Quand la séduction entre en classe

« Mes élèves me draguent », « ma nouvelle prof est une bombe », « je suis amoureuse de mon prof »… Les témoignages abondent, notamment sur les blogs et forums en ligne. Comment réagir si un élève jette son dévolu sur vous ?

La séduction en classe. Un sujet sensible mais pourtant bien réel auquel sont confrontés les jeunes professeurs , se sentant souvent impuissants. Comment réagir ? Que faire ?
Isabelle Collet (1) forme de jeunes professeurs, et reconnaît que c’est une question qui revient souvent de la part de ses étudiants. Elle tente de leur décrire le phénomène afin de leur donner les clés pour y remédier : « Les adolescentes sont à un âge où elles veulent tester leur pouvoir de séduction. Or avec un professeur, elles peuvent s’exercer au quotidien et sans danger, puisqu’elles savent au fond d’elles-mêmes qu’il ne se passera rien. C’est donc un test de séduction en toute sécurité. D’ailleurs, elles seraient les premières affolées si le prof répondait à leurs avances ». C’est la même chose chez les garçons. « En draguant, souvent ouvertement et souvent en groupe, une jeune professeure, ils tentent de lutter contre l’ascendant d’une femme et essayent de retourner le rapport de domination afin d’instaurer leur masculinité ».

Asseoir son autorité

Ces explications pourront déjà rassurer un professeur qui connaît parfois des moments de gêne devant des attitudes évocatrices. Car Isabelle Collet estime qu’au fond, il s’agit d’une tentative comme une autre de déjouer l’autorité du professeur, au même titre qu’une insulte ou autre indiscipline.
Le professeur doit donc asseoir son autorité, et dispose à cet effet  de pistes ou conseils, afin de revenir sur un terrain connu. Bruno Robbes, auteur de « L’autorité éducative dans la classe » (2) donne quelques clés à ce sujet : « Les enseignants représentent symboliquement la génération d’avant, même s’ils sont jeunes. Le professeur est porteur de ce que la société doit transmettre à sa jeunesse. Le jeune doit reconnaître le caractère bénéfique des gestes de l’enseignant, et l’enseignant montrer qu’il n’est pas un copain ».
La relation élève/professeur contient une double asymétrie. Une distinction au niveau de la fonction, mais aussi de l’âge adulte/enfant. « Cette double asymétrie doit aider l’enseignant à ne pas se placer dans un rapport d’équivalence. La difficulté avec l’exercice de l’autorité est qu’il faut articuler cette dimension asymétrique, avec une symétrie, pour préserver le dialogue, les échanges, afin de ne pas tomber dans l’autoritarisme. Tout le positionnement des enseignants va se jouer dans cet équilibre », conclut Bruno Robbes.

« L’école, ce n’est pas la plage »

Un équilibre à trouver donc, avec un sujet qui embarrasse souvent, mais qui ne doit pas être ignoré ou traité à la légère. On peut ignorer les yeux doux si cela reste anecdotique, mais si les avances se font plus pressantes et deviennent gênantes, il faut agir. Demander à parler avec l’élève afin de bien restaurer le lien hiérarchique et de casser net toute tentative. Puis ne pas hésiter à en parler à ses collègues ou son proviseur si la situation devient ingérable. « C’est un manque de respect au même titre que tout autre. Il faut donc le traiter comme tel. On ne doit pas manquer de respect à son professeur, et la hiérarchie doit soutenir le prof dans tous ces cas de figure, plutôt que de le renvoyer d’un laconique  « apprenez à tenir votre classe » », selon Isabelle Collet.
Les tenues provocantes doivent également être prises en compte, via les règlements intérieurs qui doivent exiger des jeunes une tenue correcte. « L’école, ce n’est pas la plage, on ne  vient pas en maillot ou en tong. C’est un espace public, comme un lieu de travail », conclut Isabelle Collet qui regrette néanmoins que trop souvent « on critique plus l’indécence des filles que celle des garçons, ce qui est contre-productif dans le message que doit passer l’école ».
Ce type de comportement doit donc être traité sur le moment et pris en compte avec sérieux. On constate néanmoins, qu’avec l’expérience et l’âge, et l’écart d’âge qui se creuse entre l’élève et le professeur, ces problèmes disparaissent souvent d’eux-mêmes.

Bérengère de Portzamparc

Note(s) :
  • (1) Chargée d’enseignement « Genre et Education» à l’Institut universitaire de formation des enseignants (IUFE), Université de Genève, Chercheuse invitée dans l’équipe «Genre, Savoir et Education» de l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, (Paris X)
  • (2) Maître de conférences à l’Université de Cergy Pontoise. Et auteur de L’autorité éducative dans la classe, esf éditeur, 2010.

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