Philippe Candeloro : « j’ai adoré et détesté l’école »

Souvenirs, souvenirs… VousNousIls.fr demande à des personnalités de replonger le nez dans leur cartable. Pour lancer cette série, Philippe Candeloro, 39 ans, ancien champion de patinage artistique, brosse un portrait ému de l’école primaire et amer de ses années collège et lycée.

Avant de devenir double médaillé olympique et vice-champion du monde de patinage artistique dans les années 90, Philippe Candeloro a d’abord été le roi… des parties de billes à la récré. Né à Courbevoie (Hauts-de-Seine) en 1972, d’un père maçon et d’une mère comptable, le patineur chouchou des Français a passé son enfance à Colombes. Scolarisé à l’école Ambroise Paré, il découvre le patinage sur glace dès le CP : « Grâce à l’école, j’ai eu la chance de pouvoir aller une heure par semaine à la patinoire municipale. Mon entraîneur de toujours, André Brunet, m’a repéré dès que j’ai enfilé mes patins ! »

Il a ensuite fallu convaincre ses parents d’intégrer une structure ad hoc : « c’était une vraie section sport-étude. Nous étions cinq par classe, surtout des filles, avec une directrice et quatre répétiteurs. Dès 7h, j’étais sur la glace et je faisais entre 5 et 6h de patin. J’avais aussi 3h de cours théoriques. Nous étions privilégiés, j’ai adoré ! »

« Un mec en patins c’était une fillette »

Tout s’écroule à la fin du CM2 : l’Education Nationale estime que le statut d’André Brunet, alors cadre d’Etat, est incompatible avec la gestion d’une école privée. « C’était la catastrophe », regrette le titi parisien, « d’un coup je me suis retrouvé largué dans la plus mauvaise des 6e du collège Henri-Dunant. » L’échec est d’autant plus cuisant que les quolibets fusent : « un mec qui faisait du patin c’était une fillette. Il a fallu que je me batte pour gagner le respect des caïds ». Les parents de Philippe Candeloro optent pour une 5e avec des cours par correspondance. Plus intéressé par les figures de style sportives que rhétoriques, il retrouve un établissement, le collège-lycée Robert Schuman (rebaptisé collège Moulin Joly et lycée Guy de Maupassant aujourd’hui), en 4e. Mais Philippe sèche des cours qui, dit-il, ne l’intéressent pas, comme l’espagnol et le dessin : « j’aurais aimé me concentrer sur les maths et le français, et bénéficier d’un aménagement pour pouvoir m’entraîner 6h par jour… Au lieu de ça, j’ai eu l’impression qu’on se payait ma tête : on me recollait en sports après l’entraînement. »

Chaque difficulté devient insurmontable : « Je me souviens d’un prof de français qui m’a humilié en me demandant de lire à haute voix. Comme je ne lisais pas beaucoup faute de temps, j’avais du mal et il m’a dit ‘Vous, ce n’est même plus la peine de redoubler, vous n’arriverez à rien dans la vie.’ » Trente-cinq ans plus tard, le sermon reste douloureux. Philippe redouble sa 3e et se réinscrit au CNED avant de lâcher définitivement les cours, en seconde, pour se consacrer à sa passion. « En France, nous sommes nuls en sport-étude », critique-t-il. « On parle beaucoup du sport universitaire. C’est bien pour l’athlétisme mais pas pour le patinage. Quant à l’INSEP, on l’intègre à 16 ans, c’est trop tard pour devenir champion ! En patinage, c’est à 8 ans que l’on progresse le plus et rien n’est adapté. Je suis une exception, j’ai fabriqué mon patrimoine à la sueur de mon front. »

« Mon meilleur prof, Monsieur Dautrevaux »

Aujourd’hui consultant sportif, animateur à la télévision et, à partir de janvier 2012 sur les planches d’une comédie théâtrale « Le tour du monde en 80 jours », programmée au Grand Rex à Paris avant une tournée hexagonale, Philippe Candeloro n’a rien perdu de son franc-parler : « Rien ne remplace le terrain. Avec ma femme, on n’est pas énarques mais on est loin d’être crétins. On a appris par nous-mêmes, en voyageant. Résultat : maintenant je touche ma bille en géo ! »

« Le prince de la glace » estime que l’école lui a toutefois permis d’être en lien avec la vraie vie, « car c’est un échange de cultures ». Et là, les bons souvenirs chassent les mauvais : « le meilleur de mes profs c’était Monsieur Dautrevaux en 3e, enseignant de physique chimie. Il parlait toujours de sa grand-mère dans les énoncés des exercices. C’était très concret et ça nous intéressait. »

Marié et père de trois filles, Philippe Candeloro suit toutes les polémiques du moment. Les tricheries du bac ? « Comme dans le sport, mieux vaut gagner à la loyale. Mais il ne faut pas se leurrer, à mon époque certains faisaient déjà écrire leurs devoirs par d’autres pour décrocher le brevet d’Etat. Au final, on finit toujours par être rattrapé par ses erreurs. » En revanche, il voit d’un bon œil le projet de réforme des rythmes scolaires en primaire et au collège : « deux mois de vacances l’été c’est long. Certains gamins s’ennuient et puis c’est l’enfer dans certaines régions touristiques. Je trouverais bien mieux d’instaurer des périodes de vacances tournantes comme en hiver. » Sans oublier de privilégier les cours théoriques le matin et manuels l’après-midi. Sinon, c’est Philippe Candeloro qui le dit, « il ne faut pas s’étonner que les jeunes ne sachent plus couper du bois et qu’on manque d’artisans ».

Charles Centofanti

1 commentaire sur "Philippe Candeloro : « j’ai adoré et détesté l’école »"

  1. sea  13 février 2012 à 20 h 58 min

    Décidément cet homme est plein de bon sens. Jusqu’à présent je ne l’ai pas encore pris en défaut… Un champion qui nous a enchanté, qui nous fait rire et qui ne craint pas d’exprimer tout haut ce que chacun pense tout bas… Merci Philippe, ça rassure et conforte, continue, et bonne vie à toi 🙂Signaler un abus

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