« Des quotas dans les BTS et IUT et un véritable suivi pour enrayer l’échec à l’université »

Le sénateur UMP, Christian Demuynck, a remis ce mardi 14 juin, à la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, un rapport sur le décrochage à l’université. Il nous livre ses principales recommandations pour enrayer l’échec des étudiants. Entretien.

Environ 75 000 jeunes sortent chaque année sans diplôme de l’enseignement supérieur, comment expliquez-vous un tel taux d’échec ?

Il existe tout d’abord un véritable problème d’orientation dans l’accès à l’enseignement supérieur. Lorsqu’on analyse le cas des étudiants en situation d’échec, on s’aperçoit que sur les 75 000 décrocheurs, un tiers s’est inscrit par défaut dans une filière, un tiers ne sait pas ce qu’il veut faire de son avenir, et le dernier tiers n’a pas les bases académiques pour poursuivre des études. Pour améliorer leur orientation, il faut absolument qu’il y ait une connexion entre les professeurs de lycées, les professeurs d’universités et les entreprises. Les élèves doivent savoir, dès la seconde, comment fonctionnent les entreprises, quelles sont les formations et quelles sont les compétences ou les qualités qu’il faut avoir pour entrer dans telles ou telles filières, en connaître les débouchés…  De façon à ce que leurs choix soient faits en toute connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Quelles sont les autres mesures à prendre pour enrayer cet échec ?

L’une des mesures majeures concerne les filières courtes. Il y a actuellement un dévoiement de ces filières car de nombreux bacs généraux passent par les formations courtes et vont à l’université une fois leur diplôme en poche. Ce qui pénalise les détenteurs de baccalauréats professionnels ou technologiques pour qui ces formations avaient été créées à l’origine. Il faudrait donc imposer des quotas : 60 % de bacheliers professionnels ou technologiques dans les Sections de technicien supérieur (STS) et 40 % dans les Instituts universitaires de technologie (IUT).
A l’université, je préconise un véritable suivi des étudiants. Il faut évaluer les jeunes, dès leur entrée en faculté, pour connaître leurs lacunes. Dans les universités de Toulouse et de Bordeaux, des expérimentations ont par exemple été mises en place. Les professeurs font signer à leurs élèves, qui ont été préalablement évalués, un contrat, au travers duquel ils s’engagent à suivre des formations complémentaires dans les disciplines dans lesquelles ils n’ont pas le niveau. Cette évaluation doit être continue tout au long de l’année, afin de vérifier ceux qui décrochent, qui ne sont pas au niveau et leur proposer un certain nombre de formules de soutien.

Dans votre rapport, vous préconisez de « récompenser l’investissement pédagogique des enseignants-chercheurs et des professeurs agrégés détachés à l’université », qu’entendez-vous par là ?

Aujourd’hui, nous sommes dans un système où les enseignants-chercheurs sont plutôt des chercheurs-enseignants. La recherche est bien évidemment indispensable, mais ces derniers ne sont pas forcément des spécialistes de la pédagogie. Il faut donc donner aux professeurs, qui ne se consacrent qu’à la pédagogie, la possibilité d’être promu et d’obtenir des primes comme en bénéficient les chercheurs. L’objectif est de mettre en place les meilleurs moyens de transmettre le savoir. Il faudrait, par exemple, généraliser la présence des PRAG (1) au sein des universités.

Quel bilan tirez-vous du Plan licence et de la Loi sur l’autonomie des universités ?

Un bilan extrêmement positif. Je suis persuadé que d’ici quelques années, en poursuivant dans cette voie, l’université française sera au niveau des meilleures universités mondiales. Ces réformes ont permis de libérer les idées. De nombreuses expérimentations sont mises en place au sein des universités qui ont désormais des marges de manœuvre budgétaire. Les dotations sont également allouées en fonction de la réussite et du nombre de jeunes qui trouvent des emplois à leur sortie de l’université. Cela encourage à prendre des initiatives. Tous les professeurs, les présidents d’université et les étudiants que j’ai rencontrés ont vraiment pris à bras le corps cette autonomie.

Stéphanie Marpinard

Note(s) :
  • (1) Professeurs agrégés du secondaire affectés dans l’enseignement supérieur.

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