« Un ouf de soulagement ». C’est ainsi qu’Elodie (1) décrit son état d’esprit à l’annonce de sa prochaine mutation. Après plusieurs années de postes comme TZR (2) dans l’académie d’Orléans Tours et des centaines de kilomètres parcourus, cette enseignante dans le secondaire pourra enfin bénéficier d’un poste fixe dans la ville où elle habite avec son conjoint à la rentrée prochaine. Après deux fausses couches et des arrêts maladie à répétition. On comprend pourquoi les enseignants préfèrent rester discrets sur ce sujet tabou, qui peut parfois tourner à l’obsession et sceller des destins.

La route aura été longue, mais l’histoire se termine finalement bien. Pourtant, pour de nombreux enseignants, le mouvement des mutations n’est pas un sujet de satisfaction. Dans son rapport sur l’année 2010, Monique Sassier, médiatrice de l’Education Nationale, recensait 18% des réclamations des professeurs qui concernent les problèmes de mutation, notamment le problème du rapprochement de conjoint.

Mutez les Creusois !

Une situation que des professeurs mutés en Creuse n’ont plus supporté de vivre au quotidien ! Dans ce département « sinistré » de l’académie de Limoges, les enseignants ont pourtant des barèmes de points bien supérieurs à la moyenne. Toutefois, depuis deux ans, le mouvement des mutations est bloqué, c’est-à-dire qu’aucun enseignant n’a la possibilité de rentrer ou de sortir du département. Pour alerter sur leur situation, des professeurs des écoles de la Creuse « en colère » ont ouvert en janvier 2011 un blog en forme d’appel à l’aide « Mutez les Creusois ! ». Objectif : verbaliser, partager les expériences et surtout « dénoncer l’injustice ! ». « Nous ne voulons pas de passe-droit, nous voulons juste que les règles de mutations soient appliquées en Creuse comme dans tous les départements de France ! », s’agace Christelle Leniaud, co-rédactrice du blog et enseignante en Creuse depuis 6 ans.

Avec ses deux enfants de 3 et 7 ans, son mari salarié d’une entreprise privée, et ses « seulement » 90 kilomètres par jour, le quotidien de cette professeure des écoles est difficile. « D’autant que le temps perdu sur les routes est aussi perdu en présentiel avec nos élèves », appuie-t-elle. « Et puis il n’y a pas d’alternative à cette situation, déplore-t-elle, si on s’arrête, on sait qu’on ne sera pas remplacé dans nos classes… »

Vers un système national de département « porte d’entrée » dans l’académie

Conséquence inévitable : « certains couples ne savent plus gérer et se brisent ! ». D’ailleurs sur les 112 demandes de mutations en Creuse, 67 invoquent le rapprochement de conjoint. Après de nombreuses démarches auprès du recteur et du Conseil général, une procédure faisant de la Creuse « la porte d’entrée de l’académie » pourrait voir le jour. Les enseignants nommés entreront obligatoirement dans l’académie par la Creuse pour quelques années avant de pouvoir bénéficier d’une mutation en Corrèze ou en Haute Vienne. Ce système, qui devra être décidé nationalement, permettrait de créer un vivier d’enseignants dans ce département qui souffre de surcroît d’une image négative.

En attendant que la Creuse ne soit plus un « département prison », la lutte aura sans doute payé cette année : 11 demandes de sortie de Creuse (Exea) viennent d’être accordées ainsi que 6 demandes d’entrées en Haute-Vienne (Inea). Des chiffres que Christelle Leniaud qualifie de « remarquables ».

Marie Pairault