Formation enseignants : « Les masters en alternance apporteront plus de crédibilité »

Huit académies expérimenteront à la rentrée prochaine les nouveaux masters en alternance préparant aux métiers de l’enseignement. Jean-Pierre Chevalier, directeur de l’IUFM de l’académie de Versailles, l’une des académies pilotes, décrypte ce nouveau dispositif.

Tous les étudiants en master préparant aux métiers de l’enseignement pourront-ils prétendre à l’alternance ?

Pour l’instant, seuls les étudiants préparant le CRPE, le CRCPE, le CAPLP et le CAPET à l’IUFM, ou le CAPES de maths à l’université de Cergy-Pontoise sont concernés.

Dans le cas du CRPE et du CAPES de maths, les inscriptions en alternance ne sont possibles que dans le M1. Nous n’ouvrirons l’alternance en M2 qu’à la rentrée 2012, aux étudiants qui auront déjà acquis une expérience professionnelle en M1. Ils seront ainsi mieux préparés à affronter la deuxième année, très chargée puisque c’est à la fois l’année du concours et l’année où l’on boucle son master. La « reconduction » en alternance ne sera pas automatique, mais nous espérons que la quasi-totalité des étudiants, sauf accidents, seront reconduits.

Pouvez-vous nous expliquer plus précisément en quoi consiste ce dispositif ?

C’est un dispositif encore précoce ! En alternance, l’étudiant sera affecté dans un établissement choisi par les inspecteurs d’académie et le recteur, qui écarteront les classes les plus difficiles. Il n’y aura pas d’affectation en CP ou dans une classe d’examen par exemple.
L’étudiant passera environ un jour par semaine sur le terrain, rémunéré entre 3000 et 6000 euros par an. Il sera accompagné par un conseiller pédagogique nommé par le recteur et les inspecteurs d’académie, auprès de qui il sera quelques semaines en stage de pratique accompagnée avant d’être en totale autonomie. Mais le conseiller pédagogique sera toujours présent pour l’épauler en cas de problème.

De notre côté, à l’IUFM, nous allons organiser des « ateliers de stage filés », c’est-à-dire des regroupements spécifiques hebdomadaires, pour les aider et les encadrer dans leur pratique professionnelle. Il y aura donc un double appui.

Avez-vous eu beaucoup de candidatures pour les masters en alternance ?

Je pense qu’il y a un déficit d’information, nous nous attendions à avoir plus de demandes. Nous sommes le département où il y a eu le moins de candidatures. Du coup, nous ne remplissons pas nos capacités d’accueil pour l’alternance, en tout cas pas pour les M1.

Je pense que les étudiants sont rebutés par la difficulté. Ceux qui sont dans une situation financière délicate hésitent à se lancer, ils préfèrent travailler à mi-temps ailleurs, ça leur rapporte plus. Ceux qui sont le plus à l’aise financièrement hésitent devant la charge de travail. Car enseigner en classe l’équivalent d’un jour par semaine, plus les préparations, cela représente quand même une sacrée charge de travail !

Sur quels critères avez-vous sélectionné les dossiers ?

Nous avons regardé les dossiers scolaires, et nous avons reçus en entretien ceux qui nous semblaient un peu faibles. Mais comme nous avons pratiquement autant de places que de candidats, nous n’en avons refusé que quelques-uns, parce qu’il nous est apparu, soit au niveau de la maîtrise de la langue, soit au niveau de parcours scolaires chaotiques, que les accepter ne serait pas leur rendre service. Mais ils représentent une minorité, de l’ordre de 5% peut-être. Le parcours en alternance est une expérimentation, donc nous restons prudents. Peut-être que l’année prochaine au lieu de prendre 95% des candidats nous en prendrons 98%. Mais je ne jure pas que nous en accepterons 100%, je pense aux élèves dans les classes aussi.

Quelles différences y aura-t-il entre l’emploi du temps des étudiants en alternance et celui des étudiants en parcours classique ?

Elles seront énormes, car il a fallu alléger la maquette pour les étudiants en alternance. Ils auront un avantage : la pratique va les aider pour de nombreux volets de la formation professionnelle. En particulier pour l’épreuve orale du concours. Mais pour les écrits, ils seront soumis aux mêmes épreuves que les autres étudiants, qui restent quand même assez théoriques. Et il ne faut surtout pas que les étudiants qui réussissent leur master en alternance échouent au concours. Nous avons donc complètement restructuré le parcours : les étudiants en alternance auront un emploi du temps spécifique, et seront dans des groupes spécifiques, avec des contenus de formation spécifiques.

Y aura-t-il une différence au niveau du diplôme ?

Il y aura la même mention au diplôme, par contre, le parcours sera différent. Il n’en aura pas moins de valeur, il aura peut-être même une crédibilité plus importante auprès des employeurs.

Pensez-vous personnellement que ce dispositif va mieux préparer les élèves au métier d’enseignant que la formation classique ?

Les masters en alternance sont susceptibles de modifier le rapport entre pratique professionnelle et formation qui avait été introduit par la masterisation avec la place du concours. Ils impliquent une plus grande intégration des pratiques professionnelles et des formations académiques. La tradition en IUFM est celle d’une formation professionnelle où théorie et pratique se complètent, nous n’avons donc pas hésité à nous lancer dans l’expérimentation, malgré un calendrier qui ne nous semble pas adapté.

Mais l’existence même de ces masters en alternance va probablement remettre en question l’organisation du concours et la place de l’écrit. L’évolution idéale serait le report de l’écrit en fin de M1, ce qui nous permettrait de faire une « véritable » deuxième année. Cela pourrait remettre aussi en cause la nature des épreuves du concours, qui deviendraient plus professionnelles.

1 commentaire sur "Formation enseignants : « Les masters en alternance apporteront plus de crédibilité »"

  1. nix71  13 juillet 2011 à 10 h 42 min

    Quelle trouvaille ! On recrée ce qui existait auparavant avec les IUFM : 6 heures par semaine avec une classe en responsabilité et de la formation. Sauf que maintenant la rémunération serait de 3000 à 6000 € par an contre un vrai salaire auparavant. La boucle est bouclée.Signaler un abus

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