Claude Guéant a affirmé récemment sur Europe 1 que « les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés », soulevant ainsi une vaste polémique. Dans un com­mu­ni­qué, la CGT a estimé que le ministre de l’Intérieur était engagé dans « une course effré­née dans l’abjection et le racisme ». François Bayrou a qualifié ces chiffres de « grossièrement faux », repro­chant au ministre de l’Intérieur d' »allumer une polé­mique nou­velle chaque jour ».

Un problème d’ordre social

Sommé de citer ses sources, le ministre de l’Intérieur a affirmé que la statistique provenait « du rapport de 2010 du Haut Conseil à l’intégration (HCI) sur les défis de l’intégration à l’école ». Outre qu’il ne fait nulle part mention de ce chiffre exact, le rapport en question souligne que le problème des difficultés scolaires rencontrées par les enfants d’immigrés est avant tout d’ordre social.

En effet, le rapport observe au sujet des enfants d’immigrés que « plus des deux tiers appartiennent à une famille ouvrière et employée contre moins d’un tiers pour les non immigrés. Les parents sont moins souvent diplômés : plus de 58% ont un père non diplômé et 62% une mère non diplômée, contre 12% et 14% des non immigrés. » Le HCI évoque plutôt un échec de l’école, qui « peine à réduire les inégalités sociales de départ, qui se transforment en inégalités de destins scolaires. »

Des ambitions scolaires plus affirmées chez les immigrés

Dans le même temps, le rapport signale qu' »à situation sociale, familiale et scolaire comparables, les enfants d’immigrés atteignent plus fréquemment une seconde générale et technologique, obtiennent plus souvent le bac général et technologique sans avoir redoublé et sortent moins souvent sans qualifications que les enfants de personnes non immigrées. » En bref, à situation sociale égale, les enfants d’immigrés se débrouillent mieux que les autres !

Le Haut Conseil à l’Intégration explique ainsi cette réussite supérieure : « les ambitions scolaires des parents immigrés sont (…) plus fortes que celles des parents non immigrés : deux tiers d’entre elles souhaitent que leur enfant poursuive ses études jusque 20 ans ou plus, contre 55% des familles non immigrées ». Ce n’est bien sûr pas la statistique que Claude Guéant a choisi de mettre en avant.