« Un directeur d’école se pend dans sa classe », « Deux professeurs se donnent la mort en Basse-Normandie »… Les cas de suicides dans l’Education nationale ont fait, ces derniers mois, les gros titres de l’actualité. Pourtant le malaise ambiant ne date pas d’hier. Déjà en 2002, une étude épidémiologique de l’Inserm recensait 39 cas de suicides par an pour 100 000 enseignants. Il s’agit de la profession la plus touchée, suivie de près par les fonctionnaires de police.

Un malaise aux origines multiples

Selon une enquête commandée par le ministère de l’Education nationale (1), la quasi-totalité des professeurs de collèges et de lycées (93 %) pense que le malaise enseignant existe réellement. Et 67 % des enseignants se sentent personnellement concernés. Ce taux est en hausse de 14 points par rapport à 2005 où il n’était « que » de 53 %, traduisant un réel mal-être des enseignants dans l’exercice de leur métier. Les principales raisons de ce malaise ? Les enseignants dénoncent en premier lieu  un manque de reconnaissance professionnelle (cité par 47 % des enseignants sondés), les conditions de travail (pour 33 %) et enfin, à un degré moindre, les conditions de rémunération, citées par 12 % des enseignants. Et chiffre plus inquiétant, 27 % d’entre eux songent à cesser d’enseigner en collège ou lycée dans les années à venir. Un résultat qui n’étonne guère Chantal Lacassagne, secrétaire nationale en charge du dossier santé au travail du SE-Unsa (2) : « C’est le niveau qui reçoit de plein fouet les effets conjugués des réformes, des restrictions budgétaires et des complications liées à l’âge des élèves. Les enseignants doivent faire face aux difficultés scolaires des élèves et à l’incompréhension ou à l’attente démesurée des familles, elles-mêmes en butte à des conditions de vie de plus en plus dures » .
La situation n’est guère plus réjouissante du côté des enseignants agrégés. D’après une enquête de la Société des agrégés de l’Université (3), 45,6 % des professeurs interrogés ont été tentés de démissionner et 73,6 % envisagent une reconversion. Le manque de reconnaissance dans l’exercice de leur métier, le stress et le besoin de renouvellement intellectuel en sont les principales causes.

Pour José-Mario Horenstein (4), psychiatre spécialisé dans la santé mentale des professeurs : « Un grand nombre d’enseignants souffrent de ce que l’on appelle le burn out, qui se manifeste par une sensation d’épuisement physique et émotionnel. Elle se traduit par une mise à distance du travail, des élèves et de la hiérarchie et se transforme petit à petit en discours très critique, voire cynique. Ils peuvent également ressentir un sentiment de manque d’accomplissement dans le travail ». Ce type de symptômes pose problème car il est contagieux et va donc avoir un impact sur le climat scolaire : « Dans le cadre du travail, lorsqu’on est constamment en contact avec des personnes qui tiennent un discours cynique, cela finit par nous influencer», précise José-Mario Horenstein. « Ce sentiment de malaise est lié au stress chronique. Les relations parfois difficiles avec les élèves, la surcharge de travail, la dévalorisation du métier de l’enseignant, la perte de son autonomie ou encore le problème de l’hétérogénéité des classes en sont les principales causes. »

Un plan de prévention

Pour tenter d’enrayer ce malaise, le ministère de l’Education nationale s’est engagé dans une meilleure prise en compte du bien-être au travail avec la mise en place du pacte de carrière (5). Des Comités d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail (CHSCT) permettant de contribuer à la protection de la santé physique et mentale et à l’amélioration des conditions de travail vont ainsi être mis en place. Quelque 80 médecins préventions sont également en cours de recrutement. Pour José-Mario Horenstein : « Ces mesures devraient avoir un impact positif sur la santé mentale des enseignants. Les difficultés relationnelles entre adultes dans le cadre de l’école sont un facteur important de stress. L’enseignant a besoin de sentir soutenu, de pouvoir parler à quelqu’un de ses difficultés au sein de l’établissement. Il ne faut pas hésiter à organiser des interventions thérapeutiques lorsque c’est nécessaire. Il est également important de mettre en place une gestion participative du stress. En repérant, par exemple, les choses qui ne vont pas dans le cadre du travail à travers des questionnaires qui vont évaluer les risques psycho-sociaux et en organisant des discussions pour améliorer les conditions de travail. »  Enfin, le dernier point essentiel à développer pour José-Mario Horenstein : « C’est la formation du personnel d’encadrement sur les problèmes de communication et la gestion des conflits. Celui-ci a un rôle important à jouer pour prévenir le stress ».


Stéphanie Marpinard

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