L’eau va-t-elle manquer ?

Le déficit pluviométrique est criant depuis le début de l’année et les principaux indicateurs de sécheresse sont au rouge. Cette tendance est-elle durable ? Y a-t-il un risque de pénurie ? Décryptage avec Marillys Macé, directrice du Centre d’information sur l’eau, et Bernard Barraqué, directeur de recherches au CNRS et président du comité national français du programme hydrologique international de l’UNESCO.

Existe-t-il un risque de pénurie d’eau ?

Bernard Barraqué : Tout dépendra de l’ampleur du changement climatique. La sécheresse en cours est un événement exceptionnel, mais il est probable que les étés deviendront plus longs et plus secs. En octobre 2006, à la demande du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, l’INRA a remis un rapport « Sécheresse et agriculture ». Il y apparaît clairement qu’il faut envisager de produire d’autres cultures. Les agriculteurs de Poitou-Charentes qui ont semé du maïs cette année ont pris le risque, bien qu’ils aient été prévenus dès le mois de mars !

Marillys Macé : L’eau ne peut pas manquer en France, malgré les épisodes de sécheresse. La raison est simple : 100 milliards de m3 d’eau s’écoulent chaque année jusqu’aux nappes phréatiques, tandis que l’homme prélève 7 milliards de m3. Nous avons donc des réserves ! Le problème c’est que l’eau se répartit mal dans le temps. Les pluies « efficaces », c’est-à-dire celles qui rechargent les nappes, tombent entre octobre et avril. Quand on constate que le sol agricole est asséché, on parle de sécheresse. Les agriculteurs ont actuellement besoin de beaucoup d’eau pour leurs cultures céréalières. Et puis le maïs est une culture très consommatrice… Depuis les sécheresses de 2003 et 2005, 20% du territoire a de réelles difficultés. Ailleurs dans le monde, il existe de vraies tensions, notamment parce que nous sommes de plus en plus nombreux sur la planète et qu’il faut tous nous alimenter.

Que peut-on faire pour réduire les difficultés ?

Marillys Macé : Tous les acteurs de l’eau et les pouvoirs publics s’accordent à dire qu’il faut changer les comportements. Mais il faut du temps et ne pas se voiler la face : les plus gros efforts doivent se concentrer sur les collectivités locales, les entreprises et l’agriculture. En ce qui concerne les agriculteurs, on essaie d’instaurer par exemple une gestion collective avec un quota d’eau à respecter par groupement d’exploitants. La mise en place est en cours depuis décembre 2006 et la loi sur l’eau et les milieux aquatiques. L’idée de construire des réserves collinaires a fait son chemin. Cela intéresse les agriculteurs mais ça coûte beaucoup d’argent pour acheminer l’eau jusqu’aux cultures.

Bernard Barraqué : En France, il y a normalement dans tous les départements une procédure progressive de préparation à la sécheresse qui comporte trois seuils, avec des restrictions progressives fixées par le préfet. Le problème c’est d’avoir une connaissance précise de la crise et que les gens écoutent le préfet. Dans l’Ouest cette année, les agriculteurs n’ont pas tous joué le jeu. Mais, pour des raisons morales, on ne peut pas les forcer à faire des économies d’eau, si les golfs et même les collectivités locales ne font pas non plus d’efforts… Il faut que les services publics mènent des politiques offensives auprès des habitants. On en est loin mais c’est possible : en Californie, on embauche des animateurs pour aller chez les habitants et leur faire faire des économies d’eau.

L’eau est-elle condamnée à devenir une marchandise rare et coûteuse ?

Marillys Macé : Rare non, j’espère que cela n’arrivera jamais en France. Coûteuse sans doute. L’eau a un coût car il faut la traiter. On peut influer sur son prix en polluant moins l’environnement, tout le monde plaide pour cela. D’autant plus qu’une eau polluée met plus de temps à revenir dans le cycle naturel… A l’échelle européenne, la France se situe dans la moyenne avec un m3 d’eau facturé 3,07€. Autrement dit, un litre coûte en moyenne un tiers d’un centime d’euro.

Bernard Barraqué : Non, l’eau en tant que ressource naturelle n’est pas une marchandise et nous pouvons faire en sorte qu’elle ne le devienne pas ! Certains altermondialistes manipulent l’opinion en faisant l’amalgame entre la ressource et le marché de l’eau du robinet. En Europe, la ressource n’est pas un bien de marché.

La qualité de l’eau du robinet est-elle satisfaisante en France ?

Bernard Barraqué : Dans l’ensemble oui, hormis de petits services exploitant des captages en montagne, comme dans les Alpes. On peut trouver que l’eau du robinet à Paris ou à Lyon a un goût de chlore mais elle est très bonne sur le plan bactériologique.

Marillys Macé : Oui, nous avons une très bonne eau qui respecte les critères fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) car les municipalités et les distributeurs y mettent les moyens. Dans le monde, il y a toujours cinq millions de personnes qui meurent chaque année par manque d’eau potable et deux milliards d’habitants qui n’ont ni eau potable ni système d’assainissement. Il faut donc relativiser les quelques problèmes qui font la « une » des journaux en France…

Quels conseils donner aux enseignants pour sensibiliser leurs élèves à la préservation de l’eau ?

Marillys Macé : Le rôle de l’école et des parents est fondamental. Il est important de répéter de ne pas jeter de la peinture et des produits chimiques dans l’évier, de ne pas laver sa voiture avec de l’eau potable et du produit vaisselle car tout cela génère une pollution… Il faut expliquer aux enfants d’où vient l’eau et il va y avoir des prises de conscience !

Bernard Barraqué : Il ne faut surtout pas confondre la morale et les problèmes économiques graves liés à l’eau. L’important ce n’est pas de seulement répéter aux élèves qu’il faut fermer le robinet pendant le brossage des dents, c’est sur l’agriculture qu’il faut discuter. Les agences de l’eau ont mis en place des classes d’eau. Le programme s’étend sur l’année scolaire, touche les différentes matières, et c’est formidable pour sensibiliser les plus jeunes à la protection de l’eau.

Charles Centofanti

Biographies

Marillys Macé est directrice du Centre d’information sur l’eau (CI Eau) depuis janvier 2010. En 2004, elle travaillait au sein de la direction de l’eau au ministère de l’Ecologie, où elle pilotait la communication des deux Consultations nationales du Public sur les enjeux de la directive cadre européenne sur l’Eau (DCE).

Bernard Barraqué est économiste et directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’eau en France et en Europe. Auteur de « Peurs et plaisirs de l’eau » (Hermann) et de « Les politiques de l’eau en Europe » (La Découverte).

Pour travailler en classe

Une Fiche de ressources pédagogiques en ligne incontournables sur l’eau.

1 commentaire sur "L’eau va-t-elle manquer ?"

  1. vu de la terre  23 juin 2011 à 9 h 14 min

    Oui il faut sensibiliser les enfants c’est important et c’est ce que je fais. J’ai créé un spectacle de sensibilisation à l’environnement, je joue la Terre qui parle à l’humain. L’eau y a une part importante. Je peux vous aider, Bernard et Marillys à transmettre ce message, mon spectacle est disponible, je le joue déjà dans les écoles primaires et suis prête à parcourir toute la francophonie…
    Merci pour cet article.
    L’adresse de mon site: http://www.vudelaterre.fr
    Nathalie Théret-Grauss…………… la terre est grosse….Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.