, les enseignants. « Il faut être polyvalent pour faire face à des projets très différents,  mobile pour aller à la rencontre des publics, où qu’ils soient. Mais cette dimension citoyenne, faire découvrir la musique à tous, et la grande liberté  ainsi octroyée pour monter de véritables projets artistiques est un vrai moteur », conclut l’intervenante.

Elise Pierre