Avec près de 77 % de réussite à l’issue des écrits, considérez-vous que l’édition 2011, marquée par des soupçons de fuite dans plusieurs épreuves, a été bradée ?

On ne peut pas affirmer que le bac a été bradé. Les résultats globaux sont conformes à ce qu’ils étaient les années précédentes. Par contre, le baccalauréat 2011 est entaché d’une suspicion de bricolage et d’inégalités entre les élèves. Les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû normalement dans un examen de cette importance. La gestion de la crise a été mauvaise. Le problème provient d’un dysfonctionnement de l’administration, de la chaîne qui consiste à émettre les sujets, à les imprimer et à les distribuer. Or, ce sont les élèves qui en ont pâti dans la manière dont ont été traitées les copies.

La solution choisie par Luc Chatel pour contrer la fuite sur un exercice de mathématiques dans la série S n’était pas la bonne selon vous ?

La responsabilité était pour l’Etat d’annuler cette épreuve et de la réorganiser et non pas de faire un bricolage au dernier moment, sans concertation, sur le barème. L’épreuve de mathématiques de terminale S est l’une des trois ou quatre disciplines majeures de cette série, c’est donc un problème extrêmement grave qui s’est posé et ce n’était pas aux élèves d’en subir les conséquences. Si l’épreuve avait été annulée et réorganisée immédiatement, et si le ministre avait ouvert des concertations, il aurait eu une très grande majorité d’avis allant dans ce sens. Matériellement, cela aurait été possible si la décision avait été prise très rapidement. C’est-à-dire dans la journée du mercredi 22 juin, lorsque le ministre a fait sa déclaration. Les élèves étaient alors encore dans les centres d’examen, donc ils auraient pu être re-convoqués. Les sujets de secours sont présents dans tous les centres d’examen. Tout était donc conforme à la réorganisation de l’épreuve.

Êtes-vous favorable, comme l’a suggéré Luc Chatel dans une interview accordée à Libération, au renforcement du contrôle continu dans la notation du baccalauréat ?

Si l’on doit transformer cet examen et le moderniser, et nous pensons à l’APMEP qu’il faut le faire, il faut que cela se fasse sereinement en concertation avec l’ensemble des acteurs et notamment avec les associations de professeurs. Nous ne pensons pas que l’intégration du contrôle continu soit une bonne méthode car la fraude sera certainement aussi importante, sinon plus. Et celui-ci risque de soulever de nombreux problèmes de disparités entre les établissements, d’inégalités d’évaluation des élèves par les enseignants, ou encore, de mise sous pression des enseignants dans certains lycées…
En revanche, d’autres pistes pourraient être étudiées. La place de l’oral, par exemple, dans certaines disciplines. On pense aux langues vivantes qui pour beaucoup sont encore évaluées à l’écrit, ce qui n’est pas forcément la meilleure solution. Les temps de corrections du bac pourraient également être écourtés, ce qui permettrait d’améliorer l’organisation. Lorsqu’on voit que 3 000 copies n’ont pas trouvé cette année de correcteurs, il y a là aussi un véritable dysfonctionnement. Les enseignants de première et de terminale pourraient être mobilisés.
Autre piste à étudier : la mise en place d’un dispositif de contrôle en cours de formation dans certaines disciplines, dans lequel les élèves ne seraient pas évalués par leur propre professeur. Il n’y aurait donc aucun problème de subjectivité. Celui-ci pourrait être mis en place sous forme d’oral pour les disciplines mineures ou optionnelles de certaines séries.

Quelle est la leçon à tirer de cette édition du baccalauréat ?

On s’aperçoit que la politique du gouvernement qui consiste à faire de plus en plus d’économies là où il ne faudrait pas en faire, a de très graves conséquences de dysfonctionnements de l’administration dans l’organisation des examens. Les exemples ont été nombreux cette année et ne concernaient pas uniquement le baccalauréat.

Stéphanie Marpinard