Pouvez-vous nous présenter votre association ?

Nous existons depuis 100 ans, La Société des professeurs d’Histoire et de Géographie a été fondée comme s’étaient créées la société des professeurs de lettres ou de mathématiques. A l’époque, il s’agissait de sociétés. Les syndicats n’existaient pas.

Au départ, il n’y avait que des professeurs de lycée, mais au fur et à mesure, les enseignants de collège, du supérieur et aussi du primaire ont été intégrés. Des membres prestigieux ont très vite rejoint la société : Jules Isaac ou Marc Bloch par exemple. Aujourd’hui, de grands historiens font partie de l’association, tels que Pierre Nora ou Marc Ferro ou un historien célèbre des media comme Alain Decaux.

Nous réunissons majoritairement des enseignants de collège et de lycée, mais ceux du supérieur sont présents également : le président et le co-président par exemple sont universitaires. Nous avons aussi 25 régionales, dont deux outre-mer, à la Réunion et en Guyane. Nous défendons l’histoire et la géographie -il faut d’ailleurs noter que le regroupement de ces deux disciplines est une exception française. Nous comptons plus d’historiens que de géographes, mais ce qui nous réunit avant tout, c’est la dimension civique : celle contenue intrinsèquement dans nos disciplines (l’histoire et la géographie donnent les outils nécessaires à une appréhension critique et objective du monde contemporain), et aussi parce que nous sommes tous professeurs d’éducation civique au collège et au lycée. Nous comptons environ 7500 membres (alors que l’on dénombre en tout 30 000 professeurs d’histoire-géographie dans le secondaire). Enfin, nous sommes totalement indépendants au niveau politique et syndical, et nous défendons nos disciplines auprès du gouvernement et du Parlement.

Les professeurs d’histoire-géographie ont également en charge l’histoire des arts. Comment est-elle intégrée à leur enseignement ?

Nous l’avons toujours enseignée, car elle est indissociable de l’histoire tout court. Mais l’introduction officielle de cette discipline dans les programmes est une très bonne chose. Elle reste quasiment exclusivement ancrée dans les programmes d’histoire. Ce qui pose d’ailleurs des difficultés quant à son évaluation au DNB en troisième, pas encore clairement définie. Il faut noter aussi que nous avons en charge une grande partie de l’éducation au développement durable, très ancrée dans les programmes de géographie.

Vous êtes très vigilants quant aux programmes. Le 22 avril dernier s’est terminée la consultation du ministère de l’Education nationale sur les futurs programmes de terminale, à laquelle vous avez participé. Quelle est votre analyse, en particulier concernant la suppression de l’histoire-géographie en terminale S ?

La réforme des lycées telle qu’elle a été mise en place a introduit des dispositions nouvelles pour encadrer les élèves et pour mieux les préparer à l’entrée à l’université comme l’aide personnalisée ou les domaines d’exploration en seconde, des options en terminale. Elle a parallèlement diminué la part de savoirs disciplinaires, réduit les horaires et à terme le nombre des postes. Mais tout le problème vient pour nous de la suppression prévue, à partir de la rentrée 2012, de l’histoire-géographie en terminale scientifique. Il faut savoir que 50% des élèves de terminale générale sont en S. Nous avons lancé une pétition qui a recueilli à ce jour 26 000 signatures. L’idée du ministère de l’Education nationale sous-jacente est de rééquilibrer les filières, et en particulier de réhabiliter la section littéraire L. Et de dire : les élèves scientifiques doivent faire des sciences, et les littéraires des sciences humaines.

Or, depuis que le lycée existe, c’est la première fois que des élèves de terminale n’auront plus cours d’histoire-géographie. De plus, cette mesure s’inscrit dans une réduction globale horaire : on est passé en quelques années déjà de 3h 30 à 2h30 d’enseignement hebdomadaire obligatoire en terminale. C’est une grave atteinte à la formation générale et civique des élèves de S.

C’est donc en première que les élèves scientifiques devront assimiler leur programme de bac : un programme chronologique sur une seule année n’était pas possible. Il a fallu en faire un par thèmes, on a par exemple un thème sur les guerres et un autre sur les totalitarismes au sein du même programme. Cela risque d’emmêler les choses pour les élèves. Le programme est ambitieux, original, mais sur le terrain, très difficile à mettre en place !

Il y aura des conséquences sur l’université : les élèves de S arrivant en géographie, en droit, en sciences-po, en économie…auront des carences difficiles à combler. Sauf s’ils choisissent de prendre l’option d’histoire et de géographie mise en place en TS .

La situation semble aussi très compliquée pour les étudiants de master, futurs professeurs d’histoire-géographie, avec des épreuves de CAPES très tôt, en novembre…

En effet, les épreuves écrites du CAPES en novembre ne laissent pas le temps nécessaire à une bonne préparation et empêchent pratiquement de présenter la même année l’agrégation dont l’écrit se passe en avril et l’oral fin juin. Et mener de front la préparation d’un concours, d’un master de recherche et des stages pratiques d’enseignement s’avère mission impossible. Les épreuves orales du CAPES se passent en juin . Un signe de la dégradation de la situation est le fait que les étudiants, futurs professeurs d’histoire-géographie, ne fréquentent plus guère les archives. Les archivistes nous alertent sur ce fait : les étudiants n’ont plus le temps de faire des recherches aussi approfondies qu’avant. Quant aux universités, on leur demande de s’adapter : c’est parfois impossible, et les préparations aux concours ferment tout bonnement.

Pour faire le master enseignant correctement, il faudrait en fait boucler son mémoire de recherche, puis passer l’année suivante les concours : ce qui porte la scolarité à 6 ans. Quel étudiant peut se le permettre, sans certitude au bout du compte, avec un concours en fin de cursus ? Nombre de jeunes historiens ou géographes ne se tourneront plus vers les carrières d’enseignement.